Dérapages incontrôlés politiquement corrects

Dérapage (image libre de droits)

Quand la bien-pensance continue de s’engluer dans les paradoxes

Dans un monde plein de bisous, il n’y a pas de place pour les vilaines discriminations. Et pour que la République du Bisounoursland soit efficace dans sa démarche d’éradication ultime de la discrimination, pour qu’elle continue à trottiner joyeusement sur le chemin la menant à l’égalitarisme chimiquement pur, il faut absolument que chaque citoyen soit totalement et irrémédiablement impliqué dans la réussite du modèle de société qu’elle soutient. Il faut donc que les uns et les autres s’entendent enfin dans la cordialité, la festivité et l’ouverture d’esprit. Or, dans ce modèle, si « le paradis, c’est les autres », les uns n’ont qu’à fermer leur gueule.

On pourra évoquer, un rictus crispé déformant la lippe supérieure, le cas emblématique du Papy Galinier dont j’ai déjà relaté les exactions honteuses : à la suite d’une intrusion chez lui, il blesse grièvement deux jeunes voleuses scouts venues vendre des cookies au chocolat.

Certes, lors de l’enquête, le vieux réactionnaire a commis l’erreur de déclarer qu’il n’était pas un bon citoyen du Bisounoursland, et qu’il discriminait à fond les ballons puisqu’il assimilait assez grassement certaine communauté décriée récemment à une bande de voleurs … dont il avait d’ailleurs eu a subir les passages trois fois précédemment.

Bien qu’ayant appelé la police qui avait probablement mieux à faire qu’aider un contribuable, le facho décomplexé avait fini par appuyer sur la détente, à deux reprises. Avant sont procès, on le colle donc en taule car, comme chacun le sait, les petits vieux de 70 ans et plus provoquent, régulièrement, des troubles à l’ordre public, subornent des témoins, falsifient les preuves, et tentent de se soustraire à la justice en refaisant leur vie au Honduras.

La République du Bisou Solidaire peut respirer : le trouble à l’ordre public a été évité. Evidemment, il faut, plusieurs fois de suite, rejeter les demandes de remise en liberté. Un criminel pareil qui retrouverait sa maison, ce n’est pas pensable ! Ce serait comme – au hasard – relâcher des multirécividistes qui ont tabassé des policiers à coup de parpaings et de marteaux : impossible, pas assez bisou.

Et puis tiens, tant qu’on y est, on va motiver le refus de remise en liberté. On peut choisir dans les options suivantes :
a/ le joyeux candidat est un dangereux psychopathe et dehors, il va violer des jeunes filles,
b/ dès dehors, il va faucher des OGM
c/ s’il sort, il va se lancer dans la politique

Plus basiquement, la raison invoquée pour le garder sera plutôt : que « le maintien en détention est l’unique moyen de mettre fin au trouble exceptionnel et persistant de l’ordre public, provoqué par la gravité de l’infraction, les circonstances de sa commission et l’importance du préjudice. Une mise en liberté pourrait aussi susciter l’incompréhension dans l’ethnie d’origine des victimes et faire craindre des représailles à l’égard du mis en examen ».

Et ça, ce ne serait pas du tout dans l’esprit Bisounoursland.

Oui, je sais, comme ça, de loin, ça ressemble à une multitude de truc qu’en réalité, ça n’est pas du tout du tout.

Par exemple, voir dans cette appréciation de la situation le constat d’un échec cuisant de la police, incapable de protéger un mis en examen des représailles d’une population ou d’une famille, c’est se fourrer le doigt dans l’oeil. La sécurité règne sur le territoire ! C’est dit ! Ainsi, Kerviel s’en est pris plein les dents : les Bretons, réputés calmes, ne revendiqueront pas la libération de leur compatriote détenu dans les geôles humides de la République Totalitaire du Bisou Qui Cogne.

Par exemple, imaginer que se cache ainsi un différentiel de traitement, voire (oh !) une discrimination des mis en examen selon qu’ils ont agressé des Tsiganes, des Corses, des Bretons ou des Lillois serait aller chercher bien loin.

Par exemple, imaginer que se cache une analyse raciale ou ethnique dans l’avis rendu est une absurdité en Bisounoursie : non, l’ethnie d’origine des victimes n’est absolument pas plus violente qu’une autre, puisqu’on vous répète aussi qu’elle ne vole pas plus.

Comprenne qui pourra : s’il est parfaitement logique et souhaitable de considérer par défaut qu’une ethnie n’est pas plus voleuse qu’une autre (et heureusement), on ne voit pas pourquoi elle devrait être considérée plus violente qu’une autre.

Et pourtant, c’est, de loin, ce à quoi ressemble furieusement l’avis tout ce qu’il y a de plus officiel de la Justice de la République Française à ce sujet : pour que les petits bisous continuent à s’échanger dans la cordiale gentillesse de cette République tendrement méprisable, il faut que Papy Galinier reste dans sa prison, à 73 ans, après s’être défendu, suite à trois cambriolages, et un appel sans suite à la police.

République du Bisounoursland

On pourrait s’arrêter là.

Mais voilà : l’actualité aime les accumulations. Après les affaires de justice, rien de tel qu’aborder les affaires scolaires pour voyager une fois de plus dans le domaine des mondes parallèles où la déformation de l’espace-temps doit tout aux bidouillages incontrôlables de l’Etat.

Tout comme un quasar plie le continuum par ses milliards de masses solaires concentrées dans un volume fort réduit, l’Etat déforme la réalité par la concentration forcenée de conneries atomiques dans certains points précis du continuum citoyen festif.

Prenez par exemple une école bêtement catholique sous contrat. Je ne dis pas bêtement pour rien : tout comme Galinier n’était semble-t-il pas de la bonne ethnie pour bénéficier du versant câlin de la République des Bisous, l’école qui s’affiche catholique n’est pas du bon côté tendresse.

Cet établissement doit donc – stupéfaction – accueillir des musulmans, des juifs ou des bouddhiste.

Et pas seulement parce que l’ouverture d’esprit naturelle des catholiques leur permet d’accueillir effectivement d’autres confessions religieuses, mais parce que l’Etat, petit malin qui abhorre certaines discriminations, impose cette ouverture par une loi de 1959 aux établissements sous contrat.

Ils sont sous contrat, ils ne sont donc pas free, ils n’ont pas tout compris : ils n’ont pas le droit de refuser un élève à cause de sa religion.

S’ensuit toute une série de problèmes croustillants relatés dans cet article passé relativement inaperçu :

Comment gérer le Ramadan ? Peut-on emmener des élèves à la piscine pendant cette période ? Et la crèche – vilement catho – dans le hall, là, c’est pas hallal ! Quant au problème du voile, on va pouvoir innover, puisque la loi qui l’interdit ne s’impose que dans les établissements publics.

En gros, tout se passe exactement comme si l’Etat de la République du Bisounoursland avait méticuleusement tout fait pour saboter l’école catholique sous contrat : on impose à ces établissements l’obligation de supporter les autres cultes, puis on fait subtilement (ou pas) tout ce qu’il faut pour que les pratiquants de ces autres cultes se voient forcés vers ces établissements en empilant lois sur lois pour les … discriminer.

Moyennant quoi, les musulmans pratiquants s’entassent dans les écoles catholiques, finissent dans certains endroits par y devenir majoritaires, et, de demandes en compromis, d’arrangements en tolérance à sens unique, l’établissement catholique accueillant des musulmans devient un établissement plus ou moins musulmans accueillant vaguement quelques catholiques.

Subtilement, à force de bisous enfoncés violemment à coup de lois dans les gueules des éventuels réfractaires, l’obligation faite aux établissements d’un culte d’accepter les membres d’un autre est devenue en réalité la nécessité feutrée de s’abstenir de tout prosélytisme, en gommant pour ainsi dire tout ce que l’endroit peut avoir de dédié au culte initial ; en effet, aucune loi n’interdit la mise en place d’une crèche dans un hall d’une école catho, ni d’y consacrer une pièce à un lieu de prière chrétien, ni n’impose une autre pièce pour les autres cultes.

Mais le pire, c’est que la République du Bisounoursland ne permet pas d’issue à ce problème.

Pourtant, il y en a : il suffit de laisser ces autres pratiquants fonder leurs propres établissements. Mais là encore, il y a fort à parier que l’Etat Républicain a absolument tout prévu pour qu’une telle possibilité ne soit qu’une chimère inaccessibles aux pratiquants des autres cultes.

Entre les lois qui jettent violemment les cultes les uns contre les autres, les motivations juridiques qui envoient valser le bon goût et les ethnies les unes contre les autres, on comprend mieux la trajectoire générale de la République des Bisous qui Cognent :

Vous allez vous aimer, tous les uns, les autres, sinon, ça va être un enfer.

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