Présidentielles : la chasse aux candidats est ouverte

Publié Par Éric Verhaeghe, le dans Politique

Par Éric Verhaeghe.

Les élections présidentielles suscitent des vocations. À un an du scrutin, les candidatures pleuvent de façon de plus en plus impressionnante. Entre les candidatures annoncées, les candidatures possibles et les candidats en embuscade, le scrutin le plus important de la vie politique française se transforme en une sorte de corrida où le seul fait de se montrer en habit de lumière devient un enjeu en soi.

Ceux qui veulent et qui y vont

Dans la sphère des candidats, il y a d’abord ceux qui en rêvent et qui ont d’ores et déjà décidé d’y aller. À droite, on compte notamment Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan. À gauche, Jean-Luc Mélenchon s’est lui aussi déclaré. Cécile Duflot devrait ne pas tarder à en faire de même.

Tous ces braves gens ont bien compris qu’il valait mieux poser ses jalons avant que des esprits malins ne proposent d’organiser des primaires qui risqueraient de les bloquer.

Ceux que la primaire stimule

chasse aux candidats rené le honzecPour les Républicains comme pour les Socialistes, se dresse l’obstacle de la primaire, qui est aussi un stimulant puissant. Plus de 10 candidats chez les Républicains se disputent le bout de gras derrière un trio officiel de tête : Juppé, Le Maire, Fillon. Le Parti Socialiste se déchire sur le même sujet.

Au passage, la droite porte avec elle un boulet majeur. Les candidats à la primaire sont en effet convaincus que le vainqueur de cet exercice interne, qui aura lieu en décembre, sera automatiquement le vainqueur de la présidentielle elle-même. Le calcul repose sur l’idée que François Hollande est carbonisé dans l’opinion, qu’il ne dispose d’aucun rival crédible à gauche, et que le scénario du 21 avril 2002 se reproduira : un second tour disputé entre Marine Le Pen et le candidat des Républicains, et un report automatique de voix de la gauche sur ce dernier.

Bref, cette perspective stimule les ambitions.

Ceux qui se tâtent encore

L’idée d’une carbonisation de François Hollande ne domine pas seulement la droite. Beaucoup de gens à gauche pensent la même chose et se verraient bien en candidat alternatif. C’est discrètement le cas de Manuel Valls, et de moins en moins discrètement d’Emmanuel Macron. Ira, ira pas ? Ah ! le plaisir des interminables supputations statistiques pour estimer ses chances de gagner ou de perdre…

Les mêmes calculs occupent les Montebourg, Hamon et autres seconds couteaux qui ouvrent quotidiennement des poulets pour connaître les intentions du destin.

Le triomphe de la politique spectacle

Le drame français réside probablement dans cette perception opportuniste du pouvoir. L’instauration du quinquennat a profondément renforcé le phénomène. Une candidature aux présidentielles ne répond pas à un appel vital de l’intérêt général. Elle est une étape dans un cursus, un moment de notoriété, d’affirmation politique où un parti, une personnalité, signale ses ambitions et espère glaner quelques sièges aux législatives qui suivent.

La Vème République a glissé dans une logique définitive de posture et de « communication ». Il ne faut pas s’intéresser à la nation, mais faire carrière en marquant sa présence.

Bref, là où la France a besoin de renouveau, elle ne trouve que de la régression.

Sur le web

  1. drôle de corrida que celle ci , ou le nombre de spectateurs , donc d’électeurs , tournent le dos à tout ces politiques , qui vont se prendre une volée d’abstention justifiée d’ailleurs ; ils dégoutent les gens , tout ces élus , parce qu’éffectivement , la nation , ils s’en foutent ;

  2. Finalement, l’élection présidentielle conduit à un personnalisme excessif, amplifié par l’exposition médiatique. L’attrait pour le pouvoir et pour la gloire, peut dissoudre les meilleures intentions.
    Dans une démocratie, ne vaut-il pas mieux que le vote sur des décisions soit prépondérant?
    A l’heure des médias omniprésents et d’internet, notre Constitution est-elle encore adaptée? D’autant que le quinquennat donne la parole au peuple sur son avenir une fois tous les cinq ans…

    1. Ce n’est toujours pas un problème de constitution. On aurait des problèmes identiques avec n’importe quelle autre.
      C’est un problème de professionnalisation de la politique, ce qui existe depuis les romains et sans doute avant.
      Est-ce un mal ? Je ne sais pas.
      Nos politiques sont juste le reflet de la majorité des électeurs et la majorité se contre-fiche de la politique ou alors s’intéresse à la couleur de la cravate de l’élu.
      Le problème de l’élection est qu’il faut plaire au plus grand nombre, c’est mieux que de plaire au plus petit nombre et de décider que vous et moi sommes les seuls à décider de ce qui est bon pour les autres. Les autres n’étant pas d’accord avec cet avis, ça peut dégénérer.
      Choisir une personne pour vous représenter et décider à votre place est complexe, d’autant plus quand les pouvoirs politiques sont importants.
      Une bonne chose serait de réduire le périmètre de la puissance publique, mais ça ne réglerait pas tout.

      1. Je suis d’accord. On entend toujours « personnalité issue de la société civile », comme s’il existait un diplôme pour devenir politicien (bon en fait ça existe un peu mais bon, c’est pas officiel 😀 )

  3. Faut-il voir dans la photo une allusion quelconque, du fait que le gibier du chasseur est constitué de faisans (voir le sens familier du mot).
    http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/faisan/32716
    Ce que sont les bonimenteurs démagogues et populistes.

  4. Vous constatez le privation de democratie dans laquelle la V ieme nous enlise, quand defendrez-vous ouvertement une Vl ieme?
    Certe, on ne change pas simultanement les têtes et le système, mais peut-etre qu’au lieu de focaliser sur la betise des têtes, devrions nous nous attaquer a la racine du probleme: notre système.
    Personnellement il me semble que si nous ne sommes pas capable rapidement de sortir du tabou de deni de democratie et la nécessité de « sortir » de cette europe des bureaucrates, alors nous nous dirigeons vers des jours tres sombres.
    Bref, changer un systeme me semble plus democratique qu’attendre que les tetes tombent…et le realisme me pousse a imaginer que nos representants legaux verront le salut dans la constitution avant qu’en France aussi nous entendions Podemos ou Nuit debout parler de guillotine.

  5. le programme de tous partis politiques est identique :  » votez pour moi et je vous promets de vous retirer encore plus de libertés individuelles !  »
    Il parait qu’ils ne briguent pas les plus hautes responsabilités pour l’argent mais pour l’amour du pays ! Chouette , ils ne verront donc pas d’inconvénient à se faire rémunérer au smic , puisque c’est uniquement par amour pour la France !

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