Une rigueur à sens unique

Le Honzec Fillon Rigueur

On parle beaucoup de rigueur, mais de vraie baisse des dépenses, point.

Une rigueur à sens unique

Stupéfaction ! La France, éternelle et merveilleuse, va elle aussi devoir faire quelques micro-ajustements dans ses petits budgets histoire de passer un cap difficile ! Vraiment, là, on tombe des nues. Cependant, Fillon a pris les choses en main et on peut être sûr qu’avec un tel capitaine, on va pouvoir s’en sortir.

Il ne faut pas se leurrer : la nouvelle a fait l’effet d’une bombe dans la presse nationale. Une avalanche de titres tous plus terribles les uns que les autres annonce un retour funeste à la rrrrrigueur, cette période où, on le sait, la soupe populaire rouvre, les pauvres sont jetés à la rue, le gouvernement s’astreint à ne plus rien dépenser et où le pays, de riant et joyeux, passe à gris et triste comme un dimanche de pluie à Dunkerque en février.

Et d’ailleurs, pour mettre dans l’ambiance, le Capitaine Fillon, qui reste seul maître à bord pendant que Sarkozy se fait de la Grèce en grignotant des petits fours dans des réceptions mondaines, a clairement déclaré qu’on allait en baver : le budget 2012 sera l’un des plus rigoureux depuis 1945.

Notez bien « l’un des plus » et pas « le plus ». Ceci laisse une très large marge d’interprétation sur l’ampleur réelle de la rigueur qu’il compte mettre en place. Marge d’interprétation d’ailleurs bien utilisée par tous les scribouillards et politiciens de tous bords qui n’en finissent pas de faire leur propre analyse sur la sauce à laquelle le contribuable va être dégusté.

On a ainsi évoqué une nouvelle journée de solidarité, avant qu’un autre François, Baroin celui-là, ne mette le holà. On appréciera d’ailleurs toute la saveur de la solidarité lorsqu’elle est présentée comme ça : il s’agit d’une journée où, officiellement, vous ne bossez pas pour vous ou pour votre employeur, mais c’est une journée directement pour l’état. Ce qui est drôle, dans la mesure où l’état ponctionne déjà par ailleurs 52% du PIB français, ce qui veut dire que sur toutes les autres journées, vous lui en lâchez déjà plus de la moitié, et que pour deux d’entre elles, il prend tout.

Comprenez bien : À 52%, c’est de l’impôt. À 100%, c’est de la solidarité et non de la flibusterie.

Simple, non ?

Dès lors, le principal problème du pays est de placer le curseur de solidarité au bon niveau, et 100% semble une option de plus en plus réaliste lorsqu’on voit le gouffre de dettes que nos clowns à roulettes se sont escrimés à creuser pendant les 40 dernières années.

Ceci posé, regardons ensemble le but fixé avec ce nouveau budget « de rigueur ».

Il est simple : il s’agit de trouver 6 à 8 milliards d’euros pour rentrer dans le déficit que s’autorise le gouvernement. Oui, vous avez bien lu. Le budget rigoureux est donc d’emblée déficitaire, et pour qu’il ne le soit pas trop (sachant qu’on frise la centaine de milliards de trou en 2011), il faut trouver 6 à 8 milliards supplémentaires.

Je le redis : un budget rigoureux est donc un budget en déficit de moins de 100 milliards.

Un budget rigoureux, c’est, pour nos hydrocéphales en pilote automatique à mouvement brownien, un budget qui affiche un chiffre un peu meilleur que

-100.000.000.000 €

au compteur.

A ce niveau d’incompétence, ce n’est pas le budget qui est en déficit de fonds, mais la France qui est en déficits d’imbéciles tant même le plus parfait des imbéciles ne parviendrait pas à sortir ce genre de couleuvres sans se rendre compte de l’inanité de son propos. Pas de doutes, nos politiciens sont en dessous de tout, et barbotent bruyamment dans une piscine de panique pure. Je pourrai prendre l’image d’un poulet sans tête, mais elle tombe à l’eau puisque chez eux, la décapitation ne constitue pas un manque critique.

J’exagère ?

Même pas. Prenez un ministre repris de justice au hasard, un de ces porteurs de maroquins qui a un casier, n’importe lequel, mettons Juppé, il fera l’affaire, et laissez-le prendre la parole sur cette rigueur. Paf, ça ne loupe pas, le poulet sans tête se met à courir et nous asperge au passage de quelques fientes intellectuelles. Je cite :

La TVA est un impôt bon pour l’emploi. Ce sont les plus modestes qui en profitent, ceux qui cherchent du travail. Il y a notamment deux effets bénéfiques à la TVA : elle ne taxe pas les investissements et elle est très favorable à notre commerce extérieur.

Et ce type dirige notre armée. Rassurant, non ?

Car en effet, mon brave Alain (vous permettrez que je vous appelle Alain, après tout, vous avez été affranchi, ce n’est plus comme si vous aviez un casier vierge, hein), si la TVA, c’est si chouette, si c’est si cool pour nos emplois, notre commerce extérieur et notre état ventripotent comme des sénateurs en fin de mandat, pourquoi diable s’arrêter à 19.6% ou même y ajouter seulement quelques points pour sortir le budget 2012 de sa passe délicate ? Pourquoi, mon cher Alain, ne pas faire péter les scores et l’amener à un bon 50% ?

Et puis rappelons-nous que nous devons absolument rembourser une dette colossale ! Autant viser directement un bon 100% dans un premier temps, pendant une poignée d’années (5 à 10, tout au plus) ! Non ? Comment ça, il y aurait quelques effets néfastes ? Allons, Alain, ne te dégonfle pas ! Tu l’as dit toi-même : c’est bon pour notre commerce extérieur et ça favorise l’emploi et une érection de star du X !

Bon, et à part ce but ridicule et les éminents taulards-en-sursis qui viennent nous débiter de consternantes niaiseries, qu’avons-nous ?

Côté avalanche d’impôts, c’est bien rempli : nouvelle TVA, relèvement des prélèvements confiscatoires sur l’épargne, augmentation de l’impôt sur les sociétés (dès décembre, bien sûr), plus toute la pluie drue de taxes diverses qui continue de s’abattre sur tous et toutes, avec pas mal de discrétion.

Et pour ce qui est des dépenses ? Eh bien c’est très simple : on ne réduit rien.

Oui, il n’y a pas de réduction des dépenses. Surtout pas : continuons d’asperger de pognon tout ce qu’on peut. Le pognon, on en a plein, il est gratuit, c’est Mario qui l’imprime à la BCE.

On va par exemple se contenter d’augmenter les dépenses sociales en fonction de la croissance prévue. Oui, vous avez là encore bien lu : on les augmente. Juste « moins vite ». Pour les promotions et les augmentations à l’ancienneté dans la fonction publique, on va les limiter ; là encore, il s’agit d’augmenter moins vite. Les salariés du privé apprécieront avec joie une sodomie fiscale aussi voire plus profonde, MAIS plus lente.

Le but affiché, sans honte, est donc de parvenir à 4.5% du PIB de déficit en 2012, puis 3% en 2013 et progressivement 0 en 2016, dates auxquelles aucun de nos joyeux décérébrés ne sera de toute façon en place pour fêter dignement cet achèvement. Oui, oui, on peut le dire : ils se foutent de notre tête.

Ce qui tombe bien puisque l’année prochaine, vous pouvez déjà parier (à peu de frais) que le déficit sera largement atteint, que la fameuse rigueur ne sera subie que par les mêmes (les classes modestes et moyennes, et surtout pour le privé) et qu’aucun de ces vendeurs de tapis pourris ne sera lui-même touché dans son budget personnel.

Il n’est plus minuit moins une. Minuit est déjà largement passé.

Ce pays est foutu, et il l’est d’abord à cause de l’incurie, de la stupidité et, avant tout, du manque de courage absolument pathologique de la totalité de la classe politique, incapable de seulement regarder la réalité en face, de comprendre les volumes financiers en jeux et de prendre les décisions qui s’imposent depuis au moins 20 ans.

D’autres pays, devant le mur de leurs dettes et d’un socialisme délétère, furent obligés de faire des remises à plat radicales (Nouvelle-Zélande, Suède, Finlande, Chili, tous les pays qui sortirent d’un coup du communisme) et tous ceux qui choisirent les voies du libéralismes (flat tax, réduction drastique de l’emprise de l’état, etc…) s’en sortirent rapidement.

Avec le boulet de l’Euro et l’atavisme socialoïde profond qui gangrène toutes les strates du pouvoir, vous pouvez parier que la France (et une bonne partie de l’Europe) ne choisira certainement pas cette voie.

Et se plantera.
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