La démondialisation, nouveau dada de la gauche

M. Montebourg a décidé de nous gratifier d’une nouvelle démonstration de l’irresponsabilité d’une bonne partie des leaders de la gauche

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La démondialisation, nouveau dada de la gauche

Publié le 2 juillet 2011
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Par Fabrice Descamps (*)

Arnaud Montebourg (Crédits : Mathieu Delmestre-Parti Socialiste licence Creative Commons)
Arnaud Montebourg (Crédits : Mathieu Delmestre-Parti Socialiste licence Creative Commons)

Arnaud Montebourg a décidé de nous gratifier d’une nouvelle démonstration, si besoin était, de l’irresponsabilité d’une bonne partie des leaders de la gauche avec son dernier opuscule (c’est le cas de le dire : 80 pages pour traiter d’un sujet aussi sérieux!), Votez pour la Démondialisation. Il est venu le présenter mardi 31 mai sur France-Info.

Voici, selon lui, le bilan et les conséquences à tirer de la mondialisation :

a) La mondialisation provoque la pauvreté dans les pays du Sud. Faux : ce sont les pays du Sud ne participant pas à la mondialisation qui n’ont pas décollé, comme par exemple une grand partie de l’Afrique subsaharienne (et notamment l’Afrique noire francophone, merci la Françafrique!).

b) La mondialisation tire les salaires occidentaux vers le bas. Doublement faux : l’Allemagne profite largement plus que la France de la mondialisation et cette dernière n’a pas tiré les salaires allemands vers le bas (même si l’Allemagne a dû faire preuve de modération salariale sous Gerhard Schröder après une décennie d’augmentations déraisonnables); les salaires en France sont tirés par le bas à cause du chômage qui règne depuis trente ans dans notre pays.

c) La mondialisation provoque le chômage en France. Faux : 3 à 6 % des licenciements chaque année en France sont dus à des délocalisations; en revanche, 90% ont lieu dans des PME dont l’activité n’est pas délocalisable.

d) La mondialisation provoque la désindustrialisation de la France. Doublement faux : le bilan des délocalisations, c’est-à-dire la soustraction entre les délocalisations vers la France et hors de France est positif (environ 40 000 postes de travail, bon an mal an), autrement dit, la France profite des délocalisations et de la mondialisation plus qu’elle n’en souffre; il n’y a pas de désindustrialisation de la France : la production industrielle a augmenté de 21% depuis 1990 bien que sa part dans le PIB recule du fait du développement des services.

e) La mondialisation provoque une déformation de la répartition de la plus-value au détriment des salaires et au profit du capital. Faux : la répartition salaires/capital est remarquablement stable sur la longue durée mais elle a connu une déformation inverse à la fin des Trente Glorieuses, époque que la gauche prend évidemment comme référence pour soutenir cette thèse.

f) La mondialisation tire les législations sociales vers le bas. Faux : si c’était vrai, pourquoi la France, qui a une législation sociale généreuse, serait-elle la troisième destination mondiale des investissements étrangers et pourquoi n’iraient-ils pas plutôt vers le Burkina Faso où les travailleurs sont peu protégés?

g) La mondialisation a provoqué la crise des subprimes. Faux : c’est l’excès de liquidités dû à la politique monétaire laxiste de la Fed qui l’a déclenchée, mais il est vrai que l’interconnexion des bourses l’a propagée. Cela dit, en 1929, les bourses étaient beaucoup moins liées les unes aux autres que maintenant et la crise se propagea aussi dans le monde.

h) La mondialisation abîme l’environnement. Faux : la déforestation, par exemple, était bien plus importante à l’époque où on se chauffait au bois et il y a plus de forêts en France aujourd’hui qu’au Moyen-Âge; quand les pauvres brésiliens seront sortis de la précarité grâce à la croissance et à la mondialisation, ils arrêteront de faire reculer la forêt d’Amazonie.

i) Il faut un protectionnisme européen. Doublement faux : 80% de notre import-export se fait avec d’autres pays européens, donc un tel protectionnisme ne changera pas grand-chose pour la France mais pénalisera avant tout l’Allemagne – il m’étonnerait que Mme Merkel se laisse séduire par les thèses de M. Montebourg – ; pire, en coupant l’Europe de la compétition internationale, un tel protectionnisme freinerait les gains de productivité européens et tuerait à terme notre croissance. Mais peut-être est-ce là ce que veut Arnaud Montebourg car notez en passant que deux des plus farouches défenseurs de la démondialisation sont Serge Latouche et Paul Ariès – un comique dont j’ai déjà parlé ailleurs -, les deux papes de la « théorie » de la décroissance en France. C’est, ma foi, fort logique puisque la démondialisation est un réservoir à décroissance.

Alors de trois choses l’une, ou M. Montebourg est mal informé ou il est peu malin ou il est démagogue. Or je ne peux pas croire que M. Montebourg soit ni mal informé ni peu malin étant donné ses fonctions représentatives. Donc je vous laisse conclure. Mais il a été à bonne école : c’est un admirateur de François Mitterrand.

Mes parents étaient communistes. Je viens d’une gauche où l’on croyait encore en l’internationalisme. Moi, j’y crois toujours. Mais je constate que cette gauche-là est bel et bien morte et que celle qui la remplace est l’alliée objective des nationalistes comme le FN.

—-
(*) Fabrice Descamps est un enseignant qui publie sur son blog des chroniques sur l’utilitarisme, le réalisme moral, la philosophie analytique et le libéralisme.
Article publié avec son aimable autorisation.

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  • M. Montebourg – le « gentleman farmer » du Parc Astérix hexagonal grandeur nature – est pour la décroissance. C’est un luxe intellectuel très BCBG tout à fait normal chez ce Grand Monsieur qui mène un train de vie très confortable grâce au CONtribuable. Même en cas de décroissance il y aura toujours des CONtribuables pour entretenir M. Montebourg.
    Donc, tout va bien !

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