Les chrétiens aussi ont des droits

Illustration : © libre.org

Aujourd’hui la liberté religieuse est menacée de deux côtés, qui semblent maintenant converger : l’étatisme et l’intégrisme

Aujourd’hui la liberté religieuse est menacée de deux côtés, qui semblent maintenant converger : l’étatisme et l’intégrisme.

Par Jacques Garello, administrateur de l’IREF et président de l’aleps
Article publié en collaboration avec l’aleps

Je ne crois pas tout à fait inutile de le rappeler.

Les coptes égyptiens, après que l’une de leurs églises ait été incendiée par les Frères Musulmans, ont été lâchement assassinés par la police « nationale ». A-t-on fait quelque bruit autour de ce double crime ? Était-il plus important de consacrer trois grandes soirées aux primaires socialistes ? L’indifférence ou la lâcheté, ou les deux, nous guettent.

Après les promesses ambiguës des printemps arabes, voici se profiler l’intégrisme islamique qui prend pour cibles privilégiées Juifs et Chrétiens. Loin de moi la pensée de monter les Chrétiens contre les autres, et de prêcher de nouvelles croisades. Mais je n’ai aucune raison d’admettre que les droits des Chrétiens aujourd’hui, comme ceux des Juifs, comme ceux des Musulmans en Syrie, puissent être impunément violés, parce que leur religion n’est pas tolérée.

Pourtant, vous le savez : historiquement la liberté religieuse a permis à toutes les autres libertés d’émerger. Elle s’est ancrée dans une certaine vision de l’homme, portant en lui-même son droit, attribut de la dignité qui le caractérise. La liberté religieuse est un droit individuel, parce que la religion est un choix personnel. Nier la liberté religieuse, c’est nier l’être humain.

Hélas, ce principe n’est pas admis de tout le monde. Aujourd’hui la liberté religieuse est menacée de deux côtés, qui semblent maintenant converger : l’étatisme et l’intégrisme.

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Après les guerres de religion, la liberté religieuse avait été progressivement établie par toutes les Déclarations et Constitutions. Mais le 20ème siècle a vu naître ou renaître l’État totalitaire, la religion doit se soumettre ou se démettre. Catholiques, Protestants, Juifs ont subi le martyre sous Lénine, Staline et Hitler, et plus tard sous Mao. Ensuite est venu l’État Providence, tout devenant affaire d’État, il est difficile de vivre sa religion sans rencontrer l’administration chemin faisant. L’État a la haute main sur l’école, la culture, il réglemente les lieux de culte, il finance ou il bloque, il contrôle, il arbitre. Il veut même organiser les religions, pour leur plus grand bien évidemment. Prenons garde à cette déviance : on mêle pouvoir politique et pouvoir religieux, alors que depuis la révolution grégorienne la religion s’était affranchie des souverains. Par contraste la fausse laïcité s’installe : la seule religion reconnue sera bientôt chez nous celle de la République, celle de l’État, que sais-je encore ? Mais qu’est-ce qu’une religion sans Dieu ? Est-ce le culte de l’Être Suprême ?

Là-dessus se greffe, mais ce n’est pas nouveau, l’intégrisme religieux. Il est des gens aveuglés par la foi et perdant toute raison, mais n’y a-t-il pas aussi des religions intolérantes qui n’admettent ni contestation, ni même tiédeur ? Dans son discours de Ratisbonne, si fortement critiqué, Benoît XVI a mis en avant la nécessaire alliance de la foi et de la raison. La foi aveugle produit la haine et le fanatisme. La raison pure pousse à l’orgueil et au mépris. On a vu dans ces propos une attaque contre l’Islam radical. En fait, le chef de l’Église catholique voulait signifier que le dialogue entre religions n’est possible que si l’on admet une double référence et à la foi, et à la raison. Reprenant l’initiative de Jean Paul II, Benoît XVI réunit à Assise les représentants de très nombreuses et diverses religions. Ce n’est pas pour cultiver le relativisme, qui lui paraît la pire des choses, c’est pour voir si on ne peut pas chasser le fanatisme religieux en remontant à la source des religions.

Cette patiente approche théologique du choix religieux contraste avec la violente intolérance porteuse de haine et d’extermination. Puisque j’ai évoqué l’État, les hommes qui le gouvernent devraient s’en occuper sérieusement. Leur mission est de garantir et défendre les droits individuels. Le font-ils ? Ils ont les moyens de cette mission, puisque dans une démocratie moderne eux seuls disposent de la violence légale. S’en servent-ils ? Éliminent-ils la violence privée ? L’État ne peut laisser pour compte les Chrétiens. Ils ont le droit d’être protégés non seulement contre les agressions physiques, mais aussi contre les blasphèmes qui les blessent.

Les Chrétiens, de leur côté, savent que tout droit implique un devoir. Ils ont le devoir de respecter les autres et leurs choix religieux, mais aussi d’être exemplaires dans leurs vies personnelles pour témoigner de leur foi dans une religion qui prône la compréhension et la paix entre tous les hommes. Peut-être la déchristianisation de l’Europe nous livre-t-elle aujourd’hui aux assauts de tous les fanatismes. Nous aurions avantage à affirmer, en parole et en actes, notre fierté d’adhérer à la religion de la liberté et de la dignité.

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Sur le web.

(*) L’alepsprésidée par le Professeur Jacques Garello, est l’Association pour la Liberté Économique et le progrès social, fondée il y a quarante ans, sous l’autorité de Jacques Rueff, dans la tradition intellectuelle française de Jean Baptiste Say et Frédéric Bastiat.