La taxe bonbon

Coca Cola (CC, Svadilfari)

Les idées brillantes n’ont pas de frontières.

Il n’y a pas qu’en France que les politiciens se tournent vers les sucreries et les boissons pour assouvir leur besoin de nouvelles taxes. Au Canada également, des projets similaires à ceux de François Fillon sont dans les cartons. David Descôteaux livre son analyse de la mesure.

De Montréal, Québec.

Coca Cola (CC, Svadilfari)

La nouvelle s’est faufilée sans bruit la semaine dernière. La « Coalition poids » veut que Jean Charest impose une taxe de 1 ¢ (ou plus) par litre de boisson gazeuse. Parce que les Coke et Red Bull de ce monde font engraisser nos enfants.

Touche pas à ma slush!

La proposition vise deux buts : décourager les jeunes de boire des boissons sucrées, et amasser de l’argent pour l’État. Afin que celui-ci finance « l’amélioration des repas scolaires ».

Voilà de nobles intentions. Et c’est vrai que des taxes ciblées peuvent, des fois, modifier nos comportements. Du moins en théorie. Dans la réalité, c’est souvent autre chose. Quand vous achetez un paquet de cigarettes 9 $, vous payez environ 5 $ en taxes. Et devinez quoi? Vous l’achetez quand même.

Vous pensez qu’une taxe de quelques sous va décourager un ado d’aller siphonner sa slush jaune-orange « poussin écrasé »?

Au lieu de taxer les boissons sucrées, pourquoi ne pas baisser le prix du lait? Ça aiderait les familles à faible revenu. Les politiciens ont-ils trop peur du lobby agricole?

Gouvermaman

Cette mesure enverrait le message suivant : « vous êtes incapables de vous occuper de votre corps, alors l’État et ses bureaucrates vont s’en charger ». Mais si on décide de confier notre santé à gouvermaman, ça s’arrête où?

Une surtaxe sur la poutine, les filets mignons? Sur le pot de beurre d’arachides? Un crédit d’impôt si vous mangez du Tofu?

Il me semble que l’embonpoint, ça se guérit en jouant dehors, en bougeant. Pas en buvant du jus de carotte effoiré devant la télé. Tant qu’à faire, pourquoi ne pas taxer Facebook et les PlayStation?

On avance l’argument que les obèses nous coûtent cher. Mais sur la liste des suspects pour notre coûteux système de santé, la Root Beer doit arriver au centième rang. Loin derrière le vieillissement de la population, le coût des médicaments et les chicanes corporatives de médecins, infirmières et syndicats. Des études ont même montré que les victimes d’embonpoint et de tabagisme, puisqu’ils meurent plus jeunes, coûtent parfois moins cher en soins de santé! (Et en pensions de vieillesse.)

Gros porc

Les gens de la coalition Poids ont sûrement les meilleures intentions du monde. Mais savent-ils que les gens sont écœurés de payer des taxes?

Nous payons 14 % de taxes sur notre canette de Coke. Personne ne va arrêter d’en boire à cause de 2 ou 3 cents de plus. Dans le fond, le gouvernement viendrait seulement siphonner une nouvelle taxe, en se couvrant de bonnes intentions. Au lieu de prendre ses responsabilités et de gérer son budget de façon responsable.

Car ne mélangeons pas les rôles. C’est lui le flanc-mou, sa chambre en désordre, qui mange comme un porc. Et c’est lui, avec son embonpoint, qui va nous coûter de plus en plus cher. Quand les infarctus budgétaires vont se succéder. Ne le gavons pas davantage. Au contraire. Sur le tapis roulant, et que ça presse!

L’État veut augmenter les cours d’éducation physique? Améliorer la qualité des repas à l’école? J’appuie à 100 %. Mais qu’il trouve des fonds à même ses dépenses déjà existantes. Bref, qu’il donne l’exemple!

Car si une « taxe bonbon » déresponsabiliserait les Québécois, elle déresponsabiliserait aussi, encore un peu plus, notre gouvernement.