2012, l’année de la dette

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Que ce soit avant ou après les élections, des mesures autrement plus radicales que celles que nous avons connues devront être prises

En 2012, la dette est et restera le problème majeur. Que ce soit avant ou après les élections, des mesures autrement plus radicales que celles que nous avons connues devront être prises.

Par Jean-Yves Naudet
Article publié en collaboration avec l’aleps

2012, année électorale : présidentielles, puis législatives. L’occasion de mieux cerner les problèmes (récession, chômage, manque de compétitivité) et les fausses solutions (du « protectionnisme moderne » au « produire en France »). Mais, quel que soit le résultat des élections, la question numéro un à laquelle sera confronté le gouvernement, sera la dette publique. À moins que celle-ci n’attende pas les échéances électorales, car les marchés sont plus pressés que les hommes politiques.

Près de 90% du PIB

L’INSEE vient de publier les derniers résultats concernant la dette publique française ; miracle ! Celle-ci a diminué de 3,6 milliards d’euros. Nous voilà sauvés. À moins qu’il ne s’agisse d’une habile manipulation statistique. À la fin du troisième trimestre 2011, la dette publique s’élevait à 1 688,9 milliards d’euros, soit 85,3% du PIB. Ce recul serait donc d’environ 0,2% ! L’explication est simple : le gouvernement a concentré ses emprunts 2011 au premier semestre, ce qui, selon l’INSEE, a permis d’accumuler de la trésorerie, utilisée au troisième trimestre pour financer le déficit, d’où ce petit recul mécanique de l’endettement.

Le même phénomène devrait se reproduire au quatrième trimestre, pour les mêmes raisons, et les résultats devraient être connus quelques semaines avant le premier tour des présidentielles, ce qui permettra d’avoir des analyses du genre « la dette est vaincue ». Évidemment, il faudra emprunter massivement à nouveau au premier semestre 2012, mais les chiffres ne seront connus qu’après les élections. Il n’y a que l’INSEE qui empêche de se réjouir en rond en annonçant que la dette publique passerait à 88,3% du PIB en 2012, soit trois points de PIB en plus !

25 000 euros par habitant

Au-delà des astuces statistiques, la dette est et restera le problème majeur. Que ce soit avant ou après les élections, des mesures autrement plus radicales que celles que nous avons connues devront être prises. Il n’est pas certain que les Français en aient conscience, car le discours politique est anesthésiant : « grâce aux mesures prises, nous avons échappé au pire, nous nous portons mieux que les autres ». L’annonce de la récession fin 2011 et début 2012, ou encore les chiffres alarmants du chômage sont là pour nous rappeler à la réalité.

Le problème de la dette publique, c’est qu’elle est plus abstraite que le nombre de chômeurs ou le recul du pouvoir d’achat. Il faut donc rappeler quelques chiffres simples que l’on trouve dans la monographie sur la crise de la dette souveraine française (rédigée par Pierre Garello et Vesselina Spassova, de l’IREF, et publiée par Contribuables Associés). La dette publique représente environ 25 000 euros par habitant ou encore 57 000 euros par ménage (100 000 pour une famille avec deux enfants). On parle du surendettement des ménages, mais la dette privée est de 15 000 euros par personne : la dette publique est presque du double !

Une dette financée par l’étranger

Autre information : qui dit dette dit paiement des intérêts. Ceux-ci, appelés « charge de la dette » représentent près de 49 milliards d’euros, soit 15% environ du budget ; c’est le premier poste du budget avant celui de l’enseignement scolaire, et il absorbe à lui seul l’essentiel de l’impôt sur le revenu. Plus la dette augmente, plus la charge des intérêts est lourde, ce qui plombe un peu plus le budget, donc creuse le déficit, donc la dette ; et plus la dette augmente, plus les préteurs se posent de question sur la solvabilité de l’emprunteur, ce qui se traduit par des taux d’intérêt en hausse ; les taux auxquels emprunte la France sont presque doubles des taux allemands : peu importe la perte du fameux triple A, les marchés ont déjà sanctionné l’État français.

Ce n’est pas tout. Nos hommes politiques ne parlent que de notre souveraineté. Or la dette publique française est à plus de 70% détenue par des non-résidents, dont les deux tiers sont en dehors de l’Union européenne. Comment les hommes politiques, qui ne cessent de critiquer la mondialisation et ne parlent que de produire français ou d’acheter français auraient-ils fait pour financer leurs folles dépenses publiques sans cet apport financier extérieur ? Vivre au dessus de ses moyens, pour un État comme pour un particulier, c’est se mettre en situation de dépendance vis-à-vis de ses créanciers.

178 milliards à trouver

L’année qui vient sera décisive, avec encore un déficit public considérable, même selon les chiffres officiels ; mais la récession, plus forte que prévue, diminuant les recettes fiscales, va creuser encore plus le déficit ; en outre de nombreux emprunts arriveront à échéance. Comment les rembourser, quand le budget est déséquilibré ? La seule solution sera d’emprunter pour rembourser les emprunts antérieurs arrivant à échéance. Selon les chiffres officiels, la France devra trouver 178 milliards d’euros sur les marchés en 2012 (plus encore en réalité avec la dégradation économique). Les trouverons-nous et si oui, à quel taux ?

Les marchés voient bien que toute la zone euro est touchée (elle devra trouver 800 milliards en 2012 !) et que la « solidarité » européenne consiste pour les pays les moins malades à garantir les prêts aux plus fragiles ; cela ne sauvera pas les plus malades, mais cela risque d’entrainer la dégradation de toute la zone euro et une perte de confiance généralisée. Même les politiques les plus keynésiens doivent reconnaitre qu’avec de tels déficits et une telle dette, non seulement il n’y a eu aucun effet de relance, mais c’est la récession que cet endettement explosif a provoquée.

Faire maigrir l’État

À près de 80% l’endettement vient du budget de l’État (le reste se partage entre les budgets sociaux et les collectivités locales). La responsabilité directe des gouvernements et du parlement est engagée. Or cette situation dure sans interruption depuis 1974, dernier budget en équilibre. La dette publique était de 20% du PIB à la fin des années 70, de 60% fin des années 90, elle se rapproche aujourd’hui des 90% : tous les gouvernements ont eu leur part dans cette dégradation.

On nous explique qu’après avoir cherché la solution dans la relance et le déficit, les gouvernements ont compris la leçon et sont passés à la rigueur. Mais qui a dit aux Français que nos plans de rigueur ont porté sur 18 milliards, contre 80 en Allemagne, 95 au Royaume-Uni, 65 en Espagne ou 45 en Italie ? Il faudra qu’en 2012 la France s’aligne à son tour.

Quelle solution envisager ? Si on ne rembourse pas, c’est du vol et plus personne ne nous prêtera jamais ; si on monétise la dette, ce sera l’inflation et celle-ci n’est qu’un super-impôt déguisé et injuste ; si on augmente les impôts, cela accentuera la récession. Reste donc à réduire massivement les dépenses publiques (nous avons dix points de plus de dépenses publiques que l’Allemagne) et pour cela massivement privatiser, faire maigrir l’État, réduire son domaine, en finir avec l’État providence dont nous n’avons plus les moyens et qui n’a pas servi les Français les plus modestes. Il faudra aussi demander pardon à nos enfants, qui héritent de dettes durables qu’ils devront rembourser, et que nous avons volés en faisant vivre l’État au dessus de nos moyens.

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