Les semaines se suivent mais ne se ressemblent pas

Les journées ou les semaines de solidarité sonnent bien creux

Pour Gilles Guénette depuis Montréal, Québec, les journées ou les semaines de solidarité sonnent bien creux. En particulier la semaine de la solidarité qui se tient en ce moment au Québec.

Un article publié en collaboration avec le Québécois Libre.

La Semaine de la solidarité se déroule du 16 au 22 octobre cette année au Québec. Non, non, il ne s’agit pas d’une semaine dédiée à la manifestation syndicale (So-so-so-solidarité!), il s’agit plutôt d’une semaine qui vise à « sensibiliser la population aux difficultés vécues par les personnes en situation de pauvreté et d’exclusion sociale, à lutter contre les préjugés dont elles sont parfois victimes, à mettre en lumière leur potentiel et à assurer le respect à leur égard ».

Ça aurait pu être une Journée de la solidarité, mais le sujet était trop important. Ça aurait pu être un Mois de la solidarité, mais le sujet n’était tout de même pas si important que ça. Les Années, on les laisse à des organismes internationaux comme l’ONU ou l’UNESCO… Non, le nombre de jours retenus doit tenir compte de l’importance de la cause à souligner. La solidarité, ça mérite une semaine. Point.

Sur le site du ministère responsable de l’événement, celui de l’Emploi et de la Solidarité sociale, la ministre Julie Boulet nous rappelle qu’« [a]u Québec, nous avons fait le choix de nous engager dans la lutte contre la pauvreté. C’est en unissant nos forces que nous favoriserons l’inclusion de tous. La Semaine de la solidarité est l’occasion pour moi de rappeler que dans chaque région, les partenaires locaux participent à cet effort collectif et élaborent un plan d’action visant à faire reculer la pauvreté et l’exclusion sur leur territoire. »

« Au Québec, nous avons fait le choix de nous engager dans la lutte contre la pauvreté ». Le « nous » doit faire référence aux membres de l’Assemblée provinciale, je ne suis pas particulièrement engagé dans cette lutte-là. Mais bon… Disons que pendant une semaine, « le Québec » se mobilise contre la pauvreté.

Les Semaines sont en fait des prétextes qui permettent aux élus de montrer qu’ils interviennent de différentes façons sur les problèmes de société ‒ problèmes qui résultent, la plupart du temps, de leurs actions. En compartimentant l’année en Semaines de ci et de ça, ça leur permet de planifier leur agenda et de se réserver des fenêtres d’opportunités médiatiques. Ainsi, durant la Semaine de la solidarité, attendez-vous à voir la ministre… de la Solidarité sociale sur toutes les tribunes.

Et ce ne sont pas les semaines qui manquent dans une année! Par exemple (et au Québec seulement), on a la Semaine de l’action bénévole, la Semaine de la sécurité civile, la Semaine de l’allaitement, la Semaine de la déficience intellectuelle, la Semaine québécoise des adultes en formation, la Semaine québécoise de réduction des déchets (ça ne s’invente pas!), la Semaine de la prévention des incendies, la Semaine de la coopération, la Semaine de prévention du suicide, la Semaine québécoise des personnes handicapées, pour ne nommer que celles-là.

On a même failli avoir la Semaine des quatre jeudis ‒ souvenez-vous des débats destinés à repousser l’adoption du projet de loi C-6 qui mettrait fin au lock-out décrété par Postes Canada, cet été à la Chambre des communes. Au raz les pâquerettes, plus près des préoccupations du vrai monde, on a la Semaine de relâche ‒ lorsque les enseignants se payent une petite pause et laissent aux parents le soin de s’occuper de leurs rejetons…

C’est à se demander s’il reste des semaines libres de causes. C’est vrai, à la quantité de bonnes causes qui existent, nul doute qu’il doit y avoir des chevauchements! Mais admettons que je veuille « partir » une Semaine, qui irais-je voir? Existe-t-il une sorte d’organisme central qui s’occupe de coordonner tout ça?! Une sorte de Grand registraire des Semaines?! J’ai beau chercher, je ne trouves pas.

Toutes ces Semaines consacrées à de bonnes causes, il doit bien y avoir de la place pour une Semaine du laissez-faire; une sorte de « repos du guerrier ». Une semaine où l’on pourrait décrocher de tous nos devoirs de citoyen et se la couler douce. Je propose la Semaine du désengagement citoyen, tiens. Ou la Semaine de la Far Niente.

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