Excès de libéralisme ?

renault-megane-coupe-concept-01

À la fois actionnaire et banquier de Renault, l’État s’occupe activement des relations de l’entreprise privée avec ses clients, ses salariés, ses actionnaires et ses fournisseurs

A la une des Échos, David Barroux, le rédacteur en chef du quotidien, nous propose un article titré « L’Elysée souhaite engager une refonte de la direction de Renault ». Il y est question du remplacement de Patrick Pélata, directeur général du groupe automobile débarqué suite à une fausse affaire d’espionnage, par Carlos Tavares, le candidat de Carlos Ghosn et d’« une bonne partie des membres du conseil d’administration », mais surtout – comme le titre de l’article l’indique – de la volonté de l’exécutif de remanier l’organigramme de la direction de Renault.

Quoi de plus naturel ? Bien que Renault ait été « privatisée » au début des années 1990, l’État reste propriétaire de 15% du capital, Carlos Tavares a déjà rencontré deux ministres avant même d’être nommé (Eric Besson le 9 mai et Christine Lagarde le 20 mai) et le sommet de l’exécutif souhaite manifestement profiter de l’occasion pour réorganiser la direction du groupe pour – je cite David Barroux – « peser davantage sur la stratégie industrielle du constructeur et limiter quelque peu l’autonomie de Carlos Ghosn ».

Il semble donc qu’en France, l’État joue un rôle prépondérant dans la nomination des cadres dirigeants de certaines sociétés privées ; voilà d’ailleurs qui explique probablement la proportion effarante d’anciens hauts fonctionnaires ou directeurs de cabinets ministériels à la tête des grandes entreprises françaises. Dans le même ordre d’idées, on sait qu’en échange d’un prêt de 6 milliards d’euros sur 5 ans à Renault et Peugeot, l’État décide du lieu d’implantation des usines, s’occupe de la politique de rémunération des dirigeants, influence leurs politiques salariales [1] (indemnisation du chômage partiel) et décide de l’affectation de leurs résultats en privilégiant l’investissement par rapport à la distribution de dividendes.

Bien sûr, ça ne vous a pas échappé, l’État soutient aussi massivement le marché automobile en poussant les français à remplacer leurs véhicules vieillissants par voie réglementaire (le fameux « bonus-malus écologique ») ou en mettant directement la main du contribuable à la poche avec la « prime à la casse ». Rappelons qu’au dernier pointage, ce dernier dispositif, dont le budget initial s’élevait à 220 millions d’euros, aurait coûté un peu plus d’un milliard d’euros en 2009 et 2010, représentant pas moins d’un quart des ventes du secteur. De la même manière, l’État cherche activement à relancer le crédit automobile : les aides publiques aux filiales financières de Peugeot et Renault ont été doublées de 1 milliard à 2 milliards d’euros.

Enfin, l’État investit au capital des équipementiers de la filière automobile [2] et entend par ailleurs organiser les relations entre les constructeurs et leurs fournisseurs puisque, si l’on en croit notamment François Fillon, les dirigeants de Peugeot et Renault ne semblent pas être tout à fait compétents pour présider durablement à la destinée de telles entreprises.

Bref, l’État est à la fois actionnaire et banquier des constructeurs automobiles français et s’occupe activement des relations de ces entreprises privées avec leurs clients, leurs salariés, leurs actionnaires et leurs fournisseurs. Il est donc tout à fait évident que nous souffrons d’un excès de libéralisme. Non?

Sur le web

[1] Au-delà de ce qu’il fait habituellement avec toutes les entreprises françaises.

[2] C’est l’objet du Fonds de Modernisation des Equipementiers Automobiles (FMEA), un fonds d’investissement de 600 millions d’euros détenu à parité par le Fonds Stratégique d’Investissement, PSA Peugeot Citroën et Renault.