Présidentielles : pour une finance au service du pays

Publié Par Pierre de Lauzun, le dans Monnaie et finance

Par Pierre de Lauzun.

À lui seul le Brexit change radicalement la donne en Europe et rebat les cartes dans le secteur financier. L’Europe financière était jusqu’ici très largement dominée par la City, en bien comme en mal. Mais elle ne pourra évidemment plus à l’avenir se reposer sur une Place qui lui sera désormais extérieure. L’Union européenne doit donc repenser entièrement son modèle au regard de cette nouvelle donne. D’autant plus que les marchés sont aujourd’hui au cœur du financement de l’économie et que leur bonne régulation est un enjeu collectif majeur.

Le rôle de la France dans la finance continentale

La France a une place de premier plan dans la finance continentale, sinon la première. Elle doit donc jouer un rôle moteur pour redéfinir cette Europe financière de demain. L’occasion aussi pour elle de se réformer en profondeur pour être enfin attractive après 30 ans où elle a perdu un terrain important et accepté qu’une part de plus en plus large de sa finance de marché vienne de l’étranger. L’occasion en outre d’orienter son épargne en faveur des entreprises après 30 ans de dérive hostile au capital productif. À nous de saisir cette chance !

On le sait, Paris a de nombreux atouts : pépinière de talents, centre d’infrastructures remarquables, cadre de vie attractif… Mais nos handicaps n’en sont pas moins connus et la concurrence est rude. Les autres places européennes déploient leurs charmes sans vergogne pour attirer les futurs exilés de la City… et pendant ce temps, nous continuons à matraquer fiscalement l’épargne placée dans les fonds propres des entreprises.

Un nouveau pacte entre la France et sa finance

C’est d’un nouveau pacte entre le pays et sa finance dont nous avons besoin. Tel est l’objet des 16 propositions concrètes que l’Association française des marchés financiers (Amafi) a envoyé à chaque candidat déclaré à l’élection présidentielle cet automne.

En termes de compétitivité, les priorités visent le droit du travail et la fiscalité. Concentrer l’effort sur les hautes rémunérations, qui n’ont pas de raison de bénéficier d’une protection conçue pour la grande majorité des salariés. Corriger les dispositifs pénalisants, à commencer par la taxe sur les salaires.

S’agissant de l’épargne, l’enjeu est l’épargne à long terme, notamment en actions. Au-delà de la simplification d’une fiscalité de l’épargne beaucoup trop complexe, il est aujourd’hui incohérent qu’en France, l’épargne la plus utile au financement des entreprises, aux investissements indispensables à leur développement face à leurs compétiteurs, soit aussi lourdement taxée. Ce qui implique une révision en profondeur de la fiscalité correspondante. Plus une initiative forte en faveur du développement de fonds de pension « à la française », complémentaires de notre système par répartition. Notamment en réactivant le Fonds de réserve des retraites (oui, celui de Jospin).

Rien n’est perdu !

De plus en plus, le discours public de certains politiques reflète désormais ces enjeux vitaux pour notre pays. Pour ne citer que les candidats actuels à la Présidentielle, François Fillon préconise une refonte de la fiscalité de l’épargne pour la réorienter vers l’investissement productif et un étage supplémentaire par capitalisation pour les retraites. Sur la gauche de l’échiquier politique, Emmanuel Macron s’est lui aussi prononcé pour l’émergence de fonds de pension « à la française ».

Bref, rien n’est perdu. Mais il faut prendre les problèmes à bras le corps et afficher en la matière une volonté politique sans faille.

Il ne s’agit pas pour autant de déclarer « Notre ami c’est la finance » sans plus de précision. Il s’agit de vouloir une finance nationale forte et au service du pays. Une priorité, vu le rôle central que les marchés sont aujourd’hui amenés à jouer dans le financement des entreprises et de l’économie. Or, une telle finance doit reposer sur des marchés organisés et régulés : c’est le rôle des pouvoirs publics d’en assurer le bon fonctionnement au travers d’un cadre de régulation exigeant mais adapté à cette mission.

Les présidentielles, comme le Brexit, nous offrent une chance de renverser une tendance mortifère pour notre pays. Saisissons-la !

  1. Par curiosité : combien de fidèles de Contrepoints savent que « la Bourse de Paris » est « physiquement » dans la banlieue de Londres ?

    C’est la FED et au dessus d’elle Goldman Sachs qui « contrôlent » les finances françaises et européennes. Et comme Trump vient de faire machine arrière et de ne pas la supprimer ……

    Cette nomination, en sus, hier d’un ex-Goldman Sachs comme ministre des finances des USA est révélatrice.

    Mais c’est un ex de quelle grande banque qui dirige la BCE, qui plus est après avoir conseillé aux Grecs de trafiquer leur comptabilité ?

    Un relatif salut pourrait-il venir de l’alliance sino-russe ?

    Le mal est fait, alors qui’il faudrait revenir à l’étalon-or. Il se dit que c’est inévitable. Qu’en pense l’expert monsieur de Lauzun?

  2. Le fonds de pension à la française existe déjà c’est le PEA (taxé à 15% ce qui est beaucoup pour un produit réputé sans impot mais qui ne dépouille cependant qu’assez peu le déposant). Un couple peut y déposer 300000 euros. Si par exemple il dépose 10000 euros chaque année entre 30 et 60 ans (faites une règle de 3 pour un autre dépôt) il se retrouve à 60 ans à la tête de plus d’un million d’euros (hypothèse PER moyen autour de 15). Et en plus il garde le droit à tout moment de vendre les sociétés en perte de vitesse et il a aussi le droit de vote. Difficile de faire mieux et surement pas avec des machins « à la française » soigneusement étudiés pour dépouiller le déposant avec des frais gigantesques, l’orienter vers des produits « maison » du gestionnaire de fonds et lui interdire de faire des arbitrages lui-même.

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