Zone de remous pour l’Europe après le sommet de l’UE

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La crise de l’eurozone est loin d’être terminée: l’accord conclu lors du sommet de l’UE de jeudi dernier repose sur certaines hypothèses hardies

Les dirigeants de l’eurozone ont pris certaines mesures décisives la semaine passée pour sauver leur monnaie. Mais si l’accord conclu lors du sommet de l’UE de jeudi dernier semble honnête sur ​​le papier, il repose sur certaines hypothèses hardies.

Par Mats Persson, directeur d’Open Europe, depuis le Royaume-Uni

Une version écourtée de cet article a été publiée le 24 juillet 2011 dans le Sunday Telegraph.

 

Les dirigeants de l’eurozone ont mis en place des actions décisives la semaine passée afin de sauver leur monnaie. Cependant, alors que l’accord du sommet européen semblait bon sur le papier, il repose néanmoins sur des hypothèses hardies. De plus, avec la confusion sur les chiffres et les formules qui sont apparus dans son sillage, l’Europe nous a de nouveau laissé avec le sentiment inquiétant que ses politiciens n’ont pas exactement compris ce qu’ils ont signé.

L’accord comprenait trois éléments principaux : une réduction des taux d’intérêt des prêts pour renflouer la Grèce, l’Irlande et le Portugal ; des pertes pour les investisseurs privés pour réduire la dette de la Grèce ; et une transformation  du fonds de sauvetage temporaire de la zone euro, l’EFSF, en distributeur automatique de billets pour les banques, à étendre éventuellement ensuite à l’Espagne et à l’Italie (même si pour l’instant les fonds sont insuffisants).

En outre, les dirigeants de l’eurozone sont enfin revenus à la réalité en acceptant que la Grèce soit mise en situation de défaut de paiement au vu de son immense dette. Pour l’instant, ces résultats apparemment radicaux ont appaisé les marchés financiers. Honnêtement, en ce sens, ce qui est mis sur la table a bien l’air de stopper le risque de contagion aux autres économies de la zone euro. Mais grattez un peu en surface et vous verrez que la crise de l’eurozone est loin d’être terminée.

Pour commencer, cet accord est un véritable pari politique sur la volonté des contribuables de la zone euro de continuer à prendre en charge les dettes des autres pays. En élargissant la portée de l’EFSF, l’accord ouvre plus largement la voie à un transfert du risque des obligataires du secteur privé vers des institutions supportées par les contribuables. En fait, il ne vise rien de moins que le crédit illimité, ce qui signifie que l’EFSF doit considérablement s’accroître afin d’être considéré comme un filet de sécurité crédible. Cela devrait apparemment convenir aux investisseurs qui continueront de voir leurs pertes socialisées. Mais convaincre les contribuables allemands, finlandais, néerlandais, slovaques et même français (avec cet accord, l’État français verra sa charge de la dette augmenter) de fournir, non pas des milliards, mais des centaines de milliards (pensez à l’Italie et ses 1800 milliards de dettes), en garanties de prêts pour sauvegarder les banques et les États à travers l’Europe sera une immense tâche, pour sûr.

Cela équivaut à un nouveau pas sur la pente glissante vers une union de la dette en Europe. Si la tristement célèbre clause de non sauvetage du Traité de Lisbonne, qui fut considérée un temps comme un pilier de l’union monétaire fondée sur la prudence fiscale, était tendue auparavant, elle est désormais brisée au-delà du réparable.

Le sujet controversé et brulant de l’implication du secteur privé semble également avoir apporté plus de questions que de réponses. Dans les jours qui ont suivi le sommet, les politiciens de l’eurozone ont lutté pour assumer les conséquences de l’accord qu’ils étaient censés avoir échafaudé. L’embarras s’est fait ressentir quand, Vendredi, lors d’un étrange moment, la Commission et le gouvernement néerlandais ont donné deux chiffres différents pour la taille du plan de sauvetage : 109 milliards d’euros à ma gauche pour le gouvernement néerlandais, 159 milliards d’euros à ma droite pour la Commission (laissant le Parlement néerlandais, ayant déjà approuvé l’accord, particulièrement perplexe).

Mais sous la complexité de l’accord, le niveau de réduction de la dette obtenu en impliquant le  secteur privé est bien loin de ce qui est nécessaire. Pour ramener la Grèce à la solvabilité, une coupe d’au moins 40% dans la dette du pays est nécessaire, tandis que cet accord ne parvient qu’à une réduction d’environ 7,5% de la dette selon les meilleures estimations. D’où vient le reste est à la supposition de tout un chacun.

La proposition dissimule également un certain nombre de problèmes clés qui restent en suspens depuis le premier plan de sauvetage : la population grecque parviendra-t-elle à supporter des mesures d’austérité en continue au vu de la résistance qui secoue déjà le pays ? Et que se passera-t-il si les objectifs d’austérité ne sont pas atteints ? Plus fondamentalement, la Grèce sera-t-elle capable de devenir compétitive au sein de la zone euro ? L’accord comprend notamment un engagement à la croissance économique et à la compétitivité. Mais le procédé pour parvenir à cet accord avec un pays qui se coltine une monnaie surévaluée, une culture de droit enracinée, un marché du travail figé et un secteur public bouffi, reste aussi indéchiffrable que toujours.

Où en sont les britanniques avec tout ça ?

Économiquement, étant donné que l’accord échoue à traiter le cœur de la crise, la Grande Bretagne reste exposée aux futures problèmes de la zone euro, et pas des moindres via son système bancaire. De plus, tailler trop vite et trop fort dans les économies vulnérables de l’eurozone, selon le nouvel accord – et donc nécessairement sur le long terme – pourrait déclencher une récession économique particulièrement violente dans la zone euro sur le court terme. Au vu du volume de transactions entre la Grande-Bretagne et l’eurozone, cela pourrait avoir un très mauvais impact sur l’économie britannique, au plus mauvais moment.

Le Chancelier Gorge Osborne a indiqué que pousser plus loin « l’intégration à la zone euro » n’est dans l’intérêt de la Grande Bretagne qu’à la condition que la Monnaie Unique fonctionne. Le problème est que très peu – si ce n’est aucune  – des propositions posées sur la table ne fait l’affaire. Pour rendre l’union fiscale économiquement viable, c’est tout ou rien. Soit des transferts fiscaux  (i.e. des cadeaux) des plus forts aux plus faibles pour compenser les énormes écarts économiques – ce qui n’est pas politiquement acceptable pour la plupart des électeurs de la zone euro, si ce n’est tous – soit une zone euro réduite composée d’un nombre limité d’économies relativement similaires. Une situation d’entre-deux serait, au bout du compte, aussi insupportable que la situation présente. Au minimum, si la Grande-Bretagne souhaite se diriger vers une intégration plus poussée, elle doit se forger une vision claire et résolue de ses propres relations avec cette UE en évolution. Cela passe notamment par une liste définie de mesures à défendre au sein de l’Europe, comprenant notamment le rapatriement de prérogatives de Bruxelles vers Westminster. Loin de faire dérailler les efforts mis en place pour sauver l’euro, une telle liste, si elle mène à une Europe plus compétitive, économiquement vivace et plus responsable, ferait bien plus que sauver l’euro – sous quelque forme qu’il prenne – que n’importe quelle proposition acceptée cette semaine.

L’incapacité à affronter les causes fondamentales de la crise, mêlée à la suspicion que les leaders politiques ne parviennent pas à comprendre ce que signifie réellement leur nouvel accord, semble indiquer que, malheureusement, nous serons de retour à la case départ d’ici peu.

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Article publié originellement sous le titre « Dust settles after eurozone summit: Europe and UK in for a nasty short-term ride » sur le site OpenEurope et publié en version écourtée dans l’édition du 24 juillet 2011 du Sunday Telegraph. Repris avec l’aimable autorisation de l’auteur.
Traduction : Virginie Ngo.