Crise de l’endettement: une question de philosophie

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Crise de l’endettement: une question de philosophie

Publié le 3 décembre 2011
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Depuis le début du 20e siècle, la tendance idéologique dominante a été de renoncer progressivement aux principes libéraux afin de réaliser l’utopie de l’État-providence.

Par Jean-Hugho Lapointe (*), depuis le Québec
Article publié en collaboration avec Le Québécois Libre

Alors qu’une analyse n’attend pas l’autre concernant le sort de l’euro et la crise des dettes souveraines, les différents points de vue exprimés continuent d’afficher une certaine timidité à s’attaquer aux fondements mêmes de la problématique.

À la base, nous savons que l’énorme amas de dettes souveraines jonchant le système financier résulte de l’accumulation des déficits au fil des ans, lesquels sont générés par des écarts négatifs entre les dépenses et les revenus des États. Ces écarts ont été financés par des emprunts auprès des marchés, notamment des banques, qui ont accepté de prêter avec largesse sur la base de projections de croissance économique trop optimistes.

Ainsi, la suggestion de plusieurs analystes à l’effet de hausser les revenus des États pour assainir les finances semble malavisée puisque l’alourdissement des fardeaux fiscaux nuira encore davantage à la croissance. Sans aucun doute, le problème en est un de dépenses.

La conclusion qui devrait donc s’imposer à nous est que cette crise est intrinsèquement liée à notre philosophie du rôle de l’État. Depuis le début du 20e siècle, la tendance idéologique dominante en Occident, tous partis confondus, a été de renoncer progressivement aux principes libéraux et de revenir graduellement vers la centralisation, notamment afin de réaliser l’utopie de l’État-providence.

Cette tendance a culminé en 2008 avec l’acceptation quasi unanime parmi les milieux politique et universitaire de la thèse que les gouvernements devaient renflouer les banques, manufacturiers automobiles et autres secteurs en difficulté. À ce moment, une pyramide de dettes toxiques jusqu’alors privées a été prise en charge par le domaine public, nulle part ailleurs plus qu’en Europe et aux États-Unis, ajoutant à des rythmes de dépense et d’endettement déjà difficilement soutenables.

Si nous excluons la hausse des recettes fiscales de l’ordre des possibilités, cet interventionnisme croissant ne peut être financé que par d’autres emprunts ou par l’inflation monétaire. Et puisque la contagion en Europe semble prendre son élan et que l’ampleur des dépenses gouvernementales rattrape les pays membres de la zone euro un à un, même les pays centraux que sont la France et l’Allemagne voient leur accès au marché du crédit mis en doute, d’où la pression croissante que subit la Banque centrale européenne à l’effet de monétiser les dettes et d’augmenter la cible d’inflation.

Jusqu’à ce jour, la BCE a résisté à certaines de ces pressions, notamment parce que l’Allemagne est réfractaire aux politiques inflationnistes pour avoir déjà goûté dans les années 1920 aux dégâts qu’elles peuvent causer. Toutefois, la BCE et l’Allemagne n’auront bientôt plus le choix de céder ou de mettre fin à la monnaie commune, faute d’abandon de leur souveraineté fiscale (et politique) par les pays membres.

Dans l’optique où l’inflation est privilégiée par certains pour résorber la crise des dettes souveraines et sauver l’euro, elle n’en demeure pas moins un mécanisme extrêmement pernicieux et dangereux. En effet, une inflation limitée peut être assimilée au supplice de la goutte, c’est-à-dire une perte graduelle et peu perceptible du niveau de vie général attribuable à la perte de valeur de la monnaie, affligeant davantage et injustement les personnes dépendantes de revenus fixes telles que les retraités. Toutefois, une inflation non contrôlée représente un risque d’une toute autre magnitude. Or, comme l’a déjà illustré le philosophe et lauréat Nobel d’économie Friedrich Hayek, prétendre pouvoir contrôler l’inflation en adoptant des politiques qui mènent à celle-ci équivaut à tenir un tigre par la queue…

Enfin, la crise actuelle met en lumière la relation symbiotique qui existe entre les banques et les États interventionnistes, otages d’une logique circulaire où l’un prête à l’autre et où l’autre doit protéger l’un pour que les affaires continuent. En bout de piste, quelqu’un doit cependant payer la facture, et celui à qui elle est destinée semble considérer de plus en plus qu’il n’y trouve pas son compte si l’on en croit les manifestations populaires croissantes en Grèce, en Italie et partout ailleurs.

Aujourd’hui à la croisée des chemins, le citoyen occidental devra bientôt choisir entre, d’une part, continuer de tout attendre de l’État en soutenant un système qui gruge toujours davantage la prospérité de la classe moyenne et agrandit l’écart entre riches et pauvres; et, d’autre part, se responsabiliser et réviser ses attentes envers le rôle du gouvernement, au prix d’un bouleversement temporaire pendant que se fera la transition vers un système économique plus durable.

—-
Article originellement publié sur le Blog du QL le 02.12.2011, reproduit avec l’aimable autorisation du Québécois Libre.

(*) Jean-Hugho Lapointe est avocat en droit des affaires et en valeurs mobilières, et détient un MBA de l’Université Laval. Il s’intéresse à la philosophie des libertés individuelles, aux conceptions de la justice ainsi qu’aux conséquences néfastes des politiques publiques pour le bien-être général.

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