L’État omniprésent nous rend-il esclave ?

Publié Par Patrick Aulnas, le dans Libertés publiques

Par Patrick Aulnas.

Les grandes démocraties occidentales se caractérisent toutes par un État interventionniste. Le passage de l’État-gendarme, n’exerçant que des prérogatives régaliennes, à l’État-providence a eu lieu dans le courant du XXe siècle. Peu à peu, en moins d’un siècle, la demande de protection sociale a trouvé une réponse auprès des hommes politiques.

La forte croissance économique des trente années d’après-guerre (1944-1974) a considérablement facilité l’émergence de systèmes publics de protection sociale (santé, maternité, retraite, chômage). Les prélèvements obligatoires pouvaient en effet augmenter sans douleur. Mais le ralentissement de la croissance dans le dernier quart du XXe siècle les a rendus de moins en moins supportables. Les politiciens ont alors choisi la solution de facilité : l’endettement public.

La lourdeur des prélèvements obligatoires et l’importance de la dette publique nous interrogent désormais sur la liberté. Sommes-nous des citoyens libres ou des individus assujettis contre leur gré à un État omniprésent, même s’il n’est pas omnipotent ? Qu’est-ce que la liberté lorsque les structures étatiques dépensent presque 60% du PIB ?

Liberté et sécurité

Les hommes ayant conquis leur liberté contre des pouvoirs politiques oppressifs, ils ont vite compris que la sécurité n’était pas au rendez-vous. Liberté et sécurité ne font pas toujours bon ménage. On sait que certains esclaves noirs employés comme domestiques dans les plantations du sud des États-Unis avaient un niveau de vie bien supérieur aux petits fermiers blancs, très pauvres mais libres. Alors, liberté ou sécurité ? Historiquement, le choix n’existait pas car l’individu, jusqu’au XVIIIe siècle, n’était qu’un élément du groupe ne disposant d’aucune autonomie.

Le développement économique occidental a radicalement modifié le rapport ente liberté et sécurité. Les richesses produites ont permis d’espérer la liberté dans la sécurité. Un nouveau problème surgit alors : l’exigence de sécurité et le principe même de la liberté individuelle ne sont-ils pas antagoniques ? Alexis de Tocqueville pensait déjà vers 1830 que la démocratie est davantage une demande d’égalité que de liberté. Pour lui, la recherche de l’égalité conduirait à une douce tyrannie de la majorité, très éloignée d’un pouvoir purement arbitraire mais pesant de tout son poids contre l’individualisme.

Le lien entre sécurité et égalité apparaît bien aujourd’hui. Pour assurer la sécurité de tous face aux grands risques de la vie (maladie, vieillesse, chômage) les démocraties ont créé des systèmes de protection sociale obligatoires. Par définition, ils limitent la liberté individuelle par leur caractère contraignant. Mais ils se substituent à l’entraide purement familiale ou aux bonnes œuvres des siècles passés, qui ne représentaient que le fruit de la bonne volonté.

Désormais, l’obligation de cotiser à des régimes sociaux a pour contrepartie des droits assurant incontestablement une sécurité bien meilleure. La solidarité institutionnelle obligatoire a ainsi remplacé la solidarité volontaire facultative. La sécurité de tous suppose l’égalité des droits face aux risques et se paye apparemment par la restriction de la liberté individuelle.

Développement économique et liberté

Le raisonnement ne peut se limiter à cette constatation. Pour une raison assez évidente : la « richesse des nations »  s’est considérablement développée depuis le XIXe siècle. Jusqu’au décollage économique occidental (fin XVIIIe siècle en Angleterre, courant XIXe siècle dans les autres pays d’Europe et aux États-Unis), la liberté individuelle n’existait pas parce qu’elle est une problématique de société riche.

La pénurie condamnait l’écrasante majorité des hommes à tenter de survivre et tous n’y parvenaient pas. La solidarité institutionnelle n’était pas envisageable à grande échelle faute de moyens pour la mettre en place. Le concept de liberté individuelle n’apparaît vraiment qu’au XVIIIe siècle. Auparavant, il fallait se soumettre à la volonté divine et se fondre dans le groupe. L’antique fatum dominait les esprits.

Liberté individuelle et développement économique sont indissociablement liés. La réduction du temps de travail, permise par les gains de productivité gigantesques obtenus dans l’agriculture et l’industrie, libère les hommes des sociétés riches tout autant que les déclarations de droits. Mieux, les déclarations des droits restent largement lettre morte en l’absence de développement économique.

Une telle affirmation ne revient pas à adhérer à la distinction marxiste entre libertés formelles et libertés réelles mais simplement à rappeler que l’avènement de la liberté ne résulte pas seulement du politique. Même si, par essence, toute liberté individuelle est un potentiel à utiliser ou non, à l’échelle du devenir historique, la science, la technique et l’économie ont une importance au moins aussi grande dans l’émergence de la liberté que les revendications politiques.

Contrairement à l’affirmation rousseauiste selon laquelle l’homme est libre à l’état de nature et enchaîné par la société, il apparaît que c’est la société qui libère l’homme lorsqu’elle parvient à offrir à tous un niveau de vie autorisant la liberté. Il semble même qu’à partir d’un certain niveau de développement économique, la liberté soit une simple résultante. De nombreuses dictatures ont disparu à la fin du XXe siècle, probablement en partie parce que leur économie imposait la liberté.

L’Espagne, le Portugal en sont des exemples. La chute de l’URSS et des dictatures de l’Europe de l’est résulte aussi de l’échec de leur système de planification rigide. La poursuite de leur développement imposait la liberté d’entreprendre qui induit les libertés politiques. Sans doute, la Russie n’est pas un modèle de démocratie, mais par rapport au totalitarisme soviétique, nul doute que les progrès de la liberté ont été considérables.

Jamais il n’y eut citoyens plus libres

Les hommes des sociétés occidentales actuelles sont les privilégiés de la liberté. Le niveau de développement économique leur assure l’exercice effectif des libertés politiques. La liberté d’expression, par exemple, prend tout son sens lorsque quiconque peut créer un blog pour s’exprimer ou rédiger des commentaires à la suite d’un article.

Dans le domaine économique, la sécurité juridique facilite l’exercice de la liberté d’entreprendre. Si les formalités de création d’une société anonyme sont lourdes, devenir auto-entrepreneur est par contre très simple. Jamais dans l’histoire la liberté individuelle n’a été aussi accessible. Voilà bien la plus belle raison de croire en l’avenir, de toujours se réclamer de la liberté et donc du libéralisme.

  1. Non la liberté d’expression n’est plus dans notre pays. Il est indispensable de passer par le « politiquement correct » au risque d’avoir des ennuis. Essayez donc de proférer la moindre parole à connotation raciale et vous voilà assailli par moult associations et les pouvoirs publics quand ce n’est pas l’appel au président de la république du pays dont il est originaire, d’un citoyen ayant connu une mort dramatique.

    Non la liberté c’est avant tout être libre d’énoncer ce qui vous paraît correspondre à votre schéma de pensée et ça en France aujourd’hui ce n’est pas possible. Un exemple : celui qui a traité Valls de con s’est vu condamner. Celui qui a été affublé par Sarkozy du même qualificatif n’a pas vu le président d’alors condamné à quoi que ce soit. Ne venez pas me dire que nous sommes libres…

  2. Le lien entre sécurité et égalité…
    Désormais, l’obligation de cotiser à des régimes sociaux a pour contrepartie des droits assurant incontestablement une sécurité bien meilleure.

    Certains retraités s’étant fait « Carsater » et ayant du vendre leur maison se sont aperçus à leurs dépends qu’ils n’étaient pas égaux aux autres fonctionnaires et n’avaient aucune sécurité financière comme promis. L’insécurité chassée par la porte est revenue par la fenêtre. Le système a tendance a se corroder de lui même.

  3. « Les hommes ayant conquis leur liberté contre des pouvoirs politiques oppressifs » … j’ai faillit m’étrangler en lisant cette phrase, prêt à pensé sorti tout droit de la propagande marxiste de l’éternelle lutte des classes reconditionnée version EdNat et propagande politiquement correct.

    Quelle liberté ?

    Celle de la conscription obligatoire et des marches collectives vers les boucheries napoléoniennes ou les sorties de tranchées ?
    Celle d’une vie de consommateur salarié endetté réduit à un numéro de sécu et à un numéro fiscal ?
    Celle d’avoir acquis la dictature sociale de se promener en bikini, d’afficher ses préférences sexuelles, mais de devoir cacher ses opinions religieuses et politiques ?
    Celle de voir dans le métro parisien le matin 95% des gens habillés de la même couleur grise, branchés sur le même smartphone, affichant le même dégout des odeurs du voisin en faisant bien attention à regarder ses chaussures pour ne pas risquer de le croiser du regard
    Celle d’avoir droit au même JT débile le midi, avec les mêmes applaudissement sur le tri des déchets, les métiers de misères qui perdurent la tradition, les mêmes cocoricos …

    « Liberté individuelle et développement économique sont indissociablement liés. »

    Oui pour la liberté au sens de Rousseau, celle qui concerne à faire n’importe quoi sans réfléchir, en espérant passer entre les gouttes et trouvant bien une excuse si on se fait prendre..

    La liberté n’a rien à voir avec « les pouvoirs politiques oppressifs » : tous les pouvoirs sont oppressifs et remplacer un pouvoir dans les mains de quelques uns par un pouvoir dans les mains d’autres ni change rien, sans ajouter que les pouvoirs occidentaux démocratiques n’ont fait que devenir de plus oppressifs une fois qu’ils ont compris comment se débrouiller avec l’Etat de Droit.

    Le libéralisme est un combat de tous les jours, et bien plus encore maintenant qu’il y a 200 ans, quand les gens comprenaient ce que liberté voulait dire.

    1. Rien ne m’agace plus que les donneurs de leçon agressifs à côté de la plaque.

      – Vous pensez que le conformisme est une absence de liberté (n’importe quoi !)
      – Vous considérez que s’opposer à la coercition étatique correspond à la lutte de classe marxiste (n’importe quoi, bis…)
      – Vous êtes convaincu que le consommateur endetté est dépourvu de liberté (n’importe quoi, ter…)
      – Vous ne comprenez pas pourquoi la liberté individuelle est corrélée au développement économique (n’importe quoi, quater…) : allez donc lire sur ce sujet les claires explications de Benjamin Constant dans un article publié aujourd’hui même par Contrepoints : http://www.contrepoints.org/2016/08/10/262638-benjamin-constant-critique-de-leducation
      – Enfin, comble du ridicule, vous nous expliquez que le libéralisme ne consiste pas à prôner la liberté contre le pouvoir politique oppressif (alors là, les bras m’en tombent… n’importe quoi, quinquies)

      et après toutes ces confusions ridicules sur la notion de liberté qui montrent que vous n’entendez rien au libéralisme, vous osez venir faire la leçon à l’auteur qui connait, contrairement à vous, la parfaite définition de la liberté qu’en donnent les auteurs libéraux !!

      Tenez, instruisez-vous : http://www.wikiberal.org/wiki/Libert%C3%A9

      1. « N’importe quoi » est un argument puissant !
        Pour lire les commentaires de Stephane Boulots depuis un moment, s’il y a bien quelque-chose dont on ne peut pas le taxer c’est d’être ignare en matière de libéralisme.
        Raphaël, vous auriez une argumentation un peu construite à apporter à vos affirmations ?

        Par exemple sur le point concernant l’absence de liberté pour un consommateur endetté ? Pour avoir vécu plusieurs fois dans ma vie d’adulte cette situation je peux témoigner de la perte considérable de certaines libertés quand on est endetté. Même légèrement. (oui, je sais, un témoignage n’est pas une preuve),

        1. C’est la confusion classique entre « liberté formelle » et « liberté réelle ». J’ai donné un lien à la fin de mon post précédent, vous y trouverez l’explication.

          1. J’ai lu l’article, et en particulier le paragraphe en question. Mais ce n’est pas le propos. Quand on est endetté, vraiment endetté, on perd véritablement beaucoup plus qu’une liberté formelle, qui est clairement entamée, ne serait-ce que psychologiquement. On perd bel et bien une liberté réelle, celle d’arbitrer entre certains choix (rembourser, manger, travailler, etc,).
            Il ne s’agit pas d’une vue de l’esprit ni d’un point de vue théorique mais bien d’un témoignage, à prendre pour ce qu’il est.

            Ceci dit, « N’importe quoi » reste quand même un argument étonnant 😉

            Merci pour le lien, Wikiberal est vaste, et le parcourir est un peu comme apprendre une langue avec un dictionnaire, un Bled et un Bescherelle : sans être guidé c’est un peu rébarbatif, malgré la qualité de la chose…

      2. Prôner la liberté contre un pouvoir politique oppressif n’a absolument rien à voir avec le libéralisme.

        Vous mélangez liberté et libération, constitution et révolution

        Wikiberal : « Le libéralisme est un ensemble de courants de philosophie politique visant à faire reconnaître la primauté des principes de liberté et de responsabilité individuelle sur l’autorité du souverain (que ce souverain soit un monarque ou le peuple).  »

        Le libéralisme n’est pas une philosophie de combat visant à libérer l’individu du pouvoir du souverain (ça c’est la base de la lutte des classes : la révolution visant à la libération), mais à instituer la primauté de la liberté individuelle sur le pouvoir, via une constitution de la société qui définisse et garantisse cette hiérarchie.

        La liberté n’est pas un but, mais un moyen. Elle ne s’est pas conquise : elle est intrinsèque à l’être humain, qui nait libre (DDHC article 1)

        Quite ensuite au système politique de la faire primer sur le pouvoir (DDHC article 2) ou de faire primer le pouvoir sur cette liberté, par l’oppression, mais aussi par la loi (fichu Rousseau et la dernière phrase de l’article 4 de la DDHC), par la démocratie, par la pression sociale ou morale ou par toute autre contrainte ou système visant à contraindre l’individu. cf définition de Locke ou Hayek sur la liberté négative.

        Cette vision de la libération, du messie politique qui dirait que la liberté aurait été « conquise » au fil de l’histoire est lassante et contreproductive, : elle transforme le libéralisme en théorie de la libération par les moyens en l’opposant à la théorie de la libération par l’action.

        1. Quel joli charabia qui tente de noyer le poisson…

          C’est bien gentil de nous citer les 1ères lignes de la fiche wikiberal sur le libéralisme… mais vous auriez dû poursuivre la lecture quelques ligne pour constater qu’il est clairement expliqué que le libéralisme est né… en prônant la liberté individuelle contre un pouvoir politique oppressif.

          Et sinon, concernant les 4 autres confusions que j’avais relevées, vous avez d’autres charabias d’une même acabit à nous proposer ?

          1. Il y a juste une énorme différence entre « Le libéralisme est né de .. » et « Les hommes ont conquis leur liberté … »

            Vous parliez de leçons et de confusion ?

            La conquête de la liberté est la thèse centrale de la lutte des classes et la liberté ne s’obtient que par la lutte contre l’exploitation du prolétariat par le capital et donc par extension des pouvoir politiques oppressifs, car « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes » – Marx et « Le domaine de la liberté commence là où s’arrête le travail déterminé par la nécessité » – Marx

            Absolument opposé aux auteurs libéraux qui pensent que l’histoire est une constante tentative humaine d’améliorer la condition humaine, principalement en réduisant les passions (principe de non agression, Etat régalien, primauté du Droit, etc..)

  4. La liberté est plus en danger quand elle est anesthésiée que lorsqu’elle est combattue…
    Elle n’est jamais conquise définitivement, comme la paix d’ailleurs…

  5. « la démocratie est davantage une demande d’égalité que de liberté. Pour lui, la recherche de l’égalité conduirait à une douce tyrannie de la majorité, très éloignée d’un pouvoir purement arbitraire mais pesant de tout son poids contre l’individualisme. »

    Le premier rôle de la démocratie est de défendre les minorités pour justement éviter une tyrannie de la majorité, sans cela ce n’est plus de la démocratie

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