Bayrou candidat, c’est une méga-pas-surprise

Le candidat a ses chances, mais il ne convaincra pas le libéral moyen.

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Bayrou candidat, c’est une méga-pas-surprise

Publié le 14 décembre 2011
- A +

La présidentielle de 2012, pour le moment, c’est bousculade au centre, à gauche, à droite. Il y a même trop plein de minus habens qui se culbutent dans les couloirs des télévisions nationales pour annoncer leur candidature, comme le flamboyant Galouzeau de Villepin, élu de rien et représentant d’on-ne-sait-quoi. Et au milieu serpente non pas une rivière, mais bien un nouveau François. Bayrou est maintenant officiellement candidat. Lui aussi.

Le Béarnais têtu a finalement annoncé sa candidature à l’élection présidentielle. Le choc de la surprise fut, cependant, relativement amoindri par le fait qu’on le voyait mal renoncer à cette ambition qui le taraude depuis aisément 10 ans.

Bayrou, au moins, c’est le candidat de la constance. De ce point de vue, on est donc en terrain connu. Son style reste, quasiment, inaltéré (et, probablement, il est inaltérable). On devine, dans sa façon de procéder, une certaine obstination, de celle qui permet de rester en vie même après les pires avanies et les passages les plus désertiques.

Et la présentation de sa candidature fut donc non pas une surprise mais une simple confirmation que oui, il va bien participer à la course à l’échalote de mai 2012. Ce qui est intéressant est que cette simple confirmation s’est rapidement transformée en événement médiatique dans les petits papiers de journalistes dont on commence à comprendre qu’ils n’ont pas trouvé, dans le candidat socialiste, un type suffisamment sérieux pour représenter la gauche.

MirorEt de cet événement, il n’a pas fallu beaucoup d’effort, ni pour Bayrou, ni pour les cohortes de joyeux journalistes en mal de candidat crédible, pour en faire un succès sondagier comme on les sait capable de le faire : dès le premier sondage post-candidature officielle, on découvre un Bayrou bien plus flamboyant qu’un Galouzeau astiqué au Miror, puisqu’il serait crédité d’un 13%, derrière Hollande, Sarkozy et Le Pen.

Après plusieurs mois autour de 7%, on comprend que la presse s’émeuve d’une véritable explosion de son score. Et en filigrane se dessine la stratégie du président du Modem…

Car on peut tout de suite comprendre que si, par le plus furieux des hasards, Bayrou arrive au second tour, ses chances d’aboutir à la magistrature suprême ne sont pas minces. Examinons en effet les différentes possibilités :

* Devant Marine Le Pen, il n’aurait pas de mal à convaincre l’électeur qu’il constitue une vraie alternative, républicaine, démocratique, calme, pondérée, avec du bisou et de la détermination, bien plus calino-compatible que la politique de Marine, pleine de méchante xénophobie ou que sais-je encore.

* Devant Nicolas Sarkozy, il aura beau jeu de dire que lui, au moins, n’a pas glandé au pouvoir depuis 5 ans comme son adversaire. Il rassemblerait facilement les voix de gauche, et canaliserait à lui les mécontents du sarkozysme. Ses chances, devant l’actuel président, ne sont pas minces, d’autant qu’il a eu, lui, l’expérience d’un ministère.

* Enfin, devant Hollande, on peut estimer qu’il bénéficiera du soutien mou de l’électorat de droite, sinon des têtes de listes (qui le détestent assez fortement). Une partie de la gauche, pas franchement amoureuse de l’actuel candidat socialiste, n’aura pas trop de mal à voter pour lui non plus. Et encore une fois, Bayrou pourra toujours arguer de son passé opérationnel, ce que Hollande aura bien du mal à faire. Bref : Hollande sait qu’il trouverait en lui un adversaire délicat à contrer, ce qui se traduit d’ailleurs par les propositions même pas voilées de venir le rejoindre.

Et de ces trois scénarios, le premier n’est pas le plus improbable : il faut bien comprendre que si Bayrou arrive au second tour, par exemple en bénéficiant de l’empilement des affaires de magouilles socialistes et d’un éparpillement de la droite, Marine Le Pen a elle aussi toute ses chances, pour exactement les mêmes raisons…

Maintenant la question à deux euros est évidente : comment parvenir au second tour ?

Le problème du candidat de l’extrême-centre, c’est bel et bien de passer les phases éliminatoires.

Bayrou, regard vers l'avenir et doigt dans le nez

Et s’il existe une possibilité pour François Bayrou de se retrouver au second tour, elle ne se situe pas dans une campagne énergique et innovante de sa part, mais plutôt dans l’échec des deux principaux poids lourds.

Certes, on ne peut pas écarter que le député des Pyrénées-Atlantiques fasse une campagne bouleversante pleine de propositions moins socialistes (soyons fous) ; par exemple, il aura intérêt à continuer à jouer sa partition sur le Made In France, ça ne mange pas de pain et ne déclenchera probablement aucune polémique…

Mais plus prosaïquement, on notera que chaque affaire socialiste, chaque bisbille ou chamaillerie dans le cas de gauche, chaque anicroche entre les différentes factions, lui profitera largement, exaspérant un électeur de plus en plus agacé des manoeuvres d’appareil. À droite, on comprendra aussi que le crédit de Sarkozy s’érodera tant et plus au fur et à mesure que la crise prendra de l’ampleur et que ses gesticulations n’amèneront aucun changement ; s’y ajouteront les inévitables déchirements internes dont la droite est coutumière.

On pourra d’ailleurs rire des encartés UMP plus ou moins connus qui pleurnichent sur l’éparpillement possible de voix pour le candidat connu du Centre et qui souhaitent donc que celui-ci … rejoigne cette majorité qui l’a proprement ignorée pendant tout le quinquennat. La finesse de la stratégie d’un Xavier Bertrand dans ce genre de saillies laisse pantois…

Dès lors, Bayrou peut effectivement arriver au second tour, plus grâce à la médiocrité de ses adversaires qu’à son talent naturel, relativement millimétrique.

À ce point du commentaire, j’élimine l’analyse au microscope du programme du Béarnais puisqu’elle ne fournit guère d’éléments d’appréciation d’un éventuel succès futur, tout comme regarder en détail le programme des autres candidats n’apporte finalement aucun éclairage solide sur les probabilités de les retrouver ou non après le premier scrutin : l’élection présidentielle française est une affaire de personne avant tout, pas de programme.

Du reste, que ce soit celui de Bayrou ou celui des autres prétendants, on comprend clairement que nos candidats n’ont pas encore pris la mesure des problèmes. On notera juste la différence de ventilation des efforts chez les uns et les autres : majoritairement, les socialistes de droite et de gauche font pleuvoir sur le peuple une averse d’impôts à hauteur d’une centaine de milliards, répartis en fonction de leurs orientations privilégiées. Chez Bayrou, sensiblement moins socialiste que le reste de la troupe, l’effort comprend pour moitié une réduction des dépenses de l’état, tout en conservant une bonne dose d’impositions vexatoires. Mais que ce soit 100 milliards d’impôts nouveaux, ou 50 milliards de baisses de dépenses et 50 milliards de nouvelles taxes, le chiffre total de l’effort reste insuffisant.

Certes, il fut le premier des candidats à parler du problème de la dette. Certes, certaines de ses solutions pourraient tendre vers un libéralisme un peu pastel. Mais ceci posé, Bayrou ne constitue pas pour moi l’homme providentiel dans lequel il veut se camper ; il a, tout comme Marine Le Pen, une chance non nulle de se retrouver au second tour, mais il reste délicieusement centralisateur et tendrement attaché au rôle d’un état bien trop grand pour être efficace.

Décidément, la France n’est pas prête de se sortir du gouffre dans lequel elle est tombée.
—-
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  • Charles Gave président !

  • Le déroulement de votre exposé est factuel et sans surprise.. tout à coup, vous devez conclure et là, SURPRISE !!! Vous cessez soudainement d’être factuel et , puisqu’il faut bien trouver quelque chose de négatif, vous nous inventez un Bayrou centralisateur, et amateur d’état surpuissant..

    • Je m’en tiens à ses faits d’armes (il s’est aplati devant les syndicats lorsqu’il fut ministre) et ses propos & programme (où l’Etat décide de beaucoup trop de choses). C’est tout. Après, ça vous déçoit, mais ça reste factuel.

  • eh bien moi je trouve que Bayrou représente le mieux notre belle France. Respectueuse, ouverte, humaine, riche, diverse, forte et courageuse. Je l’apprécie beaucoup bien qu’ayant toujours voté à gauche. Mais cette fois ci je vais voter pour lui, surtout parce qu’il représente bien les valeurs auxquelles je suis attachée. Il est rassurant, honnête et visionnaire.

  • C’est vrai que autant en 2007 je n’y croyais pas du tout autant aujourd’hui je le verrai bien président. Pourquoi pas? En plus il s’avère aujourd’hui qu’il avait raison sur la nécessité de régler le problème de la dette et que PS et UMP auraient du l’écouter du début. On a perdu plus de 5 ans, dommage. Je ne vote que rarement, dégoûté de les voir tous se taper dessus pendant que le peuple galère. Aujourd’hui je pourrai bien voté pour Bayrou, il ne nous prends pas pour des cons au moins lui.

  • Bayrou est le plus légitime des candidats:
    1- La dette publique était au centre du programme de Bayrou en 2007 et IL AVAIT RAISON. Aujourd’hui il est le plus légitime sur cette question.
    2- Les solutions qu’il a proposé en 2007 sont aujourd’hui repris par l’UMP. LA REGLE d’OR des 3%.
    3- Le nationalisme à la Bayrou est sain, contrairement à celui du FN qui est loin des principes de la républiques.
    4- Bayrou répond aux aspiration des Français pour une république exemplaire. C’est une des raisons du choix de Eva Joly chez les Verts. Les deux se rejoignent sur ce point.
    5- Dans son programme, Bayrou fais la différence entre les entreprises qu’il faut protege et les riches (qui sont parfois des chef d’entreprise). et ça c’est vraiment bien. Les nouvelles tranches d’impots c’est bien mais taxé les entreprises « non »

    Il faut arréter avec le: ils sont tous semblable et le centre n’a rien à proposer. Villepin n’est pas Sarkozy qui n’est pas hollande qui n’est pas Lepen et pas Bayrou… Il ont des caractères je l’accord mais surtout des PROGRAMMES différents. Aujourd’hui nous avons les lignes directrices des programmes. Et Sarkozy n’a pas mentis il a appliqué sont programme, mais c’était null.

    • La règle d’or existe déjà, c’est dans le traité de Maastricht. Tout le monde s’en fiche. Donc bon …

      • Oh il ne faut pas être négatif, ils ont promis de la respecter cette fois ci.

        • ben oui ,c’est logique.sinon les pays seront sanctionnés!comment?probablement une amende.un peu comme un flic qui donne une contravention a un mendiant qui n’a pas respecté les arretés antimendicité.quant a bayrou franchement on ne risque pas grand chose a le préfèrer a sarko- hollande,c’est un bon point pour lui

          • « ben oui ,c’est logique.sinon les pays seront sanctionnés!comment?probablement une amende. »

            Bah non, pas cette fois : défiances des prêteurs devant une situation financière devenue critique, fin des emprunts à bas cout, réduction drastique et catastrophique du train de vie de l’état. (Et des citoyens spoliés).

  • Article lambda où le rédacteur se fait plaisir. Mais hélas on ne sent aucune personnalité derrière la plume aucune, juste un peu de politiquement correct. De l’écriture aux ordres de la convention médiatique franco-française. Parlant de « furieux hasard » comme s’il n’avait aucune idée du sens des mots. Bref…

  • En quoi «  »s’aplatir devant les syndicats » ( en supposant que ce soit vrai) est un signe dénonçant le goût pour un Etat centralisateur?????
    Est on centralisateur quand on parle du rôle de l’Etat ???

    • Ne mélangez pas tout. Je dénonce l’homme mou (il s’aplatit devant les syndicats) et l’homme d’état moyen ; il suffit d’avoir un peu de mémoire. Programme des législatives : le Modem est pour un plan de relance, pour un emprunt européen (rien moins), il veut créer un conseil éco européen, veut faire intervenir l’Europe et/ou l’état dans la recherche, l’industrie, veut créer un régulateur financier (de plus), veut mettre fin à la politique de libéralisation des marchés agricoles, j’en passe et des meilleures, … Bref : tout ça, ça n’est *absolument* pas libéral. Du tout. Et quand on commence à découvrir son actuel programme (et en avant les plans de relance – pour la Grèce, par exemple -), on se dit que ça n’a pas beaucoup évolué…

      Bref : je maintiens.

  • bayrou , il a fait des érreurs , mais il a muri ; de toute façon c’est trés certainement le moins pire des candidats , il a les mains propres lui , contrairement à not actuel mauvais président , noyé sous les magouilles , pourris par la cupidité et l’orgeuil et qui ne pense qu’à se faire réelire ne serait ce que pour échapper à la justice ; et puis on est bien la haut à se vautrer dans le luxe sur le dos des français ; bayrou apprendra trés bien à devenir président ;

    • Pour faire des erreurs, faut avoir fait quelque chose. Et qu’a fait Bayrou depuis tout ce temps ? Absolument rien.

      • Les erreurs sont toujours excusables… les fautes moins.

        Je préfère quelqu’un qui commet des erreurs à quelqu’un qui ne fait rien, mais je préfère aussi quelqu’un qui ne fait rien à quelqu’un qui commet des fautes.

    • il a mûri? Des preuves? Comme le dit Théo31, à part rien, il n’a pas fait grand chose. Alors de là à mûrir…

  • @llmryn:je parlais des sanctions europeenes induites des nouveaux accords merkozy,je me demandais ce que la commission europeene pourrait sanctioner:rien,comme d’habitude.ces nouveaux accords sont de plus en plus stupides.sinon la défiance des preteurs aurait deja du etre plus importante.c’est peut etre l’abondance des liquidités qui doivent trouver a se placer a tout prix

  • « Il est rassurant, honnête et visionnaire. »

    Allons bon. On pourrait plutôt dire qu’il est inerte, qu’il n’a pas encore eu trop d’occasions d’être malhonnête, et qu’il est illuminé par sa propre estime de lui-même.

  • c’est marrant , Bayrou est une resucée de Chirac, en plus mou, en plus consensuel, en moins aguerri, en nettement moins expérimenté , a part son lamentable ministère de l’éducation ou il surtout rien fait qui pouvait compromettre la suite de sa carrière, et ce type la passe pour une solution

    j’ai un slogan je l’offre , « Avec Bayrou l’immobilisme est en marche « 

  • il veut, il est qui pour vouloir dire a la BCE indépendante ce qu’elle doit faire, rien et meme élu président, il ne sera qu’un bouffon parmi 26 autres

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