Crise de l’endettement: une question de philosophie

La tendance idéologique dominante a été de renoncer progressivement aux principes libéraux afin de réaliser l’utopie de l’État-providence.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Chateau_de_cartes

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Crise de l’endettement: une question de philosophie

Publié le 3 décembre 2011
- A +

Depuis le début du 20e siècle, la tendance idéologique dominante a été de renoncer progressivement aux principes libéraux afin de réaliser l’utopie de l’État-providence.

Par Jean-Hugho Lapointe (*), depuis le Québec
Article publié en collaboration avec Le Québécois Libre

Alors qu’une analyse n’attend pas l’autre concernant le sort de l’euro et la crise des dettes souveraines, les différents points de vue exprimés continuent d’afficher une certaine timidité à s’attaquer aux fondements mêmes de la problématique.

À la base, nous savons que l’énorme amas de dettes souveraines jonchant le système financier résulte de l’accumulation des déficits au fil des ans, lesquels sont générés par des écarts négatifs entre les dépenses et les revenus des États. Ces écarts ont été financés par des emprunts auprès des marchés, notamment des banques, qui ont accepté de prêter avec largesse sur la base de projections de croissance économique trop optimistes.

Ainsi, la suggestion de plusieurs analystes à l’effet de hausser les revenus des États pour assainir les finances semble malavisée puisque l’alourdissement des fardeaux fiscaux nuira encore davantage à la croissance. Sans aucun doute, le problème en est un de dépenses.

La conclusion qui devrait donc s’imposer à nous est que cette crise est intrinsèquement liée à notre philosophie du rôle de l’État. Depuis le début du 20e siècle, la tendance idéologique dominante en Occident, tous partis confondus, a été de renoncer progressivement aux principes libéraux et de revenir graduellement vers la centralisation, notamment afin de réaliser l’utopie de l’État-providence.

Cette tendance a culminé en 2008 avec l’acceptation quasi unanime parmi les milieux politique et universitaire de la thèse que les gouvernements devaient renflouer les banques, manufacturiers automobiles et autres secteurs en difficulté. À ce moment, une pyramide de dettes toxiques jusqu’alors privées a été prise en charge par le domaine public, nulle part ailleurs plus qu’en Europe et aux États-Unis, ajoutant à des rythmes de dépense et d’endettement déjà difficilement soutenables.

Si nous excluons la hausse des recettes fiscales de l’ordre des possibilités, cet interventionnisme croissant ne peut être financé que par d’autres emprunts ou par l’inflation monétaire. Et puisque la contagion en Europe semble prendre son élan et que l’ampleur des dépenses gouvernementales rattrape les pays membres de la zone euro un à un, même les pays centraux que sont la France et l’Allemagne voient leur accès au marché du crédit mis en doute, d’où la pression croissante que subit la Banque centrale européenne à l’effet de monétiser les dettes et d’augmenter la cible d’inflation.

Jusqu’à ce jour, la BCE a résisté à certaines de ces pressions, notamment parce que l’Allemagne est réfractaire aux politiques inflationnistes pour avoir déjà goûté dans les années 1920 aux dégâts qu’elles peuvent causer. Toutefois, la BCE et l’Allemagne n’auront bientôt plus le choix de céder ou de mettre fin à la monnaie commune, faute d’abandon de leur souveraineté fiscale (et politique) par les pays membres.

Dans l’optique où l’inflation est privilégiée par certains pour résorber la crise des dettes souveraines et sauver l’euro, elle n’en demeure pas moins un mécanisme extrêmement pernicieux et dangereux. En effet, une inflation limitée peut être assimilée au supplice de la goutte, c’est-à-dire une perte graduelle et peu perceptible du niveau de vie général attribuable à la perte de valeur de la monnaie, affligeant davantage et injustement les personnes dépendantes de revenus fixes telles que les retraités. Toutefois, une inflation non contrôlée représente un risque d’une toute autre magnitude. Or, comme l’a déjà illustré le philosophe et lauréat Nobel d’économie Friedrich Hayek, prétendre pouvoir contrôler l’inflation en adoptant des politiques qui mènent à celle-ci équivaut à tenir un tigre par la queue…

Enfin, la crise actuelle met en lumière la relation symbiotique qui existe entre les banques et les États interventionnistes, otages d’une logique circulaire où l’un prête à l’autre et où l’autre doit protéger l’un pour que les affaires continuent. En bout de piste, quelqu’un doit cependant payer la facture, et celui à qui elle est destinée semble considérer de plus en plus qu’il n’y trouve pas son compte si l’on en croit les manifestations populaires croissantes en Grèce, en Italie et partout ailleurs.

Aujourd’hui à la croisée des chemins, le citoyen occidental devra bientôt choisir entre, d’une part, continuer de tout attendre de l’État en soutenant un système qui gruge toujours davantage la prospérité de la classe moyenne et agrandit l’écart entre riches et pauvres; et, d’autre part, se responsabiliser et réviser ses attentes envers le rôle du gouvernement, au prix d’un bouleversement temporaire pendant que se fera la transition vers un système économique plus durable.

—-
Article originellement publié sur le Blog du QL le 02.12.2011, reproduit avec l’aimable autorisation du Québécois Libre.

(*) Jean-Hugho Lapointe est avocat en droit des affaires et en valeurs mobilières, et détient un MBA de l’Université Laval. Il s’intéresse à la philosophie des libertés individuelles, aux conceptions de la justice ainsi qu’aux conséquences néfastes des politiques publiques pour le bien-être général.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Le débat à gauche sur « le droit à la paresse » nous rappelle que pour une partie de la clientèle de la gauche radicale, le parasitisme est une valeur positive. Le communiste Fabien Roussel a suscité les réactions indignées de certains de ses alliés quand il a défendu la « valeur travail », grande oubliée ces dernières décennies par les formations de la gauche de la gauche.

Il y en a qui demandent le droit à la #paresse et d 'autres qui bossent pour nourrir les autres https://t.co/HaZOIwnPN2

— Dominique Luhe... Poursuivre la lecture

Si le renouveau revendiqué par Emmanuel Macron pour son second mandat présidentiel signifie qu’il ambitionne de renouveler, au sens de reconduire, le « quoi qu’il en coûte » budgétaire des années précédentes, on peut dire que le Projet de loi de finances 2023 ou PLF 2023 présenté lundi dernier en Conseil des ministres répond à merveille à cette ambition. Il n’est que de comparer les avis successifs de la Cour des comptes ou du Haut Conseil des Finances publiques (HCFP) rendus chaque année sur le sujet pour s’en convaincre.

Avec une rég... Poursuivre la lecture

Elle est revenue. Avec une vengeance.

L'inflation est remontée à des niveaux inconnus depuis quarante ans un peu partout dans le monde. À plus de 9 % en rythme annuel en juin au Royaume-Uni et aux États-Unis, presque 8 % en Allemagne. En France, elle ne dépasse pas encore 6 %, au plus haut depuis quand même trente-sept ans, mais sa dynamique peut la porter vers 10 % d’ici la fin de l’année.

 

Inflation : le rôle marginal de la guerre en Ukraine

Quelles sont les causes, et donc sans doute les responsabilités de cette... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles