Alstom à Belfort : les clients de la SNCF vont trinquer

Publié Par Éric Verhaeghe, le dans Pushmobile, Social

Par Éric Verhaeghe.

La fermeture de l’usine Alstom à Belfort donne encore lieu à de jolies simagrées de la part de François Hollande, sur le mode du “sauveur” de l’industrie. Officiellement, le site ne fermera pas. Et devinez qui paiera l’addition ? Le client de la SNCF, cette bonne poire qui raque pour toutes les rentes françaises.

Belfort, une fermeture annoncée depuis longtemps

Pour trancher le débat du la direction avait-elle prévenu ?, on rappellera juste cette interview aux Échos du PDG d’Alstom en mars 2016, qui annonçait des gains de productivité. Dès septembre 2014, le même Poupart-Lafarge déclarait à des journalistes, au salon Immotrans de Berlin :

Devant les journalistes français Henri Poupart-Lafarge n’a pas caché une certaine inquiétude. Le plan de charge des différentes usines du groupe dans l’hexagone et donc l’emploi qui en découle, dépend beaucoup des commandes publiques sérieusement ralenties ces dernières années. “C’est très variable selon les sites. Ainsi, à Reichshoffen qui produit les Régiolis, notre plan de charge va jusqu’à mi-2017. Sur la Rochelle, nous avons un peu plus de visibilité grâce aux TGV, mais très peu de perspectives sur le tramway. À Valenciennes, qui produit des métros, nous avons des perspectives à plus long terme. Je ne tire pas une sonnette d’alarme, mais il faut que les commandes arrivent en 2015 parce qu’il nous faut un peu plus d’un an entre le moment où la commande arrive et le moment où les premières rames sortent de chaines”.

L’annonce était claire : à défaut de commandes, en 2015, la casse était inévitable.

L’État, le pire donneur d’ordres en France

L’usine de Belfort, comme celle de Reichshoffen, produit des rames ferroviaires pour le marché intérieur français, hors TGV. Petit problème : le TGV absorbe les investissements et tue la rénovation des lignes ordinaires. Ainsi, Jean-Marc Ayrault s’était, à l’été 2013, livré à une pantalonnade dont il a le secret :

« Les trains Intercités, qui maillent vraiment le territoire et qui facilitent la mobilité seront intégralement renouvelés entre 2015 et 2025 (…)

Entre les TER et les TGV, les trains Intercités doivent impérativement prendre toute leur place”, a ajouté le chef du gouvernement. L’État doit lancer dès cet été une première commande, “d’un minimum de 500 millions d’euros pour des trains neufs (…)

Un appel d’offres doit être lancé dès 2015 pour une deuxième tranche d’investissements, prévue à l’horizon 2018-2019, a précisé Matignon. »

Comme chacun le sait, les promesses n’engagent que ceux qui les entendent. La promesse d’appel d’offres faite par Ayrault, et qui doit permettre de donner du travail à Belfort, n’a évidemment pas été tenue. Voici où en est le dossier :

« La SNCF lancera « d’ici la fin de l’année » un appel d’offres « à la demande de l’État »pour acquérir de nouveaux trains destinés à trois lignes Intercités « structurantes », a indiqué jeudi le secrétaire d’État aux Transports Alain Vidalies. »

Cette annonce date… du 21 juillet 2016.

Autrement dit, l’État a pris deux ans de retard dans ses commandes, et s’étonne ensuite des difficultés de l’usine qui doit les satisfaire…

On ne sait si l’attitude du gouvernement relève du mépris ou de l’incompétence. Ou des deux.

Le gouvernement alerté par les syndicats depuis 6 mois

Le 30 mars 2016, lors du Comité Stratégique de la Filière Ferroviaire, la CFDT Alstom avait distribué ce tract :

cfdt

Autrement dit, les syndicats ont, dès le mois de mars, alerté le gouvernement sur la situation qui se créait dans les usines ferroviaires. En vain.

Qui va payer pour sauver Belfort ?

Une question simple maintenant : pour sauver Belfort comme l’a indiqué François Hollande, qui va payer ?

La solution technique que le gouvernement va choisir est évidemment très simple : il va ordonner à la SNCF de commander immédiatement des rames auprès d’Alstom, alors même que la SNCF préfère commander auprès de Bombardier ou de Siemens, moins chers. Et qui va payer ? le client de la SNCF, qui paie déjà pour les retraites des cheminots une surcote équivalent à 10% du prix des billets.

Mais, bien entendu, il ne faut le dire à personne… Expliquer que tous les Français vont payer de leur poche le sauvetage d’une usine belfortaine mise en difficulté par l’État, ce serait vraiment politiquement incorrect. Il est tellement plus confortable d’expliquer que, tout ça, c’est la faute des patrons qui font tout en cachette.

Sur le web

  1. « ON » ne me fera pas croire que l’état actionnaire à hauteur de 20% chez Alstom n’était pas au courant de ce qui se trame dans cette entreprise …
    « ON » nous prend carrément pour des débiles mentaux et « ON » voudrait se présenter aux présidentielles ……. No comment !!!!!!

    1. D’autant qu’il y a un représentant de L’État au conseil d’Administration d’Alstom.

  2. bah , il y a bien une solution : lorsque la sncf commande chez bombardier ou siemens ils construisent chez alstom…mince l’europe l’interdit surement..ce que notre super etat liberal en tout , les USA , se permettent de faire sans aucun soucis…le libéralisme ne doit etre que d’application locale en aucun cas on ne doit l’appliquer a l’extérieur pour un pays ne pratiquant pas les mêmes règles sociétales et fiscales ..règle number one pour ne pas se faire manger par plus gros que soi

    1. Raisonnement faux. Si les ricains se livrent à ce jeu ils vont entretenir chez eux des ouvriers sous qualifiés sur payés et financirement improductifs. Par ailleurs comme le lieu de fabrication est un critère de prix alors il faut aussi prendre n compte que ce genre de contrainte sera facturé… Au contribuable ou à l’utilisateur final. Le protectionnisme profite toujours aux capitalistes héritiers avant tout: Ceux qui ont le plus de chance d’être des cronies. Ce ne profite pas aux entrepreneurs, pas aux gens dynamiques, pas aux ouvrier les plus qualifiés (ils peuvent facilement retrouver du taf) et ça ne profite jamais au consommateur. Le protectionnisme est une ineptie populiste. En économie ça déssert l’espace économique protégé et celui dont il est protégé et la majorité des acteurs économiques impliqués. Ca profite aux industries vieillissantes et non innovantes, aux rentiers.

  3. François au pays des merveilles rencontre un train, que croyez-vous qu’il arriva?

  4. Le Diable probablement

    Le plus choquant: le communiqué de la CFDT en Comic Sans.

  5. Peut être que la SNCF devrait laisser tomber l’immobilier et se recentrer sur son véritable rôle… mais quand on voit le patrimoine du RSI qui avoisine les 920 000 m²…
    Bref, je dis ça, je dis rien…

  6. Cette annonce ressemble à une « promotion » du « savoir-faire » industriel du candidat Hollande ! Ca ne coûtera pas cher de sauver l’usine de Belfort, puisque c’est l’état qui paie …
    Mais a-t-il jamais su que le budget de l’état est financé par celui des familles ? Combien paie-t-il d’impôts ?

    1. paie t il seulement sa taxe poubelle pour ses logements de fonction ?

    2. En fait de savoir-faire internationalement reconnu, on est dans le faire-savoir international par le Normal Premier et le Premier Sinistre, qu’il était « hors de question que le site Alstom de Belfort ferme ». D’ici la fin de la campagne électorale, il serait étonnant que personne ne mette en vis-à-vis le coût du sauvetage de Belfort et les gains manqués avec les investisseurs étrangers repartis terrifiés par les menaces gouvernementales.

  7. Et les français votent depuis 35 ans pour les incapables. Vont-ils continuer? Hélas, il semble Oui.

  8. Ah bon ? On paie la retraite des cheminots AUSSI sur le prix des billets ? Et moi qui croyais qu’on ne la payait QUE par l’impôt 😯

  9. La Russie doit commander 24 000 locomotives:grace aus Mistrals non livrés on a perdu sa clientèle.Quand à la SNCF et à la RATP c’est l’Allemagne et Bombardier qui ont été retenus:bravo FH,Macron et l’UE

  10. France Info du jour, l’inévitable syndicaliste de service explique effectivement que c’est la faute des « patrons sans morale »…

  11. L usine Bombardier est à Valenciennes

  12. Les clients de la SNCF vont payer , les consommateurs , les contribuables ….das ist wunderbar , wie konnen sagen unsere deutsche Freunden , die Lokomotive herstellen …c’est une pièce de théatre que les gouvts socialistes , depuis Mitterrand , nous font absorber , ad nauséam…

  13. Petit rappel :
    Le 26 août 2016, soit il y a environ 3 semaines, la presse annonçait triomphalement le contrat du siècle de 1,8 milliards d’euros pour Alstom et le gouvernement s’en félicitait.
    Le premier bémol fût la constatation que ces trains seraient fabriqués … aux Etats-Unis bien sûr, puisqu’ils en étaient les des tinataires.
    Qui s’attendait à cette conséquence inattendue : la fermeture de l’usine de Belfort.
    Ce que Sarkozy n’avait pas fait, Hollande l’a réussi !!!
    Dommage pour les salariés de Belfort, mais aussi pour tous les contribuables français qui paieront pour les commandes sans nécessité de la SNCF et celles de la RATP. Il faut tenir jusqu’aux présidentielles, l’endettement de la France, même après avoir bradé les bijoux de famille, ne compte pas. Les Français ont encore de l’argent sur leurs comptes ( je ne parle pas de monsieur Cahuzac et compagnie…).

  14. Est-ce les clients de la SNCF qui vont payer ou le contribuable ? Voila encore une fois la preuve que les monopoles étatiques sont la cause de la ruine de notre pays spolié par nos oligarques
    Seule solution : privatisation de tout ce qui n’est pas régalien c’est-à-dire la protection du citoyen et de ses biens
    ://www.contrepoints.org/2016/01/24/235918-andre-koechlin-ou-lart-de-sadapter-aux-circonstances

    1. Déjà que pour la SNCF, le contribuable paie à la place de l’usager ! usager et non client, d’ailleurs, si vous le voulez bien.

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