Borloo tonton flingueur ?

Contrairement aux apparences, Jean-Louis Borloo n’a pas disparu de la scène politique

Contrairement aux apparences, Jean-Louis Borloo n’a pas disparu de la scène politique.

Par Aurélien Véron

Contrairement aux apparences, Jean-Louis Borloo n’a pas disparu de la scène politique. Il pourrait même bien rester très présent jusqu’à la présidentielle au sein du patchwork centriste en train de se s’effilocher. Avec la sortie de son ouvrage « Libre et engagé », on croirait presque à une stratégie délibérée de pourrissement de cette nébuleuse. Va savoir. C’est un malin, ce Borloo. Et la tambouille des affaires l’intéresse davantage que la tambouille politicienne. En fait, il est peut-être en plein milieu d’une adroite négociation pour mieux rebondir dans les affaires derrière. La direction d’un grand fleuron national par exemple ?

Il avait bien travaillé à séduire le Nouveau Centre en vue de dépouiller Hervé Morin de ses troupes. Le petit Parti Radical était ainsi devenu une auberge animée pour opportunistes déclassés de l’UMP : Yves Jégo, Dominique Paillé, Rama Yade. Il avait commencé à faire rêver les élus centristes et leur base. Tous se voyaient déjà incontournables au sein de la majorité dominée jusqu’ici par l’esprit de caserne de l’UMP. Tout ceci agaçait profondément Morin, bien entendu. Mais aux yeux de tous, ça y est, la revanche devenait possible. Borloo s’était même engagé, déclarant même le 10 septembre à l’université d’été de l’ARES : « Oui, j’irai au bout de ma logique, parce que je ne badine pas avec l’engagement politique ». Qui n’y aurait pas cru ?

Premier faux pas dans ce rapprochement enthousiaste : l’effroyable ambiance de l’université d’été de l’ARES, regroupement hétéroclite mais prometteur du Parti Radical, du Nouveau Centre et de Gauche Moderne, mais qui n’a jamais vraiment pris. Ou qu’on n’a jamais permis de prendre. Poussé à la faute, Morin a mal réagi en insultant un militant qui arborait un tee-shirt de Morin avec le nom de Borloo marqué au feutre. Maladresse ou provocation calculée ? En tout cas, Borloo a savamment entretenu le suspense et énervé Morin afin de faire de cet événement un massacre.

Mais le pire restait à venir. En se retirant de la présidentielle début octobre, Borloo a choisi le pire timing pour son camp. Trop loin du moment où les investitures auraient pu se négocier avec Sarkozy en échange du retrait calculé de sa candidature. Trop près pour permettre à ses troupes d’établir une stratégie de remplacement vis-à-vis de l’UMP. Résultat : Morin s’est senti pousser des ailes et s’est lancé fièrement, isolé et contesté par la majorité de ses élus qui craignent à juste titre que le prix de cette aventure périlleuse rende l’histoire du Nouveau Centre trop éphémère.

Si Borloo reste, ne serait-ce pas pour poursuivre son travail de sape de la candidature de Morin ? Ses petites phrases assassines, son travail de réseau ressemblent furieusement à un cheval de Troie politique. En minant ainsi l’ARES, s’est-il promis d’apporter la tête de Morin sur un plateau, et le retour au bercail de tous ses cadres ? Toutes ces coïncidences ne sont sans doute que pur hasard, et mon analyse pure affabulation.

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