Pourquoi y a-t-il des cycles économiques et des récessions ? (5)

La déflation n’est pas mauvaise pour l’économie

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Pourquoi y a-t-il des cycles économiques et des récessions ? (5)

Publié le 6 janvier 2011
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Pourquoi y a-t-il des cycles économiques et des récessions ? (1)
Pourquoi y a-t-il des cycles économiques et des récessions ? (2)
Pourquoi y a-t-il des cycles économiques et des récessions ? (3)
Pourquoi y a-t-il des cycles économiques et des récessions ? (4)

Que s’est-il passé lors de la dépression de 1920-1921 ?

À ce point-ci, vous seriez en droit de vous demander s’il est déjà arrivé dans le passé que le gouvernement n’ait rien fait durant une récession et si oui quel a été le résultat ? La Dépression de 1920-1921 nous permet de confronter les explications énoncées dans les sections précédentes avec la réalité historique.

Pendant la Première Guerre Mondiale (1914-1918) et la période qui l’a suivie, la Réserve fédérale américaine avait substantiellement augmenté la quantité de monnaie en circulation. Lorsque la Fed décida finalement de hausser sa cible de taux d’intérêt, l’économie commença à ralentir. Vers le milieu de l’année 1920, le ralentissement avait atteint un niveau critique, la production diminuant de 21% au cours des douze mois suivants. Le nombre de chômeurs augmenta de 2,1 millions en 1920 à 4,9 millions en 1921.

Le président Harding n’envisageait certainement pas une politique monétaire expansionniste pour relancer l’économie. En fait, il condamna l’inflation :

« Nous avons gonflé la monnaie sans réfléchir, nous devons la dégonfler de manière mûrement réfléchie. Nous avons dévalué le dollar par des mesures financières irresponsables, nous devons le rétablir de façon honnête. »

Au niveau fiscal, plutôt de promettre de dépenser dans des plans de relance, il en appela à une réduction des dépenses :

« Nous tenterons de procéder à une déflation intelligente et courageuse, nous mettrons un terme aux emprunts gouvernementaux qui empirent la situation, et nous nous attaquerons aux coûts élevés des mesures étatiques avec toute l’énergie et la compétence dont les républicains sont capables. Nous promettons ce soulagement qui découlera de la fin du gaspillage et de l’extravagance, ainsi que du renouveau des pratiques de frugalité publique, non seulement dans le but de diminuer le fardeau fiscal, mais aussi parce que cela constituera un exemple pour stimuler l’épargne et la prudence économique dans la vie privée. »

Harding expliqua lors de son discours inaugural l’année suivante que l’économie avait subi les chocs et secousses associés à une demande anormalement élevée, à l’inflation du crédit et à une explosion des prix. Le pays traversait maintenant l’ajustement inévitable. Aucun raccourci facile n’était possible.

Harding tint parole en poursuivant les réductions budgétaires qui avaient débuté durant les derniers mois de l’administration Wilson, alors que la maladie de celui-ci l’avait rendu incapable de gouverner. Les dépenses fédérales diminuèrent de $6,3 milliards en 1920 à $5 milliards en 1921 et à $3,3 milliards en 1922. Entre-temps, les taux d’imposition furent réduits à tous les niveaux de revenu. Et au cours des années 1920, la dette nationale fut réduite du tiers.

En 1921, l’économiste Benjamin Anderson souligna que :

« Nous avons encaissé nos pertes, ajusté notre structure financière, enduré notre dépression, et en août 1921 nous avons repris la route de la croissance. La reprise de la production et de l’emploi qui s’est enclenchée en août 1921 s’appuyait sur une base solide suite à une restructuration en profondeur de nos problèmes de crédit, une réduction draconienne des coûts de production et le libre jeu de l’entreprise privée. Elle ne découlait pas de politiques gouvernementales visant à supporter les entreprises. »

Ce n’est pourtant pas une coïncidence si l’économie a repris son élan relativement rapidement suite à la récession de 1920. C’est justement parce qu’on n’a pas adopté de mesures de relance monétaires et fiscales qu’une solide reprise économique s’est pointée le bout du nez en un rien de temps.

Est-ce que la déflation est mauvaise pour l’économie ?

Il existe deux types de déflation : celle causée par la diminution des coûts de productions grâce au développement technologique et celle causée par la baisse de la demande durant les récessions. Ce second type de déflation n’est en fait qu’un ajustement se produisant suite à un niveau d’inflation insoutenable. La monnaie qui avait permis de générer cette inflation étant maintenant disparue, les prix se réajustent à la baisse. Cet ajustement est évidemment douloureux pour les entreprises et les travailleurs qui sont affectés, mais il est néanmoins nécessaire et inévitable. En fait, ce n’est pas cette déflation qui est mauvaise, mais bien l’inflation excessive qui l’a précédée durant le boum économique. Les prix de certains biens ou actifs n’auraient jamais dus être si élevés ; il est donc impératif que ceux-ci reflète les nouvelles conditions économiques plus saines.

Ce que la bible de Keynes nous dit c’est que lorsqu’il y a apparence de déflation, sous la forme d’une baisse des prix à la consommation, les gens retardent indéfiniment leurs achats puisqu’ils anticipent que les prix vont continuer de baisser. Cette baisse de la consommation crée une forme de marasme économique qu’il faudrait à tout prix éviter en créant de la monnaie pour générer de l’inflation.

La logique derrière ces actions est que si on réussit à créer de l’inflation, les volumes de ventes et les prix vont augmenter. Cette stimulation artificielle de la demande va faire en sorte que les entreprises verront leurs profits augmenter, ce qui les inciterait à investir dans leur capacité de production et à embaucher de nouveaux employés. Ces nouveaux employés dépenseraient et contribueraient ainsi à redémarrer la croissance économique.

Mais les choses fonctionnent-elles vraiment ainsi ? De décembre 1997 à août 2009, le prix des ordinateurs personnels a baissé de 93% malgré une amélioration constante de la performance de ceux-ci. Les ventes d’ordinateurs ont-elles baissé pour autant, les acheteurs reportant leurs achats anticipant une continuelle baisse de prix ? Évidemment que non ! Les ventes ont explosé de plus de 2.700% au cours de cette période.

Au contraire, la déflation permet à chacun des dollars que vous obtenez en échange de votre travail d’acheter davantage de biens ; elle augmente votre pouvoir d’achat. D’ailleurs, si la productivité des travailleurs augmente en raison d’une amélioration technologique, alors que la quantité de monnaie demeure inchangée, il en résultera de la déflation car plus de biens seront produits pour une même quantité de monnaie.

À la fin du 19e siècle, il y eut une longue période de déflation. Pourtant, cette période (1873 à 1896) fut marquée par un taux de croissance économique élevé et une grande prospérité économique dans les pays développés [1], durant laquelle la croissance fut soutenue. Cette déflation était due à une croissance limitée de la masse monétaire grâce à un système monétaire plus sain que celui que nous avons de nos jours (en l’occurrence l’étalon-or). La baisse des prix y fut accompagnée par une hausse continue du pouvoir d’achat. Cette période fut très prospère et prouve que la déflation n’est pas mauvaise pour l’économie.

L’autre raison pour laquelle la plupart des économistes craignent la déflation est la résistance à la baisse des salaires, que nous décrirons plus en détail dans une prochaine série d’articles. Lorsque les prix montent, les travailleurs veulent être compensés par des augmentations de salaires, mais lorsque les prix baissent durant les récessions, les travailleurs résistent farouchement aux baisses de salaires. Cela met en danger la rentabilité des entreprises, qui doivent alors licencier des employés pour réduire leurs coûts et éviter la faillite. Cela occasionne alors du chômage, ce qui nuit à la récession. C’est ce que nous avons vu durant la Grande Dépression des années 1930s : entre 1929 et 1933, les prix à la consommation ont diminué de 25% alors que les salaires n’ont baissé que de 15% en vertu des politiques du président Hoover restreignant les baisses de salaire. Pour préserver leur rentabilité et leur santé financières, les entreprises ont du effectuer des mises à pied massives. Le résultat a été une augmentation substantielle du chômage.

Pour éviter ce problème, les économistes keynésiens prescrivent de créer de la monnaie pour éviter à tout prix la déflation. Cela apparaît peut-être logique sur papier, mais comme nous l’avons vu, cette solution drastique cause plus de problèmes qu’elle n’en règle. En fait, la résistance à la baisse des salaires est un biais qui s’est possiblement développé suite au siècle d’inflation que nous venons de traverser, suite auquel les travailleurs tiennent mordicus à protéger leur pouvoir d’achat. Ceux-ci doivent être conscients que cette attitude pourrait les mener à perdre leur emploi.

(À suivre)

Note :

[1] “A Plea for (Mild) Deflation”, George Selgin, Cato Policy Report, May/June 1999, Vol. 21, No. 3.
http://www.cato.org/pubs/policy_report/v21n3/cpr-21n3.html

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  • Dans tout ce qui concerne l'inflation et la déflation, il y a un problème de définition. On mesure actuellement l'augmentation des prix à la consommation, en la qualifiant d'inflation. Or l'inflation, déjà, peut se manifester aussi sur les prix des actifs. Surtout, une augmentation des prix n'est pas mauvaise quand elle est justifiée, par une pénurie de matière première par exemple. L'augmentation des prix devient inflation quand elle est provoquée par une augmentation de la masse monétaire. Ce qui s'est passé aux USA avec le crédit immobilier.
    Idem pour la déflation.
    Mais les définitions faussées sont malheureusement les plus répandues aujourd'hui. Ce qui empêche tout débat public sérieux sur ces thèmes.

    • @Vladimir

      Vous avez parfaitement raison.
      Observez le prix du cuivre présentement, les prix des denrées alimentaires, le prix du pétrole, etc…

      • … Et comparez les courbes (lissées!) ainsi établies avec celles des métaux et autres traditionnellement utilisés comme monnaie!
        Pourquoi ai-je le sentiment qu'il n'y aura pas de surprise, du moins pour les lecteurs de ce genre de site?

  • Les commentaires sont fermés.

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Par Doug French.

L'économiste autrichien moyen dirait que la Réserve fédérale crée de l'argent à la pelle, avec pour preuve les variations de l'indice des prix à la consommation de 8,6 % selon le Bureau of Labor Statistics ou de plus de 15 % selon le calcul de shadowstats.com de John Williams, basé sur la façon dont le gouvernement calculait l'IPC en 1980. Il est certain que le dollar américain n'est au mieux que la chemise sale la plus propre du panier à linge des devises.

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