Marxisme : une vision tronquée de l’homme

Publié Par Claude Robert, le dans Philosophie

Par Claude Robert.

Marxism By: rdesign812 - CC BY 2.0

Marxism By: rdesign812CC BY 2.0

 

On dit du communisme qu’il est mort, et du marxisme qu’il est périmé. Or, de telles déclarations ne seront vraies que lorsque ces idéologies auront véritablement abandonné les consciences. Jusqu’à ce jour, en France, force est de constater qu’elles ne se sont toujours pas retirées de la morale publique, du politiquement correct, de la mentalité de nos énarques, et des salles de rédaction de la plupart de nos médias.

Critiquer le marxisme reste d’ailleurs un exercice courageux, dans l’hexagone, car il est plutôt mal venu de s’attaquer à une telle cathédrale. Nombreux sont encore les intellectuels formatés selon cette utopie, incapables d’analyser la réalité sociale autrement qu’à travers la grille qu’elle a imposée à grand renfort de concepts abstraits. Et pourtant, il suffit de lire froidement les textes fondateurs du marxisme pour prendre conscience des impostures sur lesquelles celui-ci s’est construit.

Pour parler sans détour, la théorie marxiste souffre de plusieurs distorsions que l’on pourrait regrouper selon quatre catégories :

  • une analyse terriblement réduite de la réalité humaine
  • une analyse abstraite au mépris des faits
  • un ensemble de postulats mécanistes sans fondements
  • une approche globalisante et historique typique des idéologies totalitaires

Une analyse terriblement réduite de la réalité humaine

« Aujourd’hui, manifestation de soi et production de la vie matérielle sont séparées au point que la vie matérielle apparaît comme étant le but, et la production de la vie matérielle, c’est-à-dire le travail, comme étant le moyen (ce travail étant maintenant la seule forme possible mais comme nous le voyons, négative, de la manifestation de soi) » (L’Idéologie allemande, Marx et Engels).

Ainsi, l’humanité est-elle réduite à une société de travailleurs matérialistes dont la vie n’est que travail et les loisirs ne sont que consommation. Quelle terrible vision, qui passe sous silence toute possibilité de motivation qui ne soit pas matérielle, et tout épanouissement personnel, au travail ou ailleurs. Les humains ne sont que des travailleurs aliénés par le capital, qui consument leur vie à survivre matériellement parlant, pour le bien-être d’une caste ultra réduite. La passion d’un métier, la valorisation professionnelle, la possibilité de participer à des projets motivants ? L’épanouissement familial ou personnel ? La pratique des loisirs ? La foi religieuse ? Le dépassement de soi dans des activités sportives ou artistiques ? L’entraide ? De telles notions n’ont pas survécu à la sévérité de la grille d’analyse marxiste. À ce sujet, il est intéressant de se remémorer la fameuse échelle des besoins de Maslow. Cette échelle comporte 5 niveaux de besoins :

1) primaires physiologiques (survie)
2) de sécurité (stabilité, existence prévisible et non anxiogène)
3) d’appartenance et d’amour (affection d’autrui)
4) d’estime (reconnaissance et respect d’autrui)
5) de réalisation de soi (épanouissement individuel)

Pour Marx, le peuple n’a bien évidemment qu’une catégorie de besoins : la subsistance matérielle, ce qui correspond aux seuls deux premiers niveaux de l’échelle ci-dessus. Les autres besoins n’existent pas (on jugerait pourtant que de nombreux animaux se hissent jusqu’au niveau 3. Qui se trompe à ce point ? Maslow ou Marx ?

Une analyse abstraite au mépris des faits

Pour Marx, la société est constituée de l’infrastructure, composée des moyens de production et des classes sociales, et de la superstructure, qui englobe le droit, les idéologies, la morale, la science.

« Dans la philosophie marxiste, ainsi que Marx l’expose notamment dans la préface et dans l’introduction qu’il donne à sa Contribution à la critique de l’économie politique, l’infrastructure désigne l’ensemble complexe des forces productives et des rapports sociaux de production. Dans leur combinaison même, ces éléments agissent de manière décisive sur les superstructures, au premier rang desquelles se trouvent les formes institutionnelles ou les idéologies » (Encyclopédie Universalis).

Cette approche mécaniste et abstraite de la société humaine constitue bien évidemment un biais monumental. Car elle interdit toutes les nuances nécessaires à la description des pratiques humaines non dépendantes de la production, ou à la description de tout ce qui concerne les instances informelles de médiation entre les citoyens entre eux, avec l’État ou avec les entreprises.

Aucune place n’est également laissée aux actes gratuits (volontariat, altruisme, création, partages, etc…), au brassage social (mixité), ou même au hasard… De fait, l’humanité est réduite au strict statut d’une usine de gens aliénés par la production exigée par le capital. La société est reléguée au rang d’une entreprise grouillante de cols bleus serviles, tous avilis par la bourgeoisie capitaliste, sorte de monstre sans visage qui détient les moyens de production. Quant à l’Histoire, elle n’est que l’évolution de cette entreprise, en espérant que les travailleurs renverseront les propriétaires du capital pour rétablir un semblant d’humanité… On croit rêver, ou plutôt cauchemarder : l’Histoire est rétrécie sous la forme d’une simple lutte en termes d’appropriation de moyens de production et de rivalités des travailleurs contre le capital !

De même que loin d’être un progrès voire une libération, la division du travail est décrite comme un rapt, une suppression de la valeur ajoutée individuelle, une aliénation :

« En effet, dès l’instant où le travail commence à être réparti, chacun a une sphère d’activité exclusive et déterminée (…) tandis que dans la société communiste, où chacun n’a pas une sphère d’activité exclusive mais peut se perfectionner dans la branche qui lui plaît, la société réglemente la production générale, ce qui crée pour moi la possibilité de faire aujourdhui telle chose, demain telle autre, de chasser le matin, de pêcher l’après-midi, de pratiquer l’élevage le soir, de faire la critique après le repas, selon mon bon plaisir, sans jamais devenir chasseur, pêcheur ou critique » (L’idéologie allemande).

Sans surprise, le marxisme ne supporte pas l’idée que les individus deviennent dépendants les uns des autres, tellement ils ont tout à gagner de dépendre de l’administration centrale, elle-seule à même de répartir idéalement le travail pour le bien-être de tous ! Sans surprise, le marxisme ne veut rien voir de positif à la spécialisation et à l’efficacité des processus industriels. De telles sentences témoignent donc d’un mépris considérable pour la nature humaine. Si ce n’est de son incompréhension.

Quant à la propriété privée, comme Marx n’est pas avare en aliénations, elle en est une elle aussi, à croire qu’elle aurait été imposée de l’extérieur ! Ainsi Marx, dans ses Manuscrits, déclare t-il :

« Le communisme, abolition positive de la propriété privée (elle-même aliénation humaine de soi) et par conséquent appropriation réelle (non pas imaginaire mais réelle) de l’essence humaine par l’homme et pour l’homme ; donc retour total de l’homme pour soi en tant qu’homme social, c’est-à-dire humain… » (cité et commenté dans L’idéologie et l’utopie, Paul Ricoeur).

L’instinct de propriété multiséculaire de l’homme, la capacité à investir psychologiquement dans des objets dont les scientifiques ont démontré qu’ils constituent autant de prolongements de notre personnalité, autant de moyens d’expression de notre subjectivité, tout cela n’est qu’aliénation et doit être supprimé. Là aussi, le mépris, ou l’incompréhension de la nature humaine, donne le vertige.

Un ensemble de postulats mécanistes sans fondements

« Les pensées de la classe dominante sont aussi, à toutes les époques les pensées dominantes, autrement dit la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est aussi la puissance dominante spirituelle. La classe qui dispose des moyens de production matérielle dispose, du même coup, des moyens de production intellectuelle, si bien que, l’un dans l’autre, les pensées de ceux à qui sont refusés les moyens de production intellectuelle sont soumises du même coup à cette classe dominante.  Les pensées dominantes ne sont autre pas autre chose que l’expression idéale des rapports matériels dominants… » (L’idéologie allemande, Marx et Engels).

Alors que dire des progrès du syndicalisme depuis les débuts du capitalisme ? Comment se fait-il que des classes non dominantes aient pu imposer leurs comportements ne serait-ce que par la mode ou les arts ? Comment justifier par ailleurs le relativisme actuel, qui justement consiste à massacrer le système de valeurs dominant pour le remplacer par un aplanissement des goûts et des pratiques ?

Décrire une société de façon aussi rigide et mécaniste est aux antipodes du positivisme : la variable (A)(pensée de la classe dominante) impose le comportement de la variable (B)(les classes non dominantes). Certes, ce genre de dichotomie, ce manichéisme a l’avantage de la simplicité. Mais la réalité est tellement plus variée, riche, changeante, évolutive, compliquée… Cette approche mécaniste pour ne pas dire booléenne est donc totalement inopérante. Les classes sociales ne sont d’ailleurs pas des organismes vivants ayant conscience de leur existence et agissant continuellement à la défense de leurs intérêts. De telles affirmations sont sans fondements, à la limite du raisonnement paranoïde, ce travers pré-pathologique consistant à toujours tout ramener à des conflits entre une minorité dominante et l’immense masse de ses victimes. La théorie du complot n’est pas loin non plus !

Une approche globalisante et historique typique des idéologies totalitaires

Partant d’une vision matérialiste étriquée de l’humanité, le marxisme donne à celle-ci une perspective temporelle qu’il se permet ensuite de nommer : l’Histoire. En un tour de main, la vie quotidienne des individus, leur passé mais aussi leur avenir, tout cela est intégré dans une doctrine qui explique tout, qui donne du sens à tout, et qui prévoit même l’objectif final, une sorte de libération des travailleurs  de l’ensemble des aliénations dont ils sont victimes, grâce au… communisme et à sa lutte des classes :

« Tous les mouvements historiques ont été, jusqu’ici, accomplis par des minorités ou au profit des minorités. Le mouvement prolétarien est le mouvement spontané de l’immense majorité au profit de l’immense majorité » (Manifeste du parti communiste, Marx et Engels).

On retrouve donc ici les marqueurs de la pensée totalitaire tels que les a décrits Hannah Arendt (Le système totalitaire) :

  1. La prétention à tout expliquer
  2. La capacité à s’affranchir de toute expérience
  3. La capacité à construire des raisonnements logiques et cohérents permettant de créer une réalité fictive.

De fait, le raisonnement marxiste est fallacieux dans son ensemble, de ses fondations jusqu’en son aboutissement. Parce qu’il s’appuie sur une vision tronquée et biaisée de la réalité qu’il tente pourtant d’expliquer dans sa globalité. Parce qu’ensuite, cette vision, grâce à une grille conceptuelle aux antipodes du positivisme, s’affranchit de toute expérience. Enfin, parce que l’Histoire telle que proposée par le marxisme, donne un sens général à cette vision globalisante et biaisée de la réalité. À croire que la théorie marxiste ne découle pas d’une analyse sociétale effectuée sans a priori et avec le souci de l’exactitude scientifique, mais d’une religion dont les présupposés ont été ensuite inventés de toute pièce afin de la justifier dans son ensemble !

Dans la préface du livre l’Opium des intellectuels de Raymond Aron (Nouvelle Edition Pluriel), Nicolas Baverez cite cette phrase de l’auteur : « Il y a une activité de l’homme qui est peut-être plus importante que la politique : c’est la recherche de la Vérité ». Il est évident que la pensée marxiste n’obéit pas à cette recherche. Son succès n’en est donc que plus inquiétant.

Sur le web

À lire aussi :

  1. Il y a beaucoup de fantasme et de méconnaissance sur l’œuvre de Marx. D’une part parce qu’on confond souvent le capital et le manifeste du parti communiste, le premier étant une analyse du capitalisme au 19e (avec un travail de stat assez énorme), l’autre une commande de l’internationale communiste pour en dessiner un projet politique.

    La partie qui intéresse l’économiste, le capital, comme toutes les analyses et théories, part d’hypothèses et de simplifications pour aider à représenter un monde dans un contexte. C’est bien normal. Comparer Maslow et Marx n’est pas très opportun, l’un décrit l’ouvrier au 19e qui effectivement ne devait pas avoir beaucoup de loisir et de reconnaissance, l’autre la classe moyenne des 30 glorieuses.

    Après, ce qu’il reste de Marx aujourd’hui. Ce n’est pas tant l’utopie de la société communiste qu’Une analyse en lutte des classes qui s’effrite avec la montée de l’individualisme. Cependant les consciences de classe reviennent selon les époques, ce sont des cycles.

    Aussi et surtout, une description des mécanismes de la concurrence et des profits toujours d’actualité, qui permettent de schématiser parfaitement une crise telle celle de 2008.

  2. Une analyse très intéressante qui en appelle d’autres tant le monstre reste encore de nos jours captivant faute d’avoir fait l’objet de toutes les analyses critiques possibles. Il ne faut pas oublier que le marxisme se veut « scientifique » et qu’à partir de cette appellation, il s’impose aux yeux de ses partisans en quête d’une société « plus juste » comme vérité absolue. C’est une escroquerie car le marxisme est une théorie pseudo scientifique, et comme toute théorie pseudo-scientifique, c’est un mélange de vrais et de faux. A titre d’exemple, les classes sociales qui sont réelles et qui deviennent dans la vulgate marxiste les luttes de classe. Comme l’est aussi ce détournement de l’athéisme pour l’intégrer dans une vision messianique d’un prolétariat sensé libérer le monde de tous ses fantasmes. Pour le « Capital », il faut aussi dans cette étude faire la part de ce qui relève de la science et de ce qui ne l’est pas.

    1. P.L.jesuisunhommelibre

      L’aspect scientifique de la théorie marxiste est équivalente à la théorie raciale : Au départ, l’observation d’individus distincts un sénégalais et un suédois, et de Cresus et Diogene. A partir de là les pseudos théories construisent des catégories juxtaposèes et strictes alors qu’il s’agit en fait, dans les deux cas, de continuum.

      Il faut dire qu’à cette époque, la science est considérée comme aboutie, qu’il n’y a plus grand chose à decouvrir et que tout doit rentrer dans des cases : Les espèces animales et végétales, et donc les races et les classes. Depuis, la vision scientifique a évolué, les frontières sont devenues très poreuses, dans tous les domaines … sauf pour les marxistes qui croient encore a l’aspect scientifique de leur « religion ».

  3. À mon sens c’est le dernier point qui constitue le danger de cette idéologie .
    Pour le reste, les généralisations marxiennes sur la nature humaine et la société sont ni plus ni moins réductrices que celles de Smith, Basquiat ou autres, dans une vérité relative et mouvante par essence. C’est son manichéisme et sa haine de la liberté individuelle qui en font ce terrifiant outil de guerre civile…

  4. « À ce sujet, il est intéressant de se remémorer la fameuse échelle des besoins de Maslow. ».

    Sauf que lorsqu’on va regarder les études scientifiques qui testent d’une façon ou d’une l’aspect hiérarchique des besoin de la pyramide de Maslow, le résultat global est sans appel: c’est comme le marxisme, c’est du bullshit.

  5. Quelques pensées : Karl Marx et Adam Smith comme filiation aristotélicienne ?

    Rappelons à l’occasion, même schématiquement, les thèses opposées des atomistes grecs ( Héraclite, Leucippe, Démocrite, Epicure) et des aristotéliciens ( et stoïciens):
    – Aristote et la Thèse des causes finales: Aristote défend la thèse d’un « moteur premier » qui organise les parties du chaos en un Tout en fonction de causes finales ( cette conception se retrouvera tout au long de l’histoire occidentale, chez Maupertuis, Leibniz, Euler..pour ne citer qu’eux) ; cette manière de voir sera dénommée, par ces érudits aristotéliciens et stoïciens ( qui ignoraient évidemment le christianisme ..) :« providence divine » ( cf à Rome : Sénèque et Epictète, par exemple). La république de Platon ( régime autoritaire de type « one man one job » se situe dans cette galaxie finaliste.
    Ce finalisme s’accompagne d’ailleurs d’une croyance platonicienne en la survie de l’âme et en la métensomatose ( terme exact pour la métempsychose », dont Lucrèce, poète épicurien à Rome, dans « de rerum natura », fera une critique poétique, hilarante et très raisonnée..)

    – Les atomistes et la Thèse des causes efficientes : les « atomistes » grecs, quant à eux défendent la thèse de l’existence d’atomes ( il n’ y a que des atomes et du vide) se réunissant sous l’effet du hasard et de la nécessité, c’est à dire de l’absence de causes finales ( le hasard) et les liaisons plus ou moins solides entre les atomes ( nos lois de liaison chimique) ; s’ y adjoignent la non réversibilité du temps ( Héraclite), un athéisme prudent ou intégral, la non existence d’une âme sans support matériel, la non existence d’un Tout qui résulterait d’autre chose que de l’interaction des atomes deux à deux.

    Il est assez clair, pour un « moderne » -mais les penseurs grecs n’étaient t’ils pas déjà « modernes »- que le principe de « causes finales » se heurte à un fait, peut-être psychologique, mais surtout physique : la non réversibilité de la flèche du temps, c’est-à-dire la non existence de signaux physiques qui proviendrait du futur pour agir sur le présent.

    Leibniz qualifiera d’ « esprits forts », c’est-à-dire d’athées, les partisans des causes efficientes ( qui se passaient évidemment d’un Dieu finaliste..)

    Pour simplifier, je placerais deux grands auteurs politiques dans la descendance des Aristotéliciens finalistes :
    Marx et Adam Smith
    Tout d’abord, je note une grande parenté culturelle entre ces deux érudits, instruits par la culture classique, et dont l’idéal humain sous-jacent est celui de l’intellectuel grec, non aliéné par le travail et libre de chercher la ou des vérité(s) ( cette idée de la liberté de recherche grâce à des méthodes rationnelles industrielles devant à terme libérer l’humain de la servitude du travail court tout au long du XIXe siècle d’ailleurs…).

    Ces deux auteurs, qui réfléchissent initialement , ne l’oublions pas, à la désaliénation de l’homme ( mythe prométhéen), bien que peu ou pas « spiritualistes », à la fois idéalistes et très matérialistes ( voir la thèse de Marx sur Démocrite et Epicure) , tombent dans le piège de l’utilitarisme, de la « force supranaturelle » de « l’optimisation » – qui ne consiste en fait qu’en l’application de techniques mathématiques issues de la physique- et tombant évidemment sur « un bec » qui les oblige à fabriquer des théories de type « Weltanschauung » , respectivement dénommées « main invisible du marché » et « déterminisme historique par la lutte des classes » , c’est-à-dire des théories finalistes ( telles que « la marche du progrès » ou « la marche de l’histoire » par exemple) qui viennent se placer en forces explicatives, mais qui ne sont au fond que des substituts « athées » à des forces supranaturelles de type « moteur premier » aristotélicien ou « providence divine » stoïcienne, ou « causes finales » leibniziennes.

    Le « libéral » comme filiation atomiste ?

  6. « La capacité à construire des raisonnements logiques et cohérents permettant de créer une réalité fictive. »

    il suffit de lire la description de « l’utra-libéralisme » par les marxistes, du pur délire. On trouve par exemple des Naomie Klein qui nous explique que Friedman est une ordure à la tête du complot mondial pou imposer l’ultra-libéralisme dans les années 80. La théorie est cohérente en soit, mais c’est juste un bon gros non-sequitur, elle invente un ennemi pour ensuite le combatre.

    1. En citant Naomie Klein, vous choisissez une cible « facile », tant cette « auteure » est d’une vacuité braillarde flagrante.

      Ma propre critique ( et je suis entrepreneur libéral plutôt prospère) se résumerait à: ni le « Marxisme », ni  » la main invisible du marché (mondial) » ne sont libéraux.
      1°) Ils reposent sur des prémices finalistes, donc fausses ( voir supra)
      2°) Ils requièrent des contraintes légales, institutionnelles, ce qui contredit leur caractère « spontané », « naturel » ( si un tel caractère existait, aucune contrainte ne serait nécessaire cqfd..)
      3°) Un point pour le Marxisme: il tient compte de l’existence de « classes », c’est à dire de catégories socio économiques, entre lesquelles il est difficile de dire que des contradictions ( sans parler obligatoirement de luttes) n’existent pas.
      4°) La main invisible du marché (mondial), actuellement, vise à vendre – avec la complicité objective de tous les professionnels de la victimisation, y compris gauchistes- une économie « collaborative gagnant-gagnant- de bisounours humains ( type zombies des pays du Nord); le « christianisme laïcisé » de Marx ne dit pas autre chose.
      Il est d’ailleurs ironique de voir les « no borders » gauchisants prôner l’abolition des frantières comme le font les zélateurs du libre échange intégral.
      5°) Aucun des deux ne daigne accepter que les motivations humaines ressortent de bien autre chose que les satisfactions matérielles ( ce serait beaucoup plus simple, mais ce n’est pas le cas)

      6°) ces conceptions théoriques peuvent être, d’une certaine manière, renvoyées dos à dos, tant elles oscillent entre des calculs théoriques d’optimisation et des offres de salut et de rédemption.

      ……..Assez répugnant pour le « classical liberal » que je suis…

      1. @protagoras : En gros, vous vous opposez à « l’abolition des frontières », mais vous estimez que ceux qui souhaitent qu’il y ait des « contraintes légales » ce sont les « zélateurs du libre échange intégral »?

        C’est l’hôpital qui se moque de la charité…

        1. Je ne m’oppose à rien de particulier.

          Je décris simplement un fait qui m’a toujours frappé antérieurement : l' »internationalisme » des marxistes léninistes et des « libre échangistes » ( analogue, d’ailleurs, à celui des religions transnationales comme christianisme, Islam, bouddhisme)

          Plus immédiatement, les postures tout à fait identiques des gauchistes « no-borders » et par exemple, d’un Peter Sutherland ou d’un Soros

          ça ne vous frappe pas?…

          Quant aux contraintes légales imposées par les « zélateurs du libre échangisme intégrale », on ne peut nier qu’elles existent: si leur conception du « libre marché » correspondaient réellement à des tendances humaines « naturelles », il n’ y aurait nul besoin de lois pour les imposer.

          On peut en dire autant des zélateurs du protectionnisme , d’ailleurs.

          Mais force est de constater que devant la banale exportation du travail vers les lieux où il est le moins coûteux ( constat déjà dressé au XIXe siècle, et déjà constaté à l’époque de l’empire romain, nihil novi sub sole), des franges importantes de la population reviennent à des demandes, également banales, de protection…

          La lutte entre besoin de protection et besoin de liberté est , et sera, durable chez les humains, du moins les occidentaux ; les peuples où les individus ne se vivent que comme partie d’un Tout, majoritaires sur la planète, ne sont que peu touchés en profondeur par des revendications « libérales libertariennes ».
          Ne soyez donc pas étonné de voir l’adaptation, par exemple, d’un chinois ou d’un Hindou ou d’un Africain entreprenant à la « mondialisation »: ce qui l’intéresse dans celle-ci sont les opportunités offertes en termes d’affaires, pas la conquête d’une liberté individuelle ou d’une autonomie vis- à vis du groupe; croyez moi, ça il s’en fout.

  7. La théorie économique marxiste est essentiellement axée sur une analyse des rapports de production pour tenter d’affirmer que le but principal d’une entreprise, c’est de produire du profit sur le dos des prolétaires. Les rapports de distribution sont occultés. Les marxistes oublient que lorsque le prolétaire sort de son usine, il devient un consommateur, que ses choix pris tous les jours déterminent les règles du marché, que ses choix privilégient des entreprises et pénalisent les autres, donc l’avenir de ceux y qui travaillent (et pas seulement celui de leurs patrons). Cette liberté de choix,qui est disposé à s’en défaire alors qu’il est indissociable du système capitaliste que les marxistes condamnent ? Combien de personnes ont conscience des conséquences de leurs choix à chaque fois qu’elles se rendent dans une grande surface ? l’auraient-elles qu’elles ne pourraient éviter de favoriser certains et pénaliser les autres sauf de vivre dans un système totalitaire qui tenterait de résoudre cette quadrature du cercle en décidant à leur place pour imposer quel type de produit il faut consommer et quelle entreprise il faut protéger. C’est d’ailleurs ce qui a été tenté dans l’ex USRSS et on connait la suite de cette expérience de socialisme authentique.

  8. Je n’adhère pas au raisonnement présenté dans cet article, à savoir que le marxisme serait critiquable en ce qu’il ne prend pas en compte des aspirations autres que celle de l’homo economicus. Les Allemands de l’Est, après la réunification, ont bien au contraire été choqués de voir s’effondrer des mécanismes sociaux de communication, d’entraide, de soutien des plus défavorisés, en bref de solidarité sociale, au profit d’un « chacun pour soi » imposé par le nouveau régime.

    Pour moi, le problème fondamental du marxisme est systémique. L’économie de marché et la libre entreprise imposent un instrument de mesure, qu’on appelle vulgairement « profits » dans le camp adverse. Je me suis toujours amusé de demander aux marxistes, en leur mettant en main un bilan d’entreprise, de me montrer où est la ligne des « profits » ! Evidemment il y a divers instruments d’analyse de la performance économique d’une entreprise, la ligne « bénéfice » n’étant que l’arbre qui cache la forêt. Le noeud de l’affaire est qu’il y a un (ou des) instruments qui permettent de mesurer la performance de l’entreprise, et indirectement son efficacité sociale. Le marxisme n’en a aucun ! Le plan, le respect du plan, etc. ne sont que prétextes à diluer les responsabilités, masquer les échecs, exonérer les responsables des dits échecs de leurs responsabilités, et en définitive subordonner la sélection des élites dirigeantes au maniement de la langue de bois et à la construction de leur réseau personnel.

    Réduit à une critique matérialisme-humanisme, le socialisme pêche par défaut de prise en compte de la vraie nature humaine, qui pour la grande majorité des individus, est de prendre en compte son intérêt personnel plutôt que celui de la collectivité. Exprimé en termes systémiques, le système économique socialiste manque d’un feedback, lequel passe, comme tout systémicien le sait, par la mise en place d’instruments de mesure adéquats. Et vue que l’instrument de mesure, qualifié de « profit » par les marxistes, est honni et voué aux gémonies, il est évident que le feedback ne peut pas être mis en place.

    L’évolution de la Chine est symptomatique. M. Teng, avec son fameux « peu importe qu’un chat soit noir et gris, pourvu qu’il attrape les souris », a remis en selle la libre entreprise et l’économie de marché, donc le feedback comme structure de décision économique, tout en gardant la spécificité marxiste du système politique (dictature du parti unique…). En fait le pays a glissé en douceur d’un marxisme bon teint vers un régime fasciste. Qui y a pris garde ? Quelle claque pour les maoïstes bon teint, voire l’ensemble du « peuple de gauche » que de voir les performances économiques de la Chine !

    Reste à inventer, à mon avis, le système qui ménage les avantages du libéralisme économique et la nécessaire solidarité sociale. Un petit parfum de l’organisation de la société des pays européens nordiques, peut-être…

    1. Une remarque, jean Pierre.
      Vous citez en « inspiration » ( sans parlez d’exemple au sens propre), une sorte de « benchmarking soft » qui s’inspirerait des pays nordiques et de la Chine, puis-je vous faire remarquer qu’il s’agit d’un côté de Zombies luthériens et de l’autre de fourmis confucéennes, pays où l a « Société » ( encore une force supra naturelle!!) exige ( comme si une abstraction pouvait exiger!) la soumission, voire le sacrifice, de l’individu au profit de ce Tout social ( slogan actuel: « vivre ensemble » et « solidaires »): comme « vieil européen » gréco latin, mâtiné british, ces « inspirations » ne m’inspirent qu’une envie de fuite.

      Pour ce qui est des arguments tirés de la « cybernétique », ils me paraissent très « plaqués », dans la mesure où la cybernétique n’est qu’un « nouveau mot », du à Wiener, qui n’a fait que théoriser un peu plus ce qui était depuis longtemps connu des ingénieurs, mécaniciens, électroniciens et physiologistes sous les nom de « systèmes régulés » et « systèmes asservis », le feed back n’étant qu’un terme pour « variable de contrôle ».
      Que le « profit matériel » constitue une très bonne « variable de contrôle » de l’entreprise pour l’entrepreneur ayant le comportement « purement rationnel » ( et encore, c’est une tautologie car « rationnel » dans ce cas signifie  » qui « maximalise le profit ») , je suis assez d’accord.

      Mais résumer la « jouissance » ( obscur objet..) à la maximalisation du profit…. c’est se préparer à ne rien comprendre à des humains ayant encore l’idée du sentiment « libéral », c’est à dire de liberté.

      C’est pourquoi Adam Smith et Marx, qui initialement se préoccupaient du sentiment d’aliénation que pouvait engendrer la société industrielle, ont cru élaborer des solutions « holistiques finalistes » ( assez proches des préoccupations des « physiocrates » des lumières et postérieurs) , qui, évidemment, se plantent: gravement pour celles de Marx, moins spectaculairement pour celles de Smith moyennant les conséquences consubstantielles à la « cage de métal » de Weber.

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