Syndicalisme : la moitié des syndiqués français est prof ou soignant

Publié Par Éric Verhaeghe, le dans Travail & emploi

Par Éric Verhaeghe.

La DARES vient de publier des chiffres (insuffisants) sur les syndiqués en France. On y apprend que le taux de syndicalisation dans le secteur public est deux fois et demi plus important que dans le privé. On y apprend aussi que près de la moitié des syndiqués appartient aux secteurs de l’enseignement, du social et de la santé.

Syndicalisme : les chiffres insuffisants de la DARES

On a beau demander, comme dans toute démocratie qui se respecte, des données publiques de qualité, c’est-à-dire complètes, accessibles et réutilisables, les fonctionnaires de la DARES opposent une farouche résistance à la publication. Ils continuent à garder pour eux l’essentiel des données qu’ils collectent au titre des obligations de service public.

Le lecteur devra donc se contenter, pour comprendre les statistiques de la DARES, des extractions choisies par les DARES, sans accès aux données brutes. Par exemple, le nombre total de syndiqués n’est disponible, et cité en bas de page une seule fois dans l’étude, et certainement pas fourni par la DARES sous format Excel. On devra donc se satisfaire de l’interprétation de la réalité imposée par la DARES, sans accès aux données d’origine.

Il est quand même temps que cesse la paresse ou l’obstruction des fonctionnaires face à la démocratie !

Moins de 3 millions de syndiqués en France

Au total, les syndicats en France compteraient 2.995.000 adhérents. Ce chiffre inclut environ 400.000 retraités. La France compterait donc 2.600.000 salariés en activité adhérents d’un organisation syndicale, plus un certain nombre d’adhérents à des syndicats autonomes.

Rappelons que l’addition des salariés du secteur privé (16 millions), des fonctionnaires (5 millions) et des demandeurs d’emploi (3 millions) place le taux de syndicalisation moyen à moins de 11%.

Un taux de syndicalisation élevé pour les fonctionnaires d’État

L’intérêt des statistiques de la DARES est de montrer les différences de taux de syndicalisation par statut. Ce sont les personnels les moins précaires qui se syndiquent le plus ! Ce phénomène explique largement les raisons pour lesquelles les  insiders ont plus de facilité à imposer les normes qui les servent, et les outsiders tant de mal à obtenir des améliorations de leur condition.

Syndicalisme en France

Le graphique ci-dessus montre que le taux de syndicalisation moyen dans la fonction publique est de près de 20%, alors qu’il n’est que de 8,7% dans le secteur privé. Il atteint presque les 25% dans la fonction publique d’État, avec des taux importants dans l’éducation, la police et les impôts.

4% de syndiqués dans le bâtiment et l’hôtellerie

À l’inverse, la syndicalisation est très faible dans certains secteurs du privé :

Syndicalisme en France 2

Si la syndicalisation atteint les 18% dans le transport, les 12 ou 13% dans les banques et l’industrie, elle est quasi-inexistante dans le commerce, le bâtiment, l’agriculture ou la restauration.

On comprend mieux, là encore, la conflictualité sociale en France. En réalité, il faut des syndicats pour organiser les grèves. Et la récurrence des grèves dans les transports, par exemple, ou dans certaines usines, trouve son explication dans une meilleure implantation syndicale.

Les cadres du public plus syndiqués que les ouvriers du privé

La répartition catégorielle de la syndicalisation ne manque elle non plus pas de piquant. Elle montre que, dans la fonction publique, ce sont les cadres qui affichent le plus fort taux de syndicalisation, alors que, dans le privé, elle est la catégorie la moins engagée :

syndiqués

Ce phénomène tient largement à la syndicalisation des enseignants.

Inversement, les employés sont les moins syndiqués dans le public et dans le privé, exception faite des cadres. Là encore, une clé est donnée sur la physionomie des mouvements sociaux en France…

Syndicalisme : profs et soignants en tête de la syndicalisation

Par métier, ce sont les enseignants et les soignants qui sont les plus syndiqués :

syndiqués

Alors que l’industrie est écrasée par sa faiblesse démographique, ce sont donc les secteurs les moins soumis à la concurrence qui sont aujourd’hui les plus enclins à adhérer à une organisation syndicale. Ce sont aussi les secteurs les plus avares de modernisation…

CQFD.

Sur le web

  1. Ce ne fait quand même pas beaucoup en nombre mais en capacité de nuisance disproportionnée, oui et même énormément ! C’est juste inacceptable. Il va donc bien falloir revoir les pouvoirs exorbitant (par rapport à leur représentativité effective) des « syndicats » …

  2. C’est rigolo parce que je rapproche ça de la « main invisible » en économie où les acteurs économiques choisissent ce qui leur semble le mieux pour eux. Et clairement, presque tout le monde ne choisit pas d’être syndiqué. Même dans la fonction publique. Ce qui en dit long.

    1. on doit considérer un syndicat comme…une société d’assurance contre la mauvaise conduite d’un patron ( c’est ainsi qu’ils se vendent) , on souscrit ou pas.. en France c’est obligatoire (payé par les impôts ) mais il n’y a aucune prestations pour le souscrivant , normal , le contrat est passé avec l’état .le but du syndicat est donc de conserver ce contrat incroyable en maintenant un rapport de force et donc un pouvoir de nuisance maximum..but atteint évidement dans des secteurs stratégiques, administration , transport , énergie…et admirez le sort réservé aux autres , chômage , cadences infernales provoquées pas des lois syndicalement correctes …pour étendre son pouvoir

  3. c’est amusant de voir que les syndiqués ..sont dans des professions devenues épouvantables…à cause des …syndicats. le syndicalisme serait il une entreprise comme les autres en recherche permanente de clients et faisant tout pour créer les conditions nécessaires à son expansion ?

    1. +1 Voir mon message

  4. La SNCF, air France et Edf sont bien évidemment classes dans le secteur privé.

    1. Surement… Et la sécu aussi !!!… Et « la poste ??… Et ce ne sont pas les moins syndiqués

  5. Cela me semble normal.
    Les profs et les soignants sont les plus méprisés de cette société.
    Le service à la personne en tant qu’enseignant ou que soignant n’est pas « marchand » donc méprisable.
    J’ajoute quand même que si ces deux corporations sont dans cet état de délabrement c’est non seulement de la faute du politique qui ignore superbement ce qu’est une table démographique, (malgré de brillants diplômes ENA Sciences Po) mais encore plus de la faute des syndicats qui campés dans leurs certitudes n’ont JAMAIS innové dans rien se contentant de préserver ce qu’il est convenu d’appeler les « avantages acquis »……. enfin quand je dis …. »avantages » ….
    Entre 40 et 50 années de sclérose ça se paye un jour.
    Je sais ce dont je parle 40 ans de M.G.rural, 20 de syndicat, 20 d’ordre, ARS, 12 ans de conseil municipal, bureau départemental MODEM

    1. « enfin quand je dis …. »avantages » …. »

      Ca marche pas trop le syndicalisme chez les toubibs hein ? Blocage du tarif de la consultation depuis combien de temps déjà ? M’enfin tant d’année d’études pour meme pas le tarif d’une coupe de cheveux. heureusement que votre mode de rémunération va etre revu en fonction des objectifs comptables de la sécu -)

      1. Etre payé pour faire faire des économies à votre bourreau enfin un vrai projet professionnel ! -)

        1. Avis partagé

  6. 4% de syndiqués dans l’hôtellerie et les TP? Normal, les salaires et les conditions de travail sont si favorables qu’ils n’ont pas besoin de syndicats pour les défendre. Le syndicalisme tel que pratiqué en France est une bouffonnerie. J’ajoute qu’il faut beaucoup de caractère pour ne pas être syndiqué dans l’ednat par exemple. Les jeunes enseignants ou candidats à l’enseignement, sont soumis à un vrai chantage. Bon nombre d’enseignants s’en moquent un peu, mais comme ils adhérent à un syndicat, on les laisse tranquilles.

    1. Vous êtes bien péremptoire… Étonnamment, après 15 ans de restauration (salle et cuisine) et désormais 3 ans d’éduc nat (je suis désormais prof… et croyez le où pas obtenir le concours passé 35 ans quand on n’a pas suivi la voie classique est loin d’être une sinécure.) mon analyse est à l’exact contrepied de la votre. D’après mon expérience, il faut bien plus de courage (ou d’inconscience ) pour se syndiquer dans l’hôtellerie restauration (où l’on peut être amené à souvent changer de structure, si l’on a envie de progresser… (risquer de se faire blacklister pour syndicalisme affiché s’est un peu se tirer une balle dans le pied). Du coté de ma nouvelle profession, c’est tout l’inverse… les syndicats n’ont pas brillé par leur prosélytisme à mon égard, envers mes camarades de promotion… (alors bon parler de chantage…), en revanche leur influence sur l’obtention des mutations est notable (bien que souvent surestimée, parfois au grand dam des encartés par intérêt qui se font alors grands contempteurs de ces syndicats hypocrites – la force de caractère sans doute- :p ). Bien sûr tout ceci n’est qu’empirique…
      Quant à la bouffonnerie apparente du syndicalisme à la française , il est évident que le manque d’adhésion reste lié à un certain délabrement idéologique et des modes d’action périmés… Mais bon, la réflexion ne vaut pas que pour les syndicats de salariés dans ce pays.

  7. J’aime bien vos articles mais s’il vous plait arrêtez d’écrire CQFD à la fin de vos textes. Ca donne un ton pédant et arrogant et ça n’apporte rien aux raisonnements. Ca nuit vraiment au reste.

    1. Tres juste ! Inutile et dessert le fond…

  8. Vous avez raison se souligner l’insuffisance des données DARES et je peux vous en donner une raison: pour avoir assisté à la DARES il y a une quinzaine d’années au compte-rendu de Dominique LABBE et Dominique ANFOLFATO, les deux chercheurs du CNRS chargés de faire une enquête sur le syndicalisme en France, sur les résultats de leur enquête terrain, ils annonçaient moins de 5% de syndiqués en France dont l’essentiel condensé dans les services publics avec un taux de syndicalisation d’environ 20% donnant un taux des syndicalisation dans le secteur privé de 2,5% environ, bien loin du 8% actuel.
    Les gens de la DARES qui supervisaient la réunion étaient furieux et ils ont tout fait pour essayer d’étouffer ces résultats.
    Il est douteux que ce chiffre se soit amélioré depuis.
    B.Zimmern (IRDEME)

  9. marrant! de la a penser que l’Etat est l’employeur dont il faut le plus se proteger ……

  10. qqs remarques :
    -le nombre réel de chômeurs est très supérieur au 3 millions que vous indiquez
    -les syndicats surestiment toujours et volontairement leurs nombres d’adhérents
    -il est inacceptable qu’un syndicat puisse à la fois représenter les salariés du secteur marchand ET ceux de la fonction publique : c’est une imposture !
    -c’est l’état et donc le contribuable qui assure l’essentiel des moyens financiers des syndicats : qui paie commande !………..

  11. Ceux qui travaillent dur ne sont pas syndiqués.
    S’il y a un syndicat réformiste responsable, la majorité des syndiqués, hyper-protégés, sclérose le pays, pompe les forces vives du pays et, par corporatisme et égoïsme, plonge le pays dans un chômage de masse structurel.
    Ceux qui travaillent dur et ceux qui ne travaillent pas vont-ils s’unir, au moins le temps d’un vote, pour casser la machine infernale et les hommes politiques vont-ils prendre leurs responsabilités de défendre l’intérêt général et les plus démunis ?

  12. Lisez ceci ça vous fera du bien : https://www.youtube.com/watch?v=uhg0SUYOXjw. Pour votre culture.

    1. Une vidéo sur le revenu universel pour notre culture ?

      Il y’a 17 pages d’articles à ce sujet sur contrepoint :
      http://www.contrepoints.org/?s=revenu+universel

      Même si j’ai des opinions opposées, j’aime beaucoup les vidéos d’usul mais il gagnerait à se renseigner sur ce qu’est vraiment le libéralisme (non, BHL n’est pas libéral).

  13. La fonction publique se protège au maximum, malgré qu’elle soit privilégiée et nommée à vie. La France la traine comme un boulet.

  14. La démonstration est un peu courte… et le biais est un peu énorme. Cela tient sans doute au parti pris évident de l’article. Comment oublier en effet que le taux si faible de la représentation syndicale dans les secteurs de la construction, de l’Horeca, des telecoms (genre call center) puisse s’expliquer par la taille des groupes salariaux? Comment se syndiquer dans une entreprise familliale où le troisième employé est le fils du patron? Ou dans les secteurs où ne sont signés que des contrats précaires (construction, services)? On pourrait aussi bien, à partir des mêmes données, expliquer la précarité montante des emplois dans le secteur privé.

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