Ambiance tendue au sommet européen

Les chefs de l’UE se rencontrent pour tenter de recoller les morceaux de la zone euro

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Ambiance tendue au sommet européen

Publié le 4 février 2011
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Les chefs de l’UE se rencontrent aujourd’hui pour tenter de recoller les morceaux de la zone euro (tout en abordant d’autres défis assez compliqués comme l’Égypte et la sécurité énergétique).

Le quotidien hollandais Volkskrant a publié hier un article (« Leer eens eerst je broek op te houden ») observant combien l’atmosphère dans les cercles diplomatiques européens est en train de devenir de plus en plus abrasive et tendue. Le journal affirme avoir obtenu diverses citations de diplomates qui rendent bien clairs que la crise de la zone euro et les sauvetages en cours compliquent les relations entre Européens.

Et ce n’est pas joli joli. Voyez un peu :

Un diplomate d’un pays « petit et riche » trouve difficile de rester calme, et ne peut résister à exprimer sa colère envers ceux qu’il appelle explicitement les PIGS (le Portugal, l’Irlande, la Grèce et l’Espagne – Spain en anglais). Il déclare :

« C’est incroyable. Ces pays sont encore là à prendre de belles postures. Et moi, je me dis, en mon for intérieur, éh bien éh bien, peut-être devriez-vous d’abord apprendre à vous tenir debout sur vos deux pieds. »

Quand on lui demande s’il n’est pas insultant en utilisant un tel langage, il s’emporte :

« C’est de leur propre faute [pourquoi] les Hollandais qui travaillent dur et les Allemands qui épargnent [devraient-ils payer l’addition] pour les Grecs qui continuent à faire grève en permanence alors qu’ils ont déjà reçu €110 milliards de soutien d’urgence de notre part ? »

Un diplomate allemand s’échauffe de plus en plus en parlant de l’appel du président de la commission Barroso à renforcer le fonds de sauvetage de la zone euro avec encore plus de cash. Frustré, il s’exclame :

De l’argent de qui Barroso parle-t-il ? Du sien ? Non ! C’est l’argent des Allemands, des Hollandais, des Français, des Finnois. Est-ce vraiment dingue de sentir monter la frustration ?

Un officiel de haut rang de la commission se plaint de « l’humeur de plus en plus rugueuse ».

« Rien que le mot PIGS. L’image que ça évoque, ce sont des nordiques qui doivent payer pour un tas de paresseux qui se prélassent sous des palmiers au bord de la Méditerranée. Ça laisse des traces. La plupart des citoyens des pays d’Europe du Sud n’ont rien fait pour mériter ces blâmes sur la situation économique de leurs pays. Mais on les décrit comme la lie de l’Europe. »

Un diplomate portugais ajoute :

« Je vois mes collègues allemands et hollandais devenir de plus en plus autoritaires, comme si c’était eux qui étaient en charge. Même les Finlandais, qui d’habitude n’ouvrent pas la bouche, interviennent […] En même temps, je m’implique de moins en moins dans la  discussion. »

Un diplomate d’Irlande – qui vient de recevoir 85 milliards de prêt d’urgence de l’UE et du FMI – abonde dans le même sens :

« Retenez bien mes paroles, c’est comme ça que ça se passe. Ce sont nos banques qui se sont cassé la figure, pas les banques allemandes. C’est notre économie qui est par terre, pas l’économie hollandaise. Nous avons perdu, et dans ce cas là il faut savoir se tenir à carreau. »

L’Espagne, qui se perçoit comme une des grandes puissances de l’UE, a plus de mal à accepter le nouvel équilibre des forces. Le ministre espagnol aux affaires européennes Lopez Garrido a dit en privé à des journalistes :

« C’est une chose d’accepter que l’Allemagne et la France sont importantes pour l’UE. Mais c’est tout autre chose d’accepter qu’elles imposent un ultimatum. »

Les frustrations montent autour du moteur franco-allemand, qui ressemble de plus en plus à un tank. « Si les 25 autres membres voulaient bien signer ici » voilà comment un officiel de la commission résume l’humeur ambiante.

L’Allemagne, en particulier, provoque beaucoup de colère. La France est prise moins au sérieux. Un diplomate d’un pays d’Europe de l’Est note :

« Ce pays, après tout, c’est un peu un musée en plein air. Qu’on puisse garder de tels grands airs avec un État momifié et une paire d’usines de voitures, ça crée de la jalousie, mais pas d’agacement ni de crainte. »

Un diplomate allemand commente que le sommet de Deauville, où Merkel et Sarkozy se sont mis d’accord pour pousser un nouvel ordre économique dans la zone euro,

« a été un désastre en matière de communication […] ça ressemblait à un diktat. Mais sans Deauville, nous en serions toujours au stade des belles paroles. »

Un diplomate irlandais remarque que « la dynamique au sein de l’UE a complètement changé  » et ajoute que l’Allemagne a évolué d’un rôle de « médiateur » en 2007, quand le pays a détenu la présidence de l’Union Européenne,

« à un rôle de modèle, mais un modèle qui s’impose de façon impérative. Je comprends ça, remarquez, nous on touche, et eux, ils paient. »

L’officiel de la commission ajoute qu’elle reçoit plein de remarques des chefs des pays du sud :

« Ils disent qu’on les rabaisse, qu’on les met sur la touche. Toute la commission s’inquiète. Nous devrions vraiment faire attention. Ça laisse des traces. Le sang colle aux murs. »

Il note, cependant, qu’il n’y aura pas de révolte, à cause des discussions qui se préparent sur le budget à long terme de l’UE : « ils ne mordront pas la main qui les nourrit ».

Eh bien dites donc. Certains avaient dit que l’union monétaire était un rêve. Si tel est le cas, l’Europe se réveille désormais en plein cauchemar.

Sont-ce là des chamailleries normales dans des circonstances tendues, ou bien quelque chose de plus ? Nous ne sommes pas sûrs, mais, comme le prédisait Milton Friedman en 1997 :

« L’euro va aggraver les tensions politiques au point que les chocs économiques, qui frappent les pays plus ou moins gravement, mais qui jusqu’à présent pouvaient être gérés par des ajustements de taux de changes, vont se transformer en controverses politiques. »

Repris du blog d’Open Europe avec l’aimable autorisation de ses responsables.

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  • « « Ce pays, après tout, c’est un peu un musée en plein air. Qu’on puisse garder de tels grands airs avec un État momifié et une paire d’usines de voitures, ça crée de la jalousie, mais pas d’agacement ni de crainte. » »

    Vlan.

  • « Ce pays, après tout, c’est un peu un musée en plein air. Qu’on puisse garder de tels grands airs avec un État momifié et une paire d’usines de voitures, ça crée de la jalousie, mais pas d’agacement ni de crainte. »

    Ça me rappelle furieusement un article d’un journaliste français paru en 2008, « Le conservatoire de la France morte. », à l’occasion de l’oscarisation de « La Môme ». dont le style ne déplairait pas à Hash :

    « Simone, Marion [Cotillard] : c’est le même populisme sans danger. C’est la France musée que l’on célèbre dans le monde entier.

    Je parle du monde qui bouge, qui invente, qui se développe. Le monde qui prend des risques, sans CGT, sans ce Sarkozy désarticulé, sans nos corporatismes étroits.

    Aviez-vous remarqué que Paris et la France devenaient imperceptiblement un parc touristique géant, oublié de la croissance, sans industrie novatrice, sans espoir ?

    La France se transforme peu à peu en un Disneyland de la franchouillardise. »

    http://anyhow-anyhow.blogspot.com/2008/02/le-conservatoire-de-la-france-morte.html

  • Moui, mais il faut avouer que l’Allemagne a tout pour elle: une économie solide, une structure bien faite; industriellement elle a su garder ses entreprises sans se faire démonter par la concurrence à bas prix des pays émergents grâce à la qualité (chose dotn nos politiques semblent seulement maintenant commencer à remarquer la présence). Son tissu d’entreprises est plus dense et plus actif que le notre, seulement constitué de grosses boîtes accompagnées de quelques PME. Et en sus de cette conservation, l’Allemagne cumule également l’innovation, leader dans un certain nombre de domaines dont certains parmi les 5 ou 6 grands domaines technologiques d’avenir.
    Quant à sa situation économique globale, un système plus libéral, une population plus mature face aux circonstances, et une assise inébranlée.

    Tout n’est bien sûr pas rose, mais sa situation est très solide. Les autres peuvent bien se moquer, l’Allemagne a largement de quoi pavoiser…

    Après, pour les relations européennes, j’avouerai que quelques citations sorties de leur contexte et probablement subjectivement choisies ne m’inquiètent pas plus que ça. Surtout quand les résultats sont là: l’Europe reprend du poil de la bête. Les volontés commencent à tendre vers l’équilibre budgétaire imposé de manière européenne. Ce n’est pas encore fait, mais pouvait-on seulement y rêver il y a quelques années encore ?…

  • « mais pouvait-on seulement y rêver il y a quelques années encore ?… »

    Euh … c’était la promesse pour la zone euro. On pouvait y rêver, sauf qu’ils trichent et qu’ils mentent.

  • Bah oui, certains ont bien triché et menti, et se sont pris le retour de flammes dans la gueule.
    Donc il est plutôt heureux de les voir se réentendre sur ce point, non ? Au moins ils commencent à comprendre la leçon.

  • L’Allemagne est aussi responsable du chaos qui règne dans des pays tels que l’Irlande ou l’Espagne, ça n’excuse pas tout, mais la BCE a pratiqué des taux directeurs bas pendant des années pour relancer le crédit et l’économie allemande(Etat-providence à bout de souffle, réunification très coûteuse) quand elle était au plus bas, alors que des pays comme l’Irlande ou l’Espagne étaient en plein expansion. Bref, donner un coup de pouce au crédit, quand tout le monde est déjà en train d’emprunter, c’est inique, ça ne mène qu’à la formation d’une bulle anormalement grosse et qui quand explose fait des gros dégats. Ceci combiné à l’irresponsabilité des politiciens à favoriser l’endettement privé par la fiscalité et public en empruntant et dépensant à fond, le cocktail est explosif.
    Où est la faute de l’Allemagne? la BCE est une créature allemande, elle a été fondée à l’image de la bundesbank, et les allemands ont mis la main sur son fonctionnement.
    Bref, le modèle de gestion de l’Allemagne est imparfait mais meilleur que les autres; mais son influence sur les politiques de la BCE a été désatreuse pour la périphérie. Quant à la France, qu’elle donne des leçons degestion et de gouvernance économique, ça prête à rire.

  • Mais tout le monde a triché : http://www.contrepoints.org/2010/10/15/4093-un-se

    Et ceux qui se le « prennent dans la gueule » c’est vous et moi. (Sauf si vous êtes un élu ou un Eurocrate qui vient ici défendre sa petite situation, bien sûr).

  • Tourisme dont le coût est très élevé, car pratiqué essentiellement dans des lieux gérés par l’Etat.

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