Les clowns volent en escadrille

Amusante série de déclarations concernant les capitalisations bancaires…

Les clowns volent en escadrille

La crise, c’est très vilain, c’est plein de tristesse et ce sera plein de gens que le malheur va heurter de plein fouet. Mais ce sont aussi des clowns idiots qui courent dans les médias comme des poulets sans tête, et ce serait dommage de ne pas en profiter un peu.

Prenez la capitalisation actuelles des banques. C’est un sujet en soi et il y aurait de quoi remplir plusieurs billets, pour déterminer si les banques sont sous-capitalisées ou pas. On pourrait disserter de l’utilité de la réserve fractionnaire ou de l’agitation qui s’empare des marchés lorsque les banques centrales gobent des bons du trésor.

Mais tout ceci serait à peine amusant.

Si on veut s’en payer une bonne tranche, il suffit de ne rien dire, ne rien analyser d’emblée, et de se contenter d’amasser les dépêches d’agences, les petites phrases et les déclarations gênées de gens importants.

Pour cette histoire de capitalisation, tout commence avec un petit rot de Christine Lagarde. À peine arrivée au FMI, voilà que notre brave ex-minustre de l’Économie Française sort de sa réserve pour sortir une énorme boulette :

« Nous estimons de manière générale qu’il est nécessaire de recapitaliser les banques européennes afin qu’elles soient assez fortes pour résister aux risques liés à la crise de la dette et à la faible croissance »

Vent de panique dans les milieux financiers, affolements aux têtes des principales banques européennes. Des cheveux s’arrachent, des cols de chemise explosent, des yeux font des tours, des bras gesticulent. Christine, pourtant, persiste :

« Je ne fais pas machine arrière, scrogneugneu. »

Mais quelle mouche l’a piquée ?! C’est tout de même incroyable ! Pensez-donc : quelques jours avant, alors qu’elle pouvait encore adresser la facture de son caviar et de ses bulles de champagne au service compta de Bercy, elle avait pourtant clairement dit que la situation était bonne, et que la reprise, bien que timide, était là !

Alors évidemment, tout le monde se sera empressé de la remettre à sa place, cette péronnelle du FMI ! Laurence Parisot, par exemple, qui s’y connaît beaucoup beaucoup en banques, en France, en politique et en politique intérieure de la France (et tient à son job pépère), n’hésite donc pas et monte au créneau :

« Cette déclaration est tout à fait incompréhensible. Les banques européennes sont solides et pour les banques françaises, il faut bien avoir à l’esprit que nous avons les banques parmi les plus solides du monde. »

Oui, Laurence. Il fallait le dire : la France est Championne Du Monde Des Banques Solides et ce n’est pas un petit Crédit Lyonnais ou un gentil Crédit Foncier, ou même un Kerviel, qui démentent les performances passées. Du Béton Armé Précontraint ! À tel point qu’on pense adosser Bouygues et la Société Générale, avec des armes Dassault sur le toit. Imprenable !

Heureusement que Laurence a remis les choses au clair.

Cependant, il semble que son gros micro mou n’était pas branché : la prise de son fut sans doute mauvaise et les explications primordiales de notre patronne des patrons n’ont pas porté suffisamment loin. À Bruxelles, on n’a rien entendu et Joaquim Almunia, qui est — tout le monde le sait à présent — un gros farceur, est sorti de sa léthargie estivale pour prendre la parole, en ayant pris soin de vérifier que son micro, à lui, était bien en marche :

« Les tests de résistance établis en juillet étaient sérieux et importants… »

(Quand je vous disais que c’est un gros farceur)

« … Leur méthodologie est bien meilleure que celle utilisée par le FMI, mais il faut reconnaître que les conditions ont évolué cet été, et c’est pourquoi il ne faut pas écarter la nécessité de nouvelles recapitalisations »

La bonne blague, Joaquim ! Tu serais donc d’accord avec Christine Flashing-Green-Lights Lagarde ?

On a du mal à y croire ! Ce serait, en réalité, aller à contre courant de ce que tout le monde comprend et que tout le monde chuchote avec insistance dans les couloirs du ministère de l’Économie — rires — et du Budget — rires nourris — de la France — rires redoublés. Ainsi, Valérie Pécresse, qui est à la gestion du Budget français ce que Lidl est à Fauchon, nous explique que tout ceci, c’est du n’importe quoi en barre :

« Il n’y a aucun problème de solvabilité, de liquidité des banques françaises. Les banques françaises sont solides. Les banques françaises n’ont pas besoin d’être recapitalisées davantage. Depuis 2008, elles ont augmenté leurs fonds de 50 milliards d’euros. »

Ah non mais franchement alors bon ! Et arrêtez un peu de dire tout et son contraire, on va finir par ne plus rien y comprendre ! À en juger par ces passes d’armes, on n’a même plus le temps de digérer une déclaration qu’une autre vient la contredire.

Reprenons les fondamentaux. Revenons au FMI, par exemple. Que nous dit-il, à présent ? Recapitalisation ? Pas recapitalisation ? 100 milliards ? 50 ? 200 ?

Ah. Zut, c’est « Recapitalisez vite ! » et l’institution nous parle de … 300 milliards à présent.

Gasp. À en juger par ce ping-pong frénétique et indécis, l’expression « poulets sans tête » me semble bien appropriée…

Mike poulet sans tête

Bon.

Puisqu’on n’arrive pas à avoir un comportement cohérent de toute cette bande de tristes andouilles, changeons de sujet. Ou plutôt, restons sur les banques, mais attardons-nous sur le nouveau rebondissement des emprunts dit toxiques des collectivités territoriales.

Comme j’ai déjà abondamment parlé des remugles puants qui remontent doucement de nos collectivités territoriales gérées par des aigrefins et autres jean-foutres aux téléphones portables greffés à l’oreille, je m’attarderai aussi peu que possible sur la Une lamentable de pignouferie d’un de ces organes de presse pour personnes qu’on dira pudiquement différentes : ça y est, certains ont fini par se rendre compte que tout un paquet de communes ont contracté, dans la plus parfaite indifférence à l’époque, des emprunts bien trop risqués et bien trop complexes pour les crânes d’œuf qui gèrent leur budget.

Et évidemment, Pleurnichou Bartolone nous explique encore une fois que c’est la fotobanques et aux méchants montages qu’on les a forcé à souscrire, un pistolet sur la tempe (et la famille en otage qui pleure derrière).

On s’attendrait presque à ce que notre porteur de drapeaux aux Olympiades de la Connerie Financière nous susurre que la situation dans laquelle lui et ses centaines de congénère se sont fourrés ne doit rien au hasard, sur le mode :

Ces emprunts toxiques étaient-ils un piège ? C’est possible. Un complot ? Nous verrons.

On pourra pouffer en se rappelant qu’au moment de les souscrire, aucun de ces branle-musards n’a appelé l’emprunt en question « toxique », mais bel et bien « affaire du siècle » ou « bonne bidouille », voire « montage malin ». Montage malin qui leur a permis d’optimiser finement la gestion de l’argent des contribuables dont ils avaient la charge, disaient-ils, sans jamais admettre qu’ils ne captaient absolument rien à ce qu’ils venaient de signer.

Ou s'ils ont compris, c'est qu'ils sont de parfaits escrocs.

Heureusement, Caliméro Bartelone fulmine et réclame une remise à plat de tout ça.

Il est à bonne école, puisqu’en réclamant ainsi de sucrer la dette, il suit l’exemple de notre économiste de classe mondiale, DSK : après tout, si ça peut marcher pour la Grèce, ça doit marcher pour les communes françaises, non ?
—-
Sur le web