Présidentielles : la chasse aux candidats est ouverte

Entre les candidatures annoncées, les candidatures possibles et les candidats en embuscade, le scrutin le plus important de la vie politique française se transforme en une sorte de corrida.

Par Éric Verhaeghe.

By: m01229CC BY 2.0

Les élections présidentielles suscitent des vocations. À un an du scrutin, les candidatures pleuvent de façon de plus en plus impressionnante. Entre les candidatures annoncées, les candidatures possibles et les candidats en embuscade, le scrutin le plus important de la vie politique française se transforme en une sorte de corrida où le seul fait de se montrer en habit de lumière devient un enjeu en soi.

Ceux qui veulent et qui y vont

Dans la sphère des candidats, il y a d’abord ceux qui en rêvent et qui ont d’ores et déjà décidé d’y aller. À droite, on compte notamment Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan. À gauche, Jean-Luc Mélenchon s’est lui aussi déclaré. Cécile Duflot devrait ne pas tarder à en faire de même.

Tous ces braves gens ont bien compris qu’il valait mieux poser ses jalons avant que des esprits malins ne proposent d’organiser des primaires qui risqueraient de les bloquer.

Ceux que la primaire stimule

chasse aux candidats rené le honzecPour les Républicains comme pour les Socialistes, se dresse l’obstacle de la primaire, qui est aussi un stimulant puissant. Plus de 10 candidats chez les Républicains se disputent le bout de gras derrière un trio officiel de tête : Juppé, Le Maire, Fillon. Le Parti Socialiste se déchire sur le même sujet.

Au passage, la droite porte avec elle un boulet majeur. Les candidats à la primaire sont en effet convaincus que le vainqueur de cet exercice interne, qui aura lieu en décembre, sera automatiquement le vainqueur de la présidentielle elle-même. Le calcul repose sur l’idée que François Hollande est carbonisé dans l’opinion, qu’il ne dispose d’aucun rival crédible à gauche, et que le scénario du 21 avril 2002 se reproduira : un second tour disputé entre Marine Le Pen et le candidat des Républicains, et un report automatique de voix de la gauche sur ce dernier.

Bref, cette perspective stimule les ambitions.

Ceux qui se tâtent encore

L’idée d’une carbonisation de François Hollande ne domine pas seulement la droite. Beaucoup de gens à gauche pensent la même chose et se verraient bien en candidat alternatif. C’est discrètement le cas de Manuel Valls, et de moins en moins discrètement d’Emmanuel Macron. Ira, ira pas ? Ah ! le plaisir des interminables supputations statistiques pour estimer ses chances de gagner ou de perdre…

Les mêmes calculs occupent les Montebourg, Hamon et autres seconds couteaux qui ouvrent quotidiennement des poulets pour connaître les intentions du destin.

Le triomphe de la politique spectacle

Le drame français réside probablement dans cette perception opportuniste du pouvoir. L’instauration du quinquennat a profondément renforcé le phénomène. Une candidature aux présidentielles ne répond pas à un appel vital de l’intérêt général. Elle est une étape dans un cursus, un moment de notoriété, d’affirmation politique où un parti, une personnalité, signale ses ambitions et espère glaner quelques sièges aux législatives qui suivent.

La Vème République a glissé dans une logique définitive de posture et de « communication ». Il ne faut pas s’intéresser à la nation, mais faire carrière en marquant sa présence.

Bref, là où la France a besoin de renouveau, elle ne trouve que de la régression.

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