La France est-elle encore une démocratie?

Arche de Triomphe à Paris (Crédits Gabriel Arango, licence Creative Commons)

Les élus du peuple doivent-ils passer, comme c’est désormais l’usage, sous les fourches caudines des syndicats pour décider du bien du peuple ?

Les élus du peuple doivent-ils passer, comme c’est désormais l’usage, sous les fourches caudines des syndicats pour décider du bien du peuple ?

Par Philippe Robert

Selon Lejdd.fr :

François Fillon et les ministres François Baroin (Economie), Valérie Pécresse (Budget et porte-parolat), Xavier Bertrand (Travail) et Patrick Ollier (Relations avec le Parlement) ont évoqué durant près d’une heure la « méthode » et le « calendrier » qui doivent être retenus afin de faire du sommet « un vrai moment d’échange avec les partenaires sociaux ».

La simple évocation d’une nouvelle grand-messe sociale du type Grenelle le 18 janvier prochain devrait nous inciter à nous poser la question suivante, à mon sens vitale : la France contemporaine est-elle encore une démocratie au sens noble du mot ? En France, les élus du peuple doivent-ils passer, comme c’est désormais l’usage, sous les fourches caudines des syndicats pour décider du bien du peuple ?

La France est-elle encore une démocratie

Personnellement, j’ai toujours pensé – et surtout constaté – que plus le temps passait, plus notre pays empruntait une pente glissante dont l’aboutissement naturel ne pouvait être que la confiscation de la souveraineté du peuple au seul bénéfice d’un petit nombre. Après une lecture de Philippe Nemo [*], je ne peux plus douter de la justesse de mon intuition que je tiens à vous faire partager :

Au fil des ans, et de façon accélérée à partir de 1981, on a fini par trouver normal que toute décision politique d’importance soit prise en concertation avec les « partenaires sociaux » ou les « associations » et en accord avec eux. Les politiciens de droite eux-mêmes (…) ont fini par juger non seulement fréquentables , mais incontournables ces syndicats et groupes qui les tiennent en otage (…) Les vrais dépositaires du pouvoir souverain sont donc en France, désormais, l’Élysée et les « partenaires sociaux », représentant respectivement 12,5% des électeurs et 5 à 10% des salariés (…) Il est toutefois une logique déchiffrable de ces arrangements. C’est qu’ils ont permis aux deux composantes de l’oligarchie de se partager les dépouilles d’une société civile qui n’était représentée ni dans l’État légal ni dans la rue.

Aussi, la définition par Philippe Nemo de la pseudo-démocratie qui caractérise aujourd’hui la France est-elle la suivante :

Si l’on s’en réfère aux typologies classiques des régimes politiques, il faut dire, en toute rigueur, qu’elle est une oligarchie, ou plus exactement une double oligarchie. Le pouvoir souverain, en effet, n’y appartient pas au peuple, mais à la haute fonction publique et aux syndicats.

Sans aucunement omettre l’action délétère des médias, qui ont leur part dans la descente aux enfers de la France, j’ose croire que ces extraits d’une analyse lucide et rigoureuse de l’état de la démocratie en France, y compris l’intégrité reconnue de l’auteur, sauront convaincre ceux qui hésiteraient encore à qualifier la dérive du pouvoir en place : les attributs d’une démocratie populaire soft sont clairement en place…

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(*) Philippe Nemo, La France aveuglée par le socialisme, François Bourin éditeur, octobre 2011.