Ryanair, modèle ou voyou ?

Publicité pour Ryanair, spécialiste des publicités décalées

La France est un pays qui a fait le choix courageux de ne destiner l’avion qu’aux riches

Ryanair est l’enfant de la dérégulation de l’espace aérien. La fin des monopoles d’Etat a vu émerger des compagnies à bas coût de ce type. Jusqu’alors, les monopoles d’Etat étaient des entreprises aux prestations médiocres mais paradoxalement coûteuses. La philosophie d’un monopole public est simple : quitte à ne viser qu’un public riche, autant le maltraiter.

Ryanair a su réduire tous ses coûts, au point de suggérer que l’usage des wc pourrait devenir payants, ou que les passagers pourraient bien avoir à voler debout, ce qui est un comble. Pour parvenir à des vols à 5, 10 ou 15 euros, tous les moyens sont bons, Ryanair a été à la pointe de l’innovation pour offrir à tous des vols accessibles, moins chers que le premier transport en commun public et monopolistique local. Résultat, le public a répondu présent, entraînant une croissance impressionnante  du chiffre d’affaire d’année en année malgré les annonces à la limite du mauvais goût (ou du dangereux lorsque Michael O’Leary, pdg de Ryanair, demande l‘absence de copilote : « Si le pilote a une crise cardiaque, il sonne en cabine et fait venir une hôtesse qui a été préalablement formée pour faire atterrir l’avion. »). Une deuxième clef du succès de la compagnie, moins glorieuse, c’est la chasse aux subventions publiques. Lorsque les villes ne refusent pas l’ouverture de nouveaux aéroports, elles choisissent au contraire de subventionner les compagnies qui s’y installent. Encore l’un des grands paradoxes français : comment imaginer un marché libre sans entraves, ou sans subventions ?

Ryanair est allé plus loin dans l’ingénierie sociale. Un conflit est alors né, opposant Ryanair à l’URSSAF. Navigant sur le droit européen de la libre circulation des travailleurs, Ryanair a choisi une interprétation un peu libre des textes, et n’a pas déclaré ses salariés installés en France sous le droit français. Pas de contrat de travail rigide, pas de charges sociales exorbitantes. Bref, les conditions pour offrir des billets pas cher. Cela n’a duré qu’un temps. Lorsque la sanction est tombée, le patron de la compagnie a préféré faire à sa compagnie une bonne pub, au détriment de la France, en annonçant son retrait progressif de Marseille, causant la perte d’environ 1.000 emplois. Qu’est-ce que 1.000 emplois quand on en détruit et qu’on en créé 20.000 tous les jours en France ? Marseille a d’autres priorités, comme de bien payer les grutiers de son port à ne pas faire grand chose.

Ce départ a vite fait saliver notre compagnie nationale, beaucoup plus chère : Air France a tout de suite vu la place que sa propre compagnie à bas coût pourrait saisir. L’annonce a été un peu rapide, car les autorités se sont alors apperçues que CityJet copiait sans vergogne les recettes de Ryanair. Une procédure est en cours pour « travail dissimulé ». Fin du rêve pour la compagnie nationale.

Dans le sillage du Grenelle de l’environnement, la France est un pays qui a fait le choix courageux de ne destiner l’avion qu’aux riches. Au nom de l’environnement, sûrement.