La pompe à dollars

Les gens ont déjà l’impression de se faire avoir par les pétrolières, pas besoin de se faire plumer par le gouvernement

Psst ! Gardez ça pour vous. J’ai trouvé un endroit où on peut faire le plein à environ 80 cents le litre à Montréal. C’est une station-service mystérieuse, bien cachée. Elle opère seulement la nuit, et offre de l’essence « au noir »…

Bon, ok. C’est dans ma tête. J’arrête d’agiter vos fantasmes de contribuables.

Il y a deux semaines à Montréal, le litre d’essence coûtait $1,25 à la pompe. Là-dessus, nous payons 43,3 cents juste en taxes, selon le ministère des Ressources naturelles et de la Faune. C’est 35% du coût. À la station d’essence, plus du tiers de ce qu’on paye va aux gouvernements (municipal, provincial et fédéral).

Fait particulier au Québec, nous subissons la « triple taxe ». Nous payons des taxes fixes sur l’essence ($0,29 le litre à Montréal). Ensuite, nous payons la TPS sur le total (essence + taxes fixes). Après, nous payons de la TVQ sur le nouveau total (essence + taxes fixes + TPS). On « taxe la taxe » deux fois !

Résultat : quand le prix de l’essence monte, nous en donnons plus aux pétrolières, mais aussi plus à l’État. Puisque la TVQ et la TPS sont des taxes variables (des pourcentages).

Selon des calculs effectués par la chaîne Argent, quand l’essence coûte $1 le litre, Québec prélève 2,4 milliards par année de la vente d’essence. Quand le prix monte à $1,34, c’est 300 millions de plus qui partent de vos poches, et s’en vont dans les coffres du gouvernement.

Donnez-nous un break

Et les politiciens en veulent toujours plus. Des élus municipaux à Montréal ont demandé à Québec de hausser la taxe sur l’essence de 0,5 cent par an pendant 10 ans, pour financer des projets de transports en commun. Est-ce que Raymond Bachand les a écoutés ? On le saura lors de son budget, la semaine prochaine.

C’est plutôt l’inverse qu’il faudrait faire : donnons un break aux citoyens. Au Québec — surtout à Montréal —, le portefeuille de l’automobiliste se fait gruger sur deux fronts. D’abord, la situation internationale se dégrade et ça fait monter les prix. Les spécialistes parlent maintenant d’un baril de pétrole à $200 dans un avenir rapproché — deux fois plus cher qu’aujourd’hui.

De l’autre côté, les gouvernements (surtout la Ville de Montréal et le provincial) refusent de réduire leurs dépenses, et trouvent chaque année des nouvelles taxes à nous imposer. Et la mode du jour, c’est taxer l’essence et les automobilistes.

Mais les gens sont déjà pressés comme des citrons. Endettés comme jamais, ils ont peu de marge de manœuvre. Et ils n’ont pas le choix de se rendre au travail chaque matin. (N’en déplaise aux écolos, les gens préfèrent leur auto au transport en commun, souvent trop cher et peu fiable, et ce n’est pas près de changer). Or s’ils doivent payer plus en essence, les gens vont couper ailleurs. Dans ce contexte, une hausse soudaine et prolongée du prix de l’essence pourrait nous replonger en récession.

Les politiciens devraient plutôt se forcer pour réduire leurs dépenses excessives. Et donner un répit aux consommateurs en diminuant les taxes, notamment sur l’essence. Au minimum, il faudrait changer la façon de taxer l’essence. Privilégier des taxes fixes au lieu de taxes variables. Afin d’éviter que le gouvernement s’en mette plein les poches, à nos dépens, quand le prix de l’essence monte.

Les gens ont déjà l’impression de se faire avoir par les pétrolières, pas besoin de se faire plumer par le gouvernement en plus.