La BCE imprime autant que la Fed!

Dans l’imaginaire économique actuel, la BCE serait à l’instar de l’Allemagne un « modèle de rigueur ». Il n’en est rien

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
imgscan_contrepoints_505

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

La BCE imprime autant que la Fed!

Publié le 27 décembre 2011
- A +

Dans l’imaginaire économique actuel, la BCE serait à l’instar de l’Allemagne un « modèle de rigueur ». Il n’en est rien.

Par Loïc Abadie

On pourrait croire à la lecture du discours de la BCE que sa politique est radicalement différente de celle de la Fed, que le quantitative easing n’existe pas en zone euro. Vous vous souvenez tous des rachats de dettes souveraines censés se faire « au compte-goutte », à cause de traités européens interdisant cette option.

Dans l’imaginaire économique actuel, la BCE serait à l’instar de l’Allemagne un « modèle de rigueur » et même accusée par certains de ne pas déverser assez de liquidités dans le système (les habituels « experts » dont le niveau d’intelligence économique leur permet de croire au Père Noël et d’être convaincus aujourd’hui que l’impression de billets et le « pilotage monétaire » va créer des richesses réelles).

Pourtant, si on étudie l’évolution du bilan des deux banques centrales sur les 5 dernières années, on s’aperçoit vite que la BCE fait sensiblement la même chose que la Fed.

Observez bien ces graphiques :

Bilan de la Fed (sur 5 ans), source : Fed

 

Bilan de la BCE (sur 5 ans), source : Bloomberg, BCE 

– Le bilan de la Fed est passé en 5 ans de 800 milliards de $ à 2900 milliards de $ aujourd’hui, soit une hausse de 2100 milliards de $.

– Le bilan de la BCE est passé en 5 ans de 1150 milliards à 2500 milliards d’€ aujourd’hui, donc une hausse de 1350 milliards d’€, soit 1755 milliards de $.

L’expansion du bilan de la BCE (+1750 milliards de $) est tout à fait comparable à celui de la Fed (+2100 milliards).

Mieux, sur les six derniers mois, la BCE a accru son bilan de 600 milliards d’€, soit 780 milliards de $, donc plus que la totalité du programme de « Q.E2 » mené par la Fed jusqu’à l’été 2011 !

Et ce dernier chiffre ne prend pas en compte les 498 milliards d’€ qui ont été prêtés aujourd’hui au système bancaire européen (pour 3 ans au taux amical de 1%, l’ancien dirigeant de Goldman Sachs qu’est Mario Draghi sait se montrer généreux avec ses amis banquiers).

Ces 490 milliards d’€ représentent à nouveau l’équivalent de la totalité du Q.E.2 américain en une seule journée, ou encore la quasi-totalité de la capacité de prêt théorique du « FESF » actuellement de 500 milliards d’€.

On constate à travers ces chiffres que les interventions de la BCE dépassent aujourd’hui largement en volume tous les autres dispositifs existants (prêts du FMI, FESF ou futur MES). Bien entendu, ces interventions se font sans la moindre consultation directe ou indirecte des peuples des pays concernés, le système associant les banques centrales et les grandes banques ayant visiblement atteint un niveau « d’autonomie » dépassant maintenant nettement celui d’États et de dirigeants élus de plus en plus « hors-jeu » (ou remplacés par des « experts » ex banquiers-centraux comme Mario Monti en Italie.

Soyons clairs, ces faits et chiffres ne m’amènent pas pour autant à adhérer aux théories du complot. Penser que les banquiers centraux et dirigeants de grandes banques (ce sont les mêmes qui tournent en circuit fermé) sont capables d’un complot organisé, c’est leur prêter une intelligence, une capacité d’anticipation et d’organisation du système économique qu’ils sont à mon avis très loin d’avoir.

Il s’agit plus ici de tentatives plus ou moins désespérées d’une caste moutonnière qui voudrait encore se persuader qu’elle va préserver son pouvoir et ses avantages alors qu’elle est en train de foncer dans le précipice. Les banquiers centraux ne sont pas d’habiles comploteurs, ils sont plutôt dans le même état d’esprit que devait l’être Bernard Madoff quelques mois avant sa chute. Mais cela ne les empêchera pas de faire de gros dégâts avant d’être renvoyés aux oubliettes par la crise.

Une petite phrase pour finir. Celle d’Henri Guaino, tête pensante d’un chef d’État en théorie non socialiste et respectueux de la propriété privée.

La France ne présente aucun risque de défaut sur sa dette. Certes, il y a le risque de l’Euro et l’État est très endetté, mais les Français sont parmi les ménages qui épargnent le plus au monde.

Traduction du message d’Henri Guaino : le fait que l’État soit très endetté ne présente aucun risque, puisque les « ménages français » pourront payer. Selon M. Guaino, votre épargne appartient donc à l’État. Rendez-vous à la grande primaire socialiste française d’avril et mai 2012 pour le développement de ces brillantes idées !

—-
Article originellement publié sur Objectif Éco, reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Voir les commentaires (5)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (5)
  • « …la BCE a accru son bilan de 600 millions d’€, soit 780 milliards de $… »

    Coquille Saint Jacques.

    Contrepoints >> corrigée, merci.

  • Depuis 2008, les collatéraux constitués par les titres publics ont progressivement perdu leur valeur sur le marché monétaire. Le marché monétaire étant opaque, la défiance provoquée par l’absence de collatéraux fiables a conduit les banques à recourir à une nouvelle forme de garantie, désormais apportée par la BCE.

    L’augmentation du bilan de la BCE est la photographie de cette situation de défiance. Elle n’a rien à voir avec la création monétaire. Elle traduit simplement le fait que la BCE apporte sa garantie au marché des échanges interbancaires. Sur le site de la BCE, on peut trouver sans effort l’évolution des dépôts des banques auprès de la BCE, qui expliquent en grande partie la hausse du bilan, tandis que M3 poursuit sa progression sans accélération spécifique.

    Quant à la FED, depuis que M3 n’est plus publié, tout ce qu’on peut en dire est que les statistiques qu’elle publie sont à analyser avec beaucoup de précaution et de doutes. Et on ne dira rien de la BoE qui a fait sienne la devise « si vous comprenez ce que je vous dis, c’est que je me suis mal exprimé ».

    La crise montre qu’un marché financier de gré à gré ne peut pas fonctionner en toute circonstance. Une des solutions serait de constituer un marché monétaire organisé et transparent, avec chambre de compensation. En effet, la BCE ne peut pas tenir en même temps le rôle de prêteur en dernier ressort et de chambre de compensation, ces deux rôles étant parfaitement contradictoires.

    On notera toutefois que le marché de gré à gré obligeait jusqu’à présent les banques à acquérir comme collatéraux des titres publics. On devine ici que les Etats constructivistes n’ont pas intérêt à développer un marché organisé avec chambre de compensation car, dans ce cas, les titres publics n’auraient plus aucun intérêt aux yeux des banquiers qui s’en détourneraient massivement. Les Etats auraient alors beaucoup de difficulté à lever le moindre centime sur les marchés.

    Si le marché monétaire est aujourd’hui en crise, c’est bien parce que les Etats collectivistes l’ont organisé de telle sorte qu’il leur soit profitable. Cette dernière considération permet de revenir au coeur de la crise, à savoir les Etats constructivistes et leurs dettes, et non de perdre son temps avec les fausses solutions concernant la monnaie (la prétendue concurrence entre monnaies nationales), qui n’est qu’une victime « collatérale » de l’aveuglement collectiviste.

    A mauvaise analyse, mauvaises solutions.

  • N’y a-t-il par une différence en politique de liquidité et politique monétaire expansionniste? Une expansion de bilan de signifie pas nécessairement une augmention durable de la masse monétaire, non? Merci de m’éclairer.

    • Assurer la liquidité et mener une politique monétaire expansionniste sont deux choses différentes. Si on laisse de côté le cas particulier de la Fed qui inscrit n’importe quoi à son bilan, le bilan d’une BC ne provoquera pas d’emballement de la masse monétaire tant qu’il n’y a pas monétisation de la dette publique. C’est le crime « traditionnel » des collectivistes de chercher à tuer les créanciers soit physiquement, soit par le défaut, soit par la monétisation.

      Il ne faut pas confondre base monétaire et masse monétaire : la monnaie « banque centrale » n’est pas de la monnaie à proprement parler. Il me semble qu’il y a un article de Wiki qui vulgarise assez bien le sujet.

  • Ceci dit, voici l’extrait d’un article de bourso de ce soir>>>

    « Ils s’inquiètent par ailleurs de voir que le bilan financier de la Banque centrale européenne (qui comprend la totalité de ses encours) a atteint un record, à 2.733 milliards d’euros, alors que l’institution « tente de juguler la crise de la dette », a constaté Scott Marcouiller, de Wells Fargo Advisors.

    Cette taille gigantesque suggère selon certains analystes que l’institution de Francfort se trouve contrainte d’injecter de plus en plus de fonds dans le système financier, et qu’elle pourrait se trouver à court de munitions si la crise perdurait. »

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Madame Lagarde, s’exprimant au nom de la BCE, a indiqué, en évoquant l’hypothèse d’un ralentissement économique : « Nous ne croyons pas que cette récession sera suffisante pour dompter l'inflation ». Fabio Panetta ajoute « Lors du calibrage » des décisions, « nous devons faire très attention à ne pas amplifier le risque d'une récession prolongée ou de provoquer une dislocation du marché ».

La BCE considère donc, d’une part, qu’un durcissement monétaire est nécessaire pour réduire l’inflation au-delà de l’effet du ralentissement de l’in... Poursuivre la lecture

Coluche en son temps nous proposa une histoire qui n’avait ni queue ni tête, ni début ni chute et dont on cherche encore le pourquoi du comment.

Curieusement, il se pourrait bien que quelques décennies plus tard, nous ayons enfin trouvé le candidat répondant au profil à moustache de la blague de Coluche. Il s’agit du banquier central, un mec qui nous raconte une histoire qu’on a du mal à comprendre puis dont on s’aperçoit qu’elle ne tient pas debout et qui semble se terminer en eau de boudin.

 

L’inflation est un miracl... Poursuivre la lecture

Par Éric Mengus et Guillaume Plantin.

 

Le 23 septembre au Royaume-Uni, l’annonce du mini-budget et les événements qui ont suivi jusqu’à l’annonce de la démission de la Première ministre Liz Truss, le 20 octobre, ont suscité un regain d’intérêt pour le risque de « dominance budgétaire », c’est-à-dire une situation dans laquelle la banque centrale abandonne son objectif de stabilité des prix pour aider le gouvernement à financer ses déficits.

Mais dans quelle mesure cette séquence d’événements doit-elle nous pousser à... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles