Université: diplômes ou bonbons?

Manifestation des étudiants au Québec pour lutter contre la hausse des frais de scolarité

Québec : le gouvernement Charest a annoncé qu’à compter de 2012, les frais de scolarité augmenteront de 325 $ par année pendant cinq ans. Une manifestation nationale des étudiants est prévue demain, jeudi 10 novembre.

Par David Descôteaux, depuis Montréal, Québec

Manifestation d'étudiants au centre-ville de Montréal (image d'archive - août 2011)

Si l’université coûtait plus cher, je n’aurais pas pris six ans à compléter mon baccalauréat. (Ou était-ce sept?) Les frais de scolarité étaient bas, et moi, j’étais perdu. J’ai tellement essayé de programmes, je me rappelle être passé de kinésiologie, à sociologie, à géographie, de retour à kinésiologie… la même semaine! Si vous connaissez l’Université de Montréal, ça fait long à marcher.

Vous ai-je parlé de ma décennie passée au Cégep Lionel-Groux? Bon, passons.

Tout ça pour dire que je me vois mal critiquer les étudiants d’aujourd’hui, qui refusent de payer plus cher. Après tout, j’en ai pas mal abusé moi-même. Mais surtout : l’idée que l’éducation devrait être « gratuite », ou un droit fondamental, peut se défendre. Oui, oui. À condition, bien sûr, qu’on s’imposent des choix.

1 $ entre, 1 $ sort

Nos universités ont besoin d’argent. Si on veut que les diplômes de nos étudiants aient une valeur dans le futur, il faut investir. Dans de meilleurs équipements, de meilleurs profs, etc.

Les étudiants devront payer de leurs poches quelque 330 millions $ de plus d’ici 2017, à cause du dégel des frais. La question : on le prend où, l’argent, s’il ne vient pas de la poche des étudiants? Et ne regardez pas les autres contribuables, ils sont saturés.

Mais attendez un peu… 330 millions $, c’est 0,9 % du budget de la santé. Vous me dites qu’il n’y a ab-so-lu-ment aucun moyen d’économiser 0,9 %? Par exemple en rendant les hôpitaux ou la bureaucratie un brin plus performant?

Et 330 millions $, c’est une fraction du cadeau qu’on fait aux alumineries comme Alcoa en leur vendant notre électricité à perte. C’est 10 % des subventions annuelles qu’on donne aux entreprises, dont plusieurs multinationales. C’est aussi ce que nous avons versé, l’an dernier, pour renflouer les généreux régimes de retraite des employés de la Ville de Montréal.

La semaine est vieille de deux jours seulement, et le gouvernement vient de créer un nouveau fonds pour la culture (100 millions $), et « Export Québec ». Un énième programme de subventions qui permettra de fournir de beaux emplois à des fonctionnaires en Europe et ailleurs (coût : 60 millions $). Ensemble, ces dépenses totalisent la moitié de la facture des étudiants.

Moins de bonbons, plus d’études

Je vous lance un défi. Prenez l’accès à l’université, et les dépenses mentionnées ci-haut. Êtes-vous capables de faire une liste de priorités, et d’en éliminer au moins une? Si oui, pourquoi notre gouvernement, lui, est incapable?

Les étudiants veulent le gel des frais de scolarité? OK. Mais cesser de parader dans les rues, entourés de chefs syndicaux et autres membres de la coalition « le mur arrive, accélérons! » À la place, trouvez, et proposez, des économies ailleurs. Pas des hausses d’impôts, des coupures. Ceux qui payent vos études — les contribuables — tendront une oreille plus attentive à vos demandes.

Je ne dis pas que le gel des frais de scolarité est une bonne politique. Je dis que si on fait des choix, si l’État gère son budget comme du monde — en fixant des priorités —, on pourra s’en payer des programmes. Même ceux qui font peu de sens économique, mais qui nous tiennent à cœur.

Ah oui… Et si des étudiants parmi vous avez des questions sur des programmes collégial ou universitaire, écrivez-moi. Je les connais tous.

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