Bravo François ?

La victoire significative de François Hollande sur Martine Aubry met un terme aux primaires socialistes

La victoire significative de François Hollande sur Martine Aubry met un terme aux primaires socialistes et semble faire pencher la balance du côté des sociaux-démocrates plutôt que de celui des socialistes pur crus. Une victoire pour la gauche ?

Plutôt que de reprendre, en un énième commentaire, les résultats des primaires socialistes, nous nous attacherons plutôt ici à revenir sur quelques éléments marquants de ces premières primaires ouvertes, à dresser une rapide prospective sur ce qui attend le candidat Hollande et sur les obstacles qui demeurent sur le chemin de la modernisation de la gauche la plus archaïque du monde.

Un ralliement de (presque) toute la gauche

Dire que le candidat du PS est, depuis ce dimanche 16 octobre, le candidat de l’ensemble de la gauche serait une erreur grossière. Dire qu’il en sera le principal élément est, dès aujourd’hui, une certitude.

La gauche française semble ainsi jongler avec autant d’incohérences qu’elle a de leaders. Le soutien personnel d’Arnaud Montebourg à François Hollande avant le second tour n’implique pas que les plus révolutionnaires des socialistes se sont rangés derrière celui qui passe dans les médias pour un social-démocrate sympathique, un Chirac de gauche. C’est en tout cas ce qu’indique le résultat de Martine Aubry, qui gagne près de 13% en un seul tour, malgré une victoire annoncée. Il est à craindre, pour François Hollande, que les déçus des primaires ne se tournent vers Jean-Luc Mélenchon pour qui Arnaud Montebourg n’a jamais caché sa sympathie et sa proximité sur le concept de démondialisation.

De même, le nouveau candidat socialiste devra compter sur Eva Joly et consorts, à qui l’on a arraché devant micros qu’ils préféraient Martine Aubry à François Hollande… ce qu’a confirmé un étrange appel issus de cadres d’EELV à voter Martine Aubry pour le second tour. Avec le succès de François Hollande, il est probable que les plus favorables à la fin du nucléaire se tourneront vers Eva Joly et son programme décroissant.

L’électorat de gauche est donc fissuré et François Hollande aura fort à faire s’il veut tout à la fois réunir largement au centre – comme il le laisse entendre – et fédérer à gauche. Sa tendance, bien constatée lors des débats, au compromis risque de passer, de chaque côté, pour une compromission inadmissible. A défaut de positionnement cohérent, il n’est pas sûr qu’il atteigne le second tour… tant il est vrai que Marine Le Pen a repris la thématique fédératrice de la démondialisation et du souverainisme. François Hollande, nouveau Mitterrand ?

Un rassemblement autour d’une personnalité (presque) d’exception

Alors que les médias n’ont eu de cesse de montrer à quel point les socialistes étaient unis autour de leur nouveau candidat et combien les militants et le peuple de gauche lui est favorable, nous ne pouvons nous retenir de reprendre, avec malice, les quelques stigmates qui affecteront François Hollande durant la campagne…

Selon Arnaud Montebourg, c’était, en 2007, « le seul défaut de Ségolène Royal ». Selon celle-ci, c’est « un notable », pire, « un cumulard ». Martine Aubry a poussé la rhétorique jusqu’à dire de lui qu’il était « le candidat du système » et que, si sa conscience était à gauche, celle-ci devait être « molle ». Bref, les nouveaux amis de toujours du candidat Hollande ont dressé de lui, la campagne durant, un portrait peu élogieux qu’il risque d’avoir du mal à affronter.

François Hollande, cette personnalité « sans expérience », ce « candidat de l’inaction », ce partisan d’une « présidence normale » saura-t-il démontrer qu’il a l’étoffe d’un Président de la République ? Rien n’est moins sûr ! Parmi les tâches qu’il devra accomplir, pour parachever sa mutation, il lui faudra notamment constituer un programme présidentiel. Bien sûr, il existe le fameux projet socialiste pour 2012… mais les candidats à la candidature s’en sont tant éloignés pour se démarquer qu’il est quasiment obsolète. Du reste, ce programme a été jugé par la presse « bien ancré à gauche »… et pour cause ! Il porte la griffe de Guillaume Bachelay, proche de Laurent Fabius et Martine Aubry. François Hollande saura-t-il se démarquer suffisamment d’un texte revenant aux vieilles lunes du socialisme ?

Les primaires : une (presque) réussite

Nous nous sommes, dans un précédent article, félicité de la réussite de ces primaires. Nous pensons en effet qu’elles inscrivent, structurellement, la gauche dans la social-démocratie en renvoyant le socialisme révolutionnaire au XXe siècle dans lequel il a prospéré – pour le plus grand malheur des peuples. La réussite s’est déclinée, lors du second tour, sur un plan conjoncturel par la sélection du candidat le plus centriste, au détriment du candidat le plus ancré à gauche.

Toutefois, nous demeurons certains que cette réussite n’est pas suffisante. Parce que trouver la victoire au cours de primaires, fussent-elles ouvertes, n’offre pas la victoire aux présidentielles. Parce que la gauche française demeure ravagée par un siècle de populisme, de marxisme-léninisme, de maoïsme, de trotskisme, de lambertisme, de situationnisme et de toutes ces mouvements dont l’influence fut inversement proportionnelle à leur taille. Si François Hollande veut rassembler au centre – seule recette pour remporter les élections présidentielles – il devra s’extraire de cette gangue étouffante pour porter un programme neuf. A défaut, il ne sera jamais que le candidat des socialistes.

Si, à terme, la gauche devrait s’ouvrir au libéralisme – à défaut de le faire par goût, elle devra le faire par nécessité – le temps de cette ouverture ne semble pas venue. Et le projet du PS pour 2012, tout comme les appels à la démondialisation et au retour de l’État stratège ne sont pas là pour nous détromper.