L’euro risque de disparaître, et alors ?

L’Allemagne ne veut plus prolonger l’incitation au vice

Lundi 13 décembre à 19h00, Philippe Simonnot nous parlera du « jour où la France sortira de l’euro » au café du Pont Neuf. Vous croyez que c’est un scénario de science fiction ?  Lorsqu’un grand quotidien titre en première page « Merkel et Sarkozy martèlent leur détermination à sauver l’euro« , c’est que la réponse n’est pas claire pour tout le monde (j’attends sur ce point l’analyse de H16). Cela confirme la grande fragilité politique actuelle de cette devise qui n’a même pas atteint l’âge de l’adolescence. Pourtant, et bien qu’un certain nombre de libéraux soutiennent activement la fin de l’euro, je crois que cela nous coûterait bien plus cher que de revenir à ses fondamentaux hélas négligés et piétinés en cours de route.

L’instauration de cette devise commune devait imposer aux pays membres rigueur monétaire et budgétaire. Rétrospectivement, les pays n’ont absolument pas respecté les critères de Maastricht limitant les déficits publics et la dette de chaque Etat membre. Nous nous sommes rendus compte qu’aucun processus de sanction n’avait été mis en place pour parer aux dérapages ponctuels ou généralisés. Enfin, Jean-Claude Trichet est en train de faire voler en éclat la crédibilité monétaire de la BCE en achetant des obligations publique des « Etats périphériques » (c’est moins offensant que « PIGS ») par de la création monétaire pure. Les termes du contrat sont donc tous allègrement violés, les gouvernements du sud ayant vécu sur la réputation de l’Allemagne pour surendetter leur pays avant d’exiger d’elle qu’elle paye l’adition. Aujourd’hui, ils n’inspirent plus confiance aux créanciers. Et si l’Allemagne a cédé plusieurs fois aux exigences de laxisme de la France, elle commence à vraiment bloquer sur cette irresponsabilité de gouvernements irrespectueux du pacte fondateur de l’euro.

En annonçant son refus de soutenir l’initiative de création d’un eurobond commun à toute la zone euro, Angela Merkel franchit un pas dans la direction d’un retour à la responsabilité de chaque pays dans la gestion de ses finances publiques. L’Allemagne ne veut plus prolonger cette incitation au vice. Si le prix politique est élevé, on ne peut que l’en féliciter. Pour l’Allemagne, il est dorénavant légitime qu’un petit pays paye cher le prix de sa dette, surtout s’il a mal géré ses finances publiques pendant de nombreuses années. Un livre vient de sortir en Allemagne : « Sauvez notre argent, l’Allemagne est bradée« . L’auteur y défend une partition de la zone euro en deux : le nord, rigoureux et respectueux des règles; et le sud, bordélique et parfois approximatif avec la vérité des chiffres. Ce pavé dans la mare n’est pas lancé par un inconnu mais par l’ancien patron des patrons allemands, Hans-Olaf Henkel. Les sondages abondent dans son sens : de plus en plus d’Allemands, parmi lesquels une partie de l’élite économique, voient davantage l’euro comme une menace pour leur pays que comme un atout. Jusqu’ici, ils estiment le coût de son abandon trop élevé pour prendre ce risque. Mais la tendance va dans le mauvais sens.

En France, les souverainistes défendent aussi cette thèse depuis de nombreuses années. Mais eux veulent fermer les frontières, imposer des droits de douane élevés (au détriment des consommateurs) et limiter les importations (idem, mais aussi au détriment des entreprises exportatrices menacées de mesures de rétorsion) et, surtout, soumettre la monnaie au pouvoir politique pour créer de l’inflation et dévaluer sa valeur. C’est sans doute la raison pour laquelle l’élite économique du pays est plus souvent favorable au maintien de l’euro. Non pas qu’ils soient heureux de ses conséquences, mas ils savent ce qu’ils risquent de subir si nous nous en décrochons. La France n’est pas l’Allemagne (en tout cas pas tant que le Parti Libéral Démocrate ne sera pas au pouvoir), l’autonomie verrait le retour des nationalisations, du pouvoir des monopoles publics, sans exclure un violent contrôle des changes piégeant le patrimoine des classes moyennes piégées.

Mais l’essentiel du coût de l’abandon de l’euro n’est pas là. Les grandes banques françaises et allemandes détiennent à leur actif une bonne part de la dette des petits pays périphériques. Une explosion de l’Europe aboutirait à une rapide dégradation des taux de change des pays sortant de l’euro, rendant ces deniers insolvables. Les institutions financières et les épargnants de nos contrées se verraient alors contraints de provisionner ces montants considérables. Il en résulterait un choc économique majeur pouvant faire resurgir de graves tensions géopolitiques. Certes, le maintien de l’euro aboutira également à des pertes importantes des pays riches, principaux créanciers des pays pauvres. Au moins le jeu diplomatique et politique favorise-t-il la prise de mesures draconiennes laissant espérer un retour à meilleure fortune.

La question de l’euro n’est pas uniquement économique, elle est également profondément politique si nous voulons que les réformes engagées en Grèce, en Irlande, en Espagne et ailleurs se poursuivent et aillent plus loin encore. La BCE peut retrouver sa sobriété si la France soutient l’Allemagne dans ce sens. Axel Weber, probable (et espéré) successeur de Trichet, nous promet d’ailleurs d’aller dans ce sens. Ma priorité, en tant que libéral, c’est d’abord que la France engage à son tour ces réformes qu’elle est de plus en plus seule à ne pas avoir démarré et dont elle a tant besoin.

Repris du blog d’Aurélien Véron avec son aimable autorisation.