Un traitement exemplaire de l’information

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Un traitement exemplaire de l’information

Publié le 15 septembre 2010
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Aujourd’hui, nous allons faire une incursion dans le monde fascinant et un peu glauque des insectes, larves et autres petits bidules en carapace à chitine. Nous allons nous pencher tout particulièrement sur des insectes très sociaux, qui vivent en colonies de plusieurs centaines d’individus, et qui se nourrissent d’information : les pignofidae mediatisens, plus communément appelés journalistes.

Pour notre étude, nous allons tout simplement poser une sonde relativement simple, appelé googlemètre dans le jargon, qui est constituée comme on peut le voir sur le petit schéma ici d’un robot indexeur qui renifle les flux RSS, là, et injecte ses trouvailles dans une page web à cet endroit, regardez bien, je vous montre, voilà, ici.

Cette sonde sera propulsée dans la sphère internet où s’égayent joyeusement nos pignofidae mediatisens et va nous rapporter de précieuses images sur les « unes » présentées actuellement. Les « unes » sont les pages de gardes immédiatement disponible pour le randonneur d’internet, et permettent d’avoir une photographie simple de ce que nos spécimens d’étude considèrent comme l’actualité du moment.

C’est fascinant, parce qu’en capturant ainsi le moment fugitif de la vie, les pignofidae mediatisens donnent une bonne idée de la façon dont ils modèlent la société en mettant en avant, ou pas, telle ou telle information ; ainsi, c’est par leur action continue de mise en avant d’un sujet (ou de son enfouissement) que nos saprophytes de l’information décident, unilatéralement, ce qui constituera les couches géologiques de savoir minéralisé que les générations futures étudieront.

En quelque sorte, par leurs choix conscients, ils créent une image de ce qu’ils imaginent être la société, ses centres d’intérêts et ses motivations. C’est d’autant plus vrai que le terreau sur lequel ils s’ébattent est minutieusement contrôlé par un macro-organisme puissant, l’Etatus Subventionis.

Et pendant que nous dissertions, la sonde a fini son travail. On l’extrait délicatement du milieu (ne dérangeons pas les petites bêtes, elles sont fort industrieuses mais un peu capricieuses) et on regarde ce qu’elle a ramené :

Une du Figaro, 14/09/10
La une du Figaro, capturée vers 22:30 le 14/09/10

Une du Monde, 14/09/10
Celle du Monde, même date et heure

Une de Libération, 14/09/10
Celle de Libé, même moment

Une du Point, 14/09/10
Et pour rire, Le Point, toujours au même moment.

Apparemment, une grande tendance se dégage sans problème : chaque colonie choisit manifestement de parler ou pas d’un sujet qui lui tient à coeur, mais ne met pas toujours le même tout en haut. Constat d’évidence qui mérite cependant d’être précisé en regardant un peu les autres titres, un peu en dessous : on remarque une autre tendance, plus profonde celle-ci : ce sont à peu près les mêmes sujets qui sont traités.

Quelque part, c’est rassurant : partant du même substrat et tous arrosés de la même façon par le gros Etatus Subventionis, tous les colonies de pignofidae mediatisens obtiennent en gros la même chose. On retrouve ainsi les aventures du prêt à taux zéro, le nouveau budget 2011 (tiens, encore un déficit, dites donc) et bien évidemment, en bonne place, les rocambolesques mésaventures de l’Elysée et du Monde, mâtiné de Woerth et de Bettencourt, les suites de la petite diarrhée législative en cours provoquée par une présence de burquas dans le régime parlementaire alimentaire, ainsi que la circulaire Besson et les expulsions de Roms.

Tiens, c’est étrange, aucune « une » ne parle de l’instituteur, pardon, du maître des écoles dont un des passe-temps consistait à stocker des dizaines de milliers d’images et des films pédopornographiques sur son ordinateur perso.

Je dis étonnant, parce qu’à en juger les habitudes de nos pignofidae, il est pourtant dans leurs habitudes de remonter toutes les histoires de pédophilies… Mmh ah non, pas tout à fait, il est en réalité dans leurs habitudes de remonter les histoires de pédophilie lorsque celles-ci concernent l’Église Catholique.

On se souviendra sans peine des tempêtes qui avaient secouées la presse outragée lorsque des religieux s’étaient retrouvés impliqués dans des affaires de pédophilie, ou que le Pape – dont chacun sait qu’il est un nazi caché – avait osé ne pas immédiatement battre sa coulpe en se repentant des pêchés de ces prêtres, prêtres qui sont tous, rappelons le, des pervers refoulés, rêvant continuellement de stupre et de luxure, à l’affût de chair fraîche et de licence facile.

Mais ici, non, rien : qu’on découvre régulièrement des cas semblables dans l’Éducation Nationale, que cette même institution fasse parfois preuve d’un certain laxisme ou d’une compréhension miséricordieuse très large vis-à-vis de ses membres qui ont fauté, peu importe : il ne sera pas demandé à son pape-ministre la moindre explication, la moindre coulpe à battre violemment. La présomption d’innocence est, à ce sujet, un phénomène étrange à géométrie variable qui n’existe pas pour un ministre lorsqu’il tripote les retraites, mais n’a même pas besoin d’être évoqué lorsqu’il s’agit d’affaires semblables dans un grands corps d’état.

Comme le soulignait fort justement Koz il y a quelques semaines, la persistance étonnante de l’asymétrie de traitement du même sujet selon qu’il concerne les profs ou les curés est troublante dans cette presse qui se veut pourtant, on l’entend tous les jours, un parangon d’objectivité et de vertu.

Au moment même où l’on voit des plumes enflammées crier au scandale pour les enquêtes sur Le Monde, au moment où des petits scribouillards partent dans le rêve humide d’un scandale digne du Watergate en se la jouant Bernstein ou Woodward de Prisunic, on s’étonne de l’absence de relai de ce nouveau scandale pédophile dans l’Education Nationale…

En réalité, le traitement de cette affaire est relativement normal : l’enquête commence, et il serait contreproductif d’agiter les papiers sensationnels dans une presse trop souvent prête à faire de la quantité plutôt que de la qualité. Mais alors, il faut que cette même presse s’interroge sur son propre traitement des affaires qui concernaient l’Eglise, qu’elle se rende compte que ce qu’elle ne s’autorise pas, même de loin, pour le corps des hussards noirs, elle se le permet pour un autre corps social, avec joie et délectation.

Partant de ce constat, elle pourrait ensuite avoir l’humilité de constater que ce différentiel existe en réalité sur plein d’autres sujets (j’en avais noté un bel exemple ici), parfois pas du tout connexe avec la religion comme ici ou , et qu’elle est en réalité bien loin d’un quelconque standard de qualité comme en témoigne l’alimentation régulière de la rubrique Pignouferies de Presse.

Mais je crains que la prise de recul, l’analyse au calme et l’humilité ne fassent pas partie du cursus normal des études de journalistes. En revanche, l’anticléricalisme, le socialisme boboïde et le suivisme panurgique, indéniablement, oui.

—-

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  • Cette dissymétrie de traitement de serait-elle pas due, pas le plus grand des hasards, à la politique de secret menée par l’Eglise ?

    Un prof pédophile dénoncé subit l’oprobe très rapidement au moins au niveau local et avant même son procès. le problème des prêtres, c’est qu’ils sont couverts par l’Eglise. Il suffit de voir ce qu’il se passe en belgique en ce moment…

    Pourquoi croyez vous que les médias demandent des comptes aux hauts responsables ? A cause de ces couvertures. Ce n’est pourtant pas faute que ce soit répété, toutes les affaires de prêtres pédophiles font scandale non pas à cause de l’événement mais à cause de la DURÉE depuis laquelle ça dure.

    Du coup, le ton moralisateur de l’article tombe un peu à plat…

    • « Un prof pédophile dénoncé subit l’oprobe très rapidement au moins au niveau local et avant même son procès. »

      Non. On ne compte plus le nombre d’affaires subies par l’EdNat et qui durent depuis des années. Pour rappel, celui qui nous occupe aujourd’hui a plus de 30 ans de carrière. Et pas un chuchotement à son égard.

      Pour ce qui est de la durée, on peut regarder minutieusement chaque affaire dans laquelle l’Eglise est impliquée, on se rendra compte assez vite que beaucoup sont non seulement très anciennes mais aussi jugées depuis longtemps au pénal et remises en avant … par la presse tout à fait avide de « faire son travail ».

      Bref, comme analyse de l’analyse, c’est franchement court.

  • J’ai dit « subir l’opprobe ». J’ai l’impression que vous n’êtes pas capable d’imaginer ce qu’il se passe quand un prof se prend des accusations de pédophilie. Ça signifie tout simplement sa mort professionnelle, rien de moins, même si l’accusation est fausse. Vous n’avez peut-être pas pensé aux réactions des parents, enfants, collègues ? Et pas besoin de stocker des photos, une simple caresse sur une élève peut largement suffire du moment que l’information est relayée. La sanction est donc immédiate.

    En l’occurrence, si ce prof a pu faire ce qu’il a fait pendant 30 ans, c’est qu’il a été très discret, que ça ne s’est pas su (c’est de la logique même mais bon, puisqu’il faut expliquer…). A l’inverse, le problème des prêtres a été mis en avant lorsque les gens se sont rendus compte que les supérieurs desdits prêtres couvraient la chose. C’est ça qui fait avant tout que les gens s’intéressent au sujet, et donc que les médias en rajoutent des couches.

    Les articles de ce site sont définitivement inégaux. Certains sont très bons, d’autres comme celui-ci frôlent le zéro absolu en analyse et ont l’air d’avoir été écrits par pur plaisir de casser du sucre sur les concurrents, Etats, autres trucs pas aimés (comme le précédent sur les profs, qui était complètement risible, les détestez-vous à ce point ?).
    C’est dommage pour le niveau du site, pourtant intéressant et essentiel…

    • « du moment que l’information est relayée »
      C’est tout le noeud du problème en l’occurrence : il y a pléthore de cas où l’information existe, n’a pas été relayée par la hiérarchie de l’Ednat. Il y a même des sites consacrés à ce problème. C’est donc qu’il existe. L’aspect « sanction immédiate », c’est tout simplement faux. Des fois oui, des fois non.

      Encore une fois, le parallèle est valable précisément parce que la hiérarchie de l’Ednat couvre parfois les agissements, exactement comme pour l’Eglise. Ce problème du « pas de vague » dans la hiérarchie de l’EdNat est aussi régulièrement dénoncé pour les violences subies, injures etc. Il faut être naïf pour croire que s’il en va ainsi pour des problèmes de violence, il en irait différemment pour des problèmes de pédophilie.

      Et comme le traitement de l’information est très différent entre les cas de l’Eglise et ceux de l’Ednat (cf les cas que j’ai donné en liens), l’article a toute sa raison d’être. Evidemment, ça ne vous plaît pas, mais c’est tout de même comme ça.

      • Savez vous ce qu’est le droit canon ?
        Votre comparaison est complètement biaisée, les statuts de l’EdNat et de l’Eglise n’ont rien à voir. Les uns sont sous controle direct de l’Etat et sous la Justice, les autres sont dans une institution obscure et secrète dont le chef possède l’immunité diplomatique…

        En gros, vous vous contentez de remarquer une différence apparente entre l’EdNat et le Vatican sans chercher à savoir ce que c’est, sans rien analyser, sans vérifier si c’est normal, rien. Non, il y a une différence apparente, l’EdNat c’est l’ennemi, donc on bave dessus et c’est tout.

        Personnellement je préfère être plus honnête intellectuellement, et lorsque j’ai a débattre, informer, détruire un ennemi, enseigner des principes libéraux, j’use d’un minimum d’analyse et d’information. Je ne me contente pas de pointer du doigt en insultant l’autre sans réflexion, ce dont vos articles me donnent la désagréable impression, très contrastée par rapport aux autres articles de Contrepoints par ailleurs. Je ne vois aucune différence entre celui-ci et un torchon du Monde Diplo, de l’Huma ou autre. Dans tous les cas ça reste un pamphlet purement subjectif et non-argumenté.

        • Votre comparaison est complètement biaisée, les statuts de l’EdNat et de l’Eglise n’ont rien à voir. Les uns sont sous controle direct de l’Etat et sous la Justice, les autres sont dans une institution obscure et secrète dont le chef possède l’immunité diplomatique…

          Ah oui, je vois qu'en effet, cette présentation impartiale rend honneur à l'objectivité du commentateur.

  • Voui, quel est le problème encore ?
    Contestez vous que l’EdNat fasse partie de notre société donc sous controle judiciaire, ou qu’elle soit dirigée par l’Etat ?
    Ou alors que le Vatican aie un fonctionnement hiérarchique en tant qu’Etat indépendant, dont peu de choses filtrent et dont le chef a l’immunité diplomatique ?

    Si vous n’êtes pas capable d’analyser et comprendre que c’est ce statut particulier du Vatican qui donne une autre dimension aux affaires de pédophilie (outre la taille des problèmes, on parle tout de même de centaines d’actes pédophiles jamais punis, c’est assez difficile à trouver), alors cela explique la teneur de l’article.

    • Je sens que cette palpitante discussion va devenir singulièrement compliquée si en plus vous faites preuve d’une mauvaise foi quasi contondante.

      Comme chacun (de normalement constitué) sait, l’Eglise est inscrite dans le siècle et le droit canon ne surpasse pas le droit commun, coutumier ou pénal. Autrement dit, exactement comme l’EdNat, les prêtres sont tenus de dénoncer les abus dont ils sont témoins, dont ils ont connaissance (notez que la seule exception est lorsqu’ils ont connaissance d’agissements criminels dans le cadre du sacrement de confession, comme les avocats ou les journalistes – il doit aussi y avoir des avocats ou des journalistes pédophiles, ceci dit, mais ce n’est pas le sujet, ne nous éparpillons pas). Ce qui veut donc dire que si on peut reprocher à des cadres de l’Eglise d’avoir caché, on peut le faire exactement de la même façon pour les cadres de l’EdNat (avec le proviso qu’en plus, les profs n’ont pas de secret professionnel qui tienne et sont donc encore plus tenus de remonter de tels agissements).

      Mais je note avec un certain intérêt que vous vous attardez fort longuement sur les maux de l’Eglise, que vous défendez vaille que vaille l’EdNat, alors que l’article porte en réalité sur les maux des journalistes qui ne font pas leur travail. Le biais de lecture est éclairant…

  • Parler de mauvaise foi, venant de la part de quelqu’un qui ne fait aucune différence entre l’ednat et le vatican, c’est quand même assez merveilleux.

    Quant au biais, vous ne l’avez simplement pas compris; il est amusant de voir un article écrit par une personne qui se croit en mesure de critiquer l’ensemble de la presse avec un article… faisant une bête comparaison avec zéro analyse, zéro argument, uniquement du blastage.

    Si vous prétendez vous élever au-dessus des journalistes de la concurrence, commencez donc par ne pas faire des articles aussi peu voire moins réfléchis que les leurs.
    De la critique non-argumentée, on croirait voir un anti-mondialiste gauchiste…

  • Effectivement, j’ai moi même fait des études de journalisme (Journaliste Reporter d’Image) … Les seules sources d’information que l’on nous apprenait à utiliser étaient l’AFP, l’INSEE, et les grands journaux comme libé…bref, les autres sites ne sont pas considérés comme « sérieux »(car non officiel)…

    Les journalistes font la même choses tout les matins: ils consultent les pages de l’AFP…Les journalistes français ne cherchent pas l’info, ils ne font que la retranscrire. (en y mettant un peu d’idéologie par ci, un peu de moral par-là…

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