Le Royaume-Uni peut-il encore être sauvé ?

British Parliament Big Ben

Ce n’est pas que les ministres veulent continuer à étendre l’État, c’est qu’ils ne peuvent rien y faire.

Le député européen britannique Daniel Hannan s’interroge, non sans un certain pessimisme, sur les possibilités de réduire le fardeau de la dépense publique au Royaume-Uni.

Par Daniel Hannan, depuis Oxford, Royaume-Uni

Certains de mes lecteurs ont l’impression que j’ai tendance à insister un peu trop lourdement sur notre endettement national. Eh bien, regardez les graphiques ci-dessous, ils proviennent de la Banque des Règlements Internationaux (chapeau, Tim Clougherty). Commençons par les trois types de dettes en Grande Bretagne, à savoir des ménages, des entreprises et du gouvernement :

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Il arrive un moment où l’endettement global d’un pays finit par réduire sa croissance de façon significative. La BRI nous précise quel est le point de rupture : autour de 90 % du PNB pour les dettes gouvernementales et d’entreprises et 85 % pour celle des ménages. Maintenant, les mauvaises nouvelles : en Grande Bretagne la dette du gouvernement est de 90 % du PIB, celle des entreprises de 126 % et celle des ménages de 106 %. Nous sommes, en d’autres termes, dans un cercle vicieux : le ralentissement de la croissance entraine l’augmentation de la dette qui…

Une autre façon de voir ceci est de regarder l’évolution de notre passif au cours des 30 dernières années. Si vous êtes de nature sensible, détournez les yeux :

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Vous pouvez, dans un esprit du type Matt Ridley, Optimiste rationnel, émettre l’objection que les choses tournent rarement aussi mal que ne l’annoncent les prophètes de malheurs. Le problème de toutes ces extrapolations est que, comme le grand Ridley le souligne, elles supposent que personne ne fera quoi que ce soit pour éviter la catastrophe. N’est-il pas possible que le gouvernement prenne au moins les mesures nécessaires pour équilibrer les budgets, diminuer quelques « acquis sociaux », élaguer la fonction publique, présider une impitoyable épuration[1] des organismes parapublics (NDT: Quangos en anglais, voir ici une définition de ce terme intraduisible?

En théorie, oui. En pratique, ne rêvez pas ! En Grande Bretagne, tout comme dans tous les États occidentaux, la principale préoccupation des gouvernements est l’emploi de ses fonctionnaires. Diminuer la taille de la fonction publique ? Regardez le nombre d’embauches au Department for Work and Pensions[2], révélé par une requête FoI[3] de la TaxPayers’ Alliance. Il y a aujourd’hui 12 790 postes de plus dans cette administration qu’il y a 12 mois, soit une augmentation de 13,3 %.

Dégraisser les organismes parapublics ? Si seulement. Dès que l’un de ces organismes est fermé, une nouvelle bureaucratie se met en place pour reprendre ses fonctions. Tout comme l’hydre mythique, la nomenklatura qui dirige la Grande Bretagne a deux nouvelles têtes qui naissent pour chaque tête coupée.

Ce n’est pas que les ministres veulent continuer à étendre l’État. Ils peuvent voir les chiffres aussi bien que nous. Le problème est qu’ils ne peuvent rien y faire. Ils se trouvent eux-mêmes entrainés dans les rouages d’une vaste machine bureaucratique, tirant des leviers qui ne fonctionnent plus, appuyant sur des boutons déconnectés depuis longtemps. Dans les rares occasions où leurs instructions ne sont pas en contradiction avec l’Human Rights Act, l’Equalities Act ou la loi européenne, elles sont simplement ignorées par les hauts fonctionnaires ou interdites par un quelconque juge militant.

Et maintenant voici la nouvelle vraiment effrayante. Comme tous les pays développés, nous avons une population vieillissante. Le nombre de personnes en âge de travailler va chuter en proportion de la population totale et le nombre de retraités va augmenter. Toutes choses égales par ailleurs, cela va causer une détérioration significative de nos finances publiques. Le graphique ci-dessous (de l’Adam Smith Institute), montre ce qu’il se passera si : les choses continuent comme maintenant (courbe rouge), le gouvernement réussit à réduire les dépenses d’un point de PIB chaque année  à partir de 2012 (courbe verte), le gouvernement compense les effets de l’évolution démographique en augmentant significativement l’âge de départ à la retraite et/ou en réduisant le montant des retraites (courbe bleue).

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Clairement, un ratio dette-sur-PIB de 300 %, et encore plus de 500 %, est insoutenable. Le plus grand poste de dépense du gouvernement, et de loin, serait le remboursement des interêts. Sauf qu’il n’y aurait alors plus de gouvernement à ce moment-là, du moins sous la forme que nous connaissons.La veille de l’élection, David Cameron avait résumé la situation en 6 mots : « Nous ne pouvons pas continuer ainsi ». Bien vu, M. le Premier ministre. Des suggestions ?


[1]  En français dans le texte.

[2]  A des compétences en matière d’emploi et de Sécurité sociale.

[3] « Freedom of Information request ». Tire son nom du Freedom of Information Act qui stipule que tout le monde a le droit de demander aux organismes publics de révéler sous 20 jours ouvrés toute information dont ils disposent sur un sujet au choix du demandeur ; voir ici (en anglais) pour plus de précisions.


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