« C’est l’euro ou c’est la guerre »

Les jeunes semblent croire que la paix est pour toujours garantie… Mais, si nous regardons autour de nous en Europe, il y a un renouveau du populisme et du nationalisme. On ne peut pas jouer avec cela.

« Les jeunes semblent croire que la paix est pour toujours garantie… Mais, si nous regardons autour de nous en Europe, il y a un renouveau du populisme et du nationalisme. On ne peut pas jouer avec cela. »

Un article d’Open Europe

Dans une interview parue aujourd’hui dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung, le ministre des Affaires Étrangères Alain Juppé a fait la déclaration suivante, assez frappante :

« La dissolution de l’eurozone n’est pas acceptable car cela signifierait également la dissolution de l’Europe. Si cela arrive, alors tout est possible. Les jeunes semblent croire que la paix est pour toujours garantie… Mais, si nous regardons autour de nous en Europe, il y a un renouveau du populisme et du nationalisme. On ne peut pas jouer avec cela. »

La menace planant sur la paix est, bien sûr, la justification avancée pour faire « tout ce qui est nécessaire pour assurer la cohésion de l’eurozone »

Juppé croit-il vraiment que les gens sont encore effrayés par cet épouvantail? Il a simplement retourné la logique qui sous-tendait les événements récents et confondu cause et conséquence.

Après tout, la montée des partis populistes, que Juppé considère comme une menace pour la paix en Europe, pas moins !, n’a été qu’une réponse aux tentatives de préserver l’eurozone à tout prix ; beaucoup de ces partis utilisant à leur avantage l’opposition des électeurs aux plans de sauvetage.

Les True Finns sont peut-être l’exemple le plus parlant de cette stratégie qui leur a permis à la fois d’être en tête dans les sondages et d’influencer le gouvernement finlandais de l’extérieur. Les dissensions autour de l’exigence de la Finlande d’obtenir des garanties en échange de leur support au dernier plan de sauvetage en est un autre, tout comme le sont les manifestations dans les rues d’Athènes contre les mesures d’austérité prônées par l’EU ; les 12 étoiles du drapeau de l’UE transformées par les manifestants athéniens en une swastika dorée devraient nous y faire réfléchir à deux fois. Cette situation tendue est particulièrement néfaste pour l’Allemagne qui est de plus en plus souvent vue comme l’homme fort de l’Europe, ce qui fait renaitre quelques stéréotypes fort désagréables.

La montée des partis anti-européens mène à une situation où les politiques de l’eurozone peuvent avoir l’effet d’une bombe. La polémique initiée par Juppé, et l’état d’esprit qui lui a donné naissance, ne fait que rendre plus probable un tel scenario. Faire disparaitre ou ignorer les moyens pacifiques qu’ont les peuples d’exprimer leurs protestations légitimes est le plus sûr moyen de les pousser vers les extrêmes (bien que, pour être précis, les différents partis populistes européens sont beaucoup plus différents dans leurs origines et évolutions que l’on ne le pense en général ; par exemple les True Finns et le FPÖ ne sont pas assimilables). Si les messages des électeurs sont ignorés, quelles options leur reste-t-il pour faire entendre leur opposition et leurs peurs face au consensus régnant entre les élites de l’eurozone ?

L’ancien membre du comité exécutif de la BCE Otmar Issing a affirmé un peu plus tôt ce mois-ci dans le Financial Times que :

« Toute tentative faite pour « sauver » l’union monétaire via des accords transférant les souverainetés des États à l’Europe, où les violations des traités fondamentaux sont devenues monnaie courante, n’a aucun sens. En définitive, cela ne ferait que lui aliéner un peu plus les peuples…

Ce genre d’union politique ne survivrait pas. Sa chute viendrait de la résistance des gens la composant. Dans les passé, des cris de « pas d’imposition sans représentation » ont amené la guerre. Cette fois-ci, les conséquences seraient la l’effondrement probable du projet d’intégration économique le mieux réussi de l’histoire de l’humanité. »

De même, cette semaine dans le Financial Times, le porte-étendard du mouvement allemand contre le plan de sauvetage, Hans Olaf Henkel, affirme :

« Au lieu d’unir l’Europe, l’euro attise les tensions. Les étudiants à Athènes, les chômeurs à Lisbonne et manifestants à Madrid ne protestent pas uniquement contre les mesures d’austérité ; ils protestent contre la chancelière Angela Merkel. De plus, l’euro élargit le fossé séparant les pays qui l’ont adopté et ceux qui ne l’ont pas fait. »

Cependant, parler maintenant d’une crise de l’eurozone qui entrainerait dans sa chute l’UE toute entière est clairement prématuré. De plus, le dire dans ces termes-ci, d’un côté ou de l’autre, risque de faire monter les enjeux si haut que cela rendra possible cette chute.

Quoi qu’il en soit, avec le choix, bien que lointain, entre une union fiscale et le démantèlement de l’eurozone, les décisions à ce sujet vont simplement devenir de plus en plus risquées tant que les politiciens ne s’attaqueront pas aux véritables inquiétudes de leurs concitoyens. Les remarques de Juppé ne risquent pas d’aider.

Traduction MXI.

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