Lire ou relire Le jour où la France a fait faillite

Dans ce roman d’anticipation écrit il y a quatre ans, les auteurs imaginaient que Standard & Poor’s dégradait la note de la France en 2012!

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Jaffré-Riès

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Lire ou relire Le jour où la France a fait faillite

Publié le 12 décembre 2011
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Dans ce roman d’anticipation écrit il y a quatre ans, les auteurs imaginaient que Standard & Poor’s dégradait la note de la France en 2012!

Par Nicolas Marques (*)
Article publié en collaboration avec l’Institut Économique Molinari

En ces temps difficiles, on pourra lire ou relire avec intérêt ce roman d’anticipation écrit il y a quatre ans par Philippe Jaffré et Philippe Riès.

L’ancien président d’Elf-Aquitaine, décédé fin 2007, et le journaliste avaient eu l’audace d’imaginer qu’en juillet 2012 l’agence de notation Standard & Poor’s, lassée par la persistance d’un déficit public structurel et l’envolée du coût des retraites des fonctionnaires, dégraderait la notation de la dette publique française, provoquant un mouvement de défiance massif.

Du jour au lendemain, l’administration française ne trouverait plus aucun préteur. Celle qui, depuis une trentaine d’années, s’endettait pour financer ses fins de mois ne serait plus à même de payer les fonctionnaires, ses retraités, et d’honorer le remboursement de ses dettes arrivant à échéance. Une crise de finances publiques majeure se propagerait au secteur bancaire para étatique. La Caisse des Dépôts et Consignations et la Banque Postale, détentrices d’obligations du Trésor dont le cours est en chute libre, seraient emportées. Les banques privées devraient réduire drastiquement leur activité, au risque d’asphyxier plus encore l’économie. L’administration française quémanderait de quoi assumer les fins de mois au FMI, au Club de Paris ou à la Banque Centrale Européenne. Ces institutions, soucieuses de ne pas investir en pure perte des capitaux, exigeraient en contre partie la mise en place de réformes drastiques, pour passer d’un déficit annuel de l’ordre de 9% à un excédent de 2%. La France subirait ainsi « un sevrage brutal », avec l’abolition du statut de la fonction publique, la réduction du nombre des fonctionnaires, le transfert de la gestion du secteur éducatif et hospitalier au privé, la réduction drastique du nombre de collectivités locales…

Ce roman politico-financier plonge le lecteur dans les coulisses du pouvoir, de Bercy à la Banque Centrale Européenne, en mettant en scène une multitude de personnages connus, tant français qu’étrangers, ce qui lui confère un réalisme saisissant. Documenté et pédagogique, il est de nature à intéresser tous ceux qui sont intéressés par les affaires publiques, indépendamment de leur connaissance des marchés financiers. Philippe Jaffré, qui avait publié un Monnaie et politique monétaire (éditions Economica), et Philippe Riès avaient en effet extrêmement bien dosé leur intrigue.

A l’époque, d’aucun avait considéré qu’il s’agissait d’une pure fiction. Mais l’actualité grecque récente, tout comme l’histoire, nous rappellent qu’un État peut faire banqueroute. C’est ce qui est arrivé en France, en 1797, dans plusieurs États fédérés des États-Unis d’Amérique, entre 1841 et 1843. Il y a une vingtaine d’année, les crises financière latino-américaines, avec notamment la défaillance du Mexique (1982) ou de l’Argentine (1994), montraient aussi qu’un État ne peut durablement vivre au-dessus de ses moyens. Espérons que nous n’allons pas leur emboiter le pas…

Le jour où la France a fait faillite, Philippe Jaffré et Philippe Ries, Grasset, janvier 2007, 365 pages.

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Sur le web

(*) Nicolas Marques est chercheur associé à l’Institut économique Molinari.

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  • j’ai lu ce livre au moment de sa sortie. il est effectivement très interressant et très réaliste….à une exception près et elle de taille !! le personnel politique aujourd’hui en place Nicolas, Nathalie, etc. prennent leur responsabilités pour sortir le pays du m…. dans lequel il s’est mis. la situation est grave mais nous avons des dirigeants à la hauteur..
    Hors malheureusement s’il y a bien une chose dont nous sommes surs aujourd’hui c’est que ces gens font tout pour retarder le moment de remettre les « pendules à l’heure » et donc ne font qu’augmenter la souffrance à venir!
    donc le livre est bien mais nous vends « Churchill » au pouvoir (rassurant) alors que nous avons « Paul Reynaud »! (désespoir)

    • moi aussi je l’ai lu. Même critique : le scénario est trop noir et le sauvetage trop vigoureux pour être crédible ; Sarkozy sauveur, ça fait assez farce… Mais ce bouquin vaut surtout par son coté  » vous ne direz pas qu’on ne vous avez pas prévenu » de par sa publication en 2007 (ou 2008 ?)

  • Je viens de relire le livre, que j’avais du acheter à sa sortie. C’est saisissant par la description des mécanismes à l’oeuvre. C’est hélas très peu crédible quant à l’action des politiques, au vu de ce que font nos politiques. Je ne leur jette pas la pierre, car je ne ferais pas forcément mieux qu’eux à leur place, mais l’impression qu’ils laissent est qu’ils ne font que gagner du temps en vue de gagner les élections.
    Les auteurs sont-ils des cassandres ou ont-ils écrit une prophétie auto-réalisatrice?

  • ne les surestimé pas, je suis sur que quasiment n’importe qui de sensé et n’ayant pas de « formation politique » ferait mieux qu’eux.

  • J’avais moi-même analysé le livre ici:

    http://www.stephane.info/show.php?code=faillite_france&lg=fr

    Certains traits de mon analyse ont vieilli, mais d’autres gardent une certaine acuité:

    « Je crains que le jour où la France fasse faillite, l’ambiance soit moins propice au recueillement et à la réflexion. (…) Le centre tombera en dernier, après s’être épuisé à essayer de maintenir debout les pans qui s’écroulent. Cela signifie que lorsque la France subira le coup de grâce, elle sera déjà dans un état de paralysie générale désastreuse: les trains en panne ou en grève, les policiers dans la rue, les hôpitaux en faillite, etc.

    La crise précédera la banqueroute, et non l’inverse.

    Evidemment, l’accélération de l’effondrement n’ira pas sans mouvements sociaux d’une ampleur encore jamais vue. (…)

    Alors que les finances de la France tomberont en miette, les charognards essayeront chacun de se réserver la plus belle part du cadavre, de sécuriser ses acquis lors de la liquidation, ou encore d’être plus prioritaire que le voisin lorsqu’il faudra finalement couper dans les crédits, usant et abusant de son pouvoir de nuisance.(…)

    Il y a enfin un ensemble de circonstances complètement laissé de côté dans Le Jour où la France a fait faillite, et pas des moindres: la situation géopolitique internationale. Les auteurs estiment, avec raison, que la cessation de paiement de l’Etat français est avant tout affaire de politique intérieure; mais la France n’est pas pour autant imperméable à ce qui se passe dans le monde. (…) Or, selon moi, la faillite de la France surviendra à la faveur d’une crise mondiale, ou au moins d’un ralentissement économique généralisé, comme il s’en produit toujours de façon cyclique. La France est fragile, mais c’est un choc qui la mettra à terre. Un choc probablement venu de l’extérieur.

    Cela signifie que lorsque la France coulera, le reste du monde ne sera pas dans une très bonne passe, voire pire. Cela signifie aussi que le reste du monde n’aura, à ce moment, guère de moyens à dégager pour sortir l’Hexagone de son gouffre, et bien d’autres préoccupations en tête. »

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