Pourquoi les taxis parisiens sont hors de prix

Taxi parisien Credit Mathieu Fosse (Creative Commons)

Trop rares, trop chers, trop lents, les taxis parisiens font figure de mauvais élèves

Par Cécile Tran-Trien.

Taxi parisien Credit Mathieu Fosse (Creative Commons)
Taxi parisien Credit Mathieu Fosse (Creative Commons)

Trop rares, trop chers, trop lents, les taxis parisiens font figure de mauvais élèves à la différence de Berlin où prendre le taxi n’est pas réservé à une élite. Comment expliquer une telle différence ?

À Paris, il n’est pas rare d’entendre les clients se plaindre « On ne trouve jamais de Taxi quand on en a besoin ! ». À Berlin, au contraire, il suffit de lever la main pour avoir un taxi et les conducteurs sont souvent beaucoup plus chaleureux que dans la capitale française. Quant aux prix, ils défient toute concurrence. Alors qu’à Paris, il faut compter au minimum 55 euros pour se rendre de l’aéroport Charles de Gaulle au centre ville, il ne vous en coûtera que 35 euros maximum pour réaliser la même distance, 23 km, entre l’aéroport de Schönefled et la Hauptbahnof (gare centrale) de Berlin. De la même manière, un très court trajet à Paris vous coûtera tout de suite plus de 6 euros, prise en charge incluse, alors qu’à Berlin, si vous prenez le taxi pour moins de 2 kilomètres, vous pouvez bénéficier d’un tarif spécial appelé « Kurzstreke » et qui ne vous coûtera que 3,5 euros. Une disposition très utile en cas de grosse averse ou tout simplement après les courses lorsque l’on est un peu trop chargé.

Plus de taxis à Berlin qu’à Paris ?

À première vue, on pourrait penser que la différence de tarif s’explique par un nombre plus important de taxis à Berlin qu’à Paris. Pourtant, plus de 16 000 taxis arpentent chaque jour la capitale française à la recherche de clients alors que Berlin n’est desservie que par 7 000 professionnels. Mais lorsque l’on rapporte ce chiffre au nombre d’habitants (entre 8 et 10 millions pour Paris et entre 3,5 et 4,5 millions pour Berlin), le nombre de taxis par habitant est sensiblement le même, soit un taxi pour 500 habitants. La différence de prix ne vient donc pas d’une plus forte concurrence en Allemagne qu’en France.

Une profession trop encadrée en France

La différence de prix s’explique plutôt par la très stricte réglementation de la profession en France. En effet, pour pouvoir exploiter un taxi à Paris, les chauffeurs doivent payer une licence de stationnement qui avoisine les 180 000 euros. Les travailleurs indépendants peuvent racheter une ancienne licence à un taxi qui prend sa retraite mais cela coûte entre 70 000 et 310 000 euros. Ces sommes considérables ont été instaurées par la profession pour empêcher une trop grande concurrence. Autre carcan : les différents statuts des chauffeurs de taxi en France. Alors qu’en Allemagne il n’existe que deux statuts, salariés ou indépendants, les chauffeurs de taxis en France peuvent être artisans (propriétaires de leur véhicule), locataires (le chauffeur loue son véhicule à une agence), actionnaires (le véhicule appartient au chauffeur mais la carte grise appartient à une plus grosse société) ou encore salariés (le véhicule n’appartient pas au chauffeur mais à une société qui le rémunère sur une base fixe chaque mois, avec une prime au compteur).  La multiplication des intermédiaires entre le client et le propriétaire du véhicule entraîne donc des coûts supplémentaires puisque les grosses entreprises de taxi ont tendance à faire des marges importantes sur le prix des courses. Les chauffeurs de taxis font donc partis des rares professions à pouvoir décider de l’offre et de la demande en jouant sur la rareté des véhicules ainsi que sur les prix. Payés entre 1300 et 1500 euros par mois pour plus de 70 heures de travail par semaine, les chauffeurs de taxi parisiens ont donc des conditions de travail beaucoup plus précaires que leurs homologues berlinois.

Mais dans la course aux tarifs, les taxis berlinois sont encore loin de battre les « Black cab » londoniens et les « Yellow cab » New Yorkais, champions hors catégorie des bas prix !

Article de Cécile Tran-Trien, repris depuis la Gazette de Berlin avec l’aimable autorisation du journal