Croissance de 1,1% : 2015, année de la reprise ?

Publié Par Philippe Lacoude, le dans Économie générale

Par Philippe Lacoude.

Michel Sapin (Crédits : Parti Socialiste, licence Creative Commons)

Michel Sapin (Crédits : Parti Socialiste, licence Creative Commons)

Dans une note1 du 29 janvier 2016, l’INSEE a annoncé que le PIB français a progressé de +0,2 % au quatrième trimestre 2015, ce qui porterait la croissance sur l’ensemble de l’année à +1,1 %.

Ce chiffre marque une amélioration qu’il convient de saluer. Au quatrième trimestre, selon les premières estimations, la production totale de biens et services s’est accélérée (+0,5 % après +0,3 % au troisième trimestre). Il est notable que l’industrie manufacturière soit la principale cause de cette embellie (+0,9 % après un troisième trimestre atone à +0,2 %). Seule ombre au tableau et sans grande surprise après les attentats de novembre, les dépenses de consommation des ménages ont baissé de -0,4 % au quatrième trimestre 2015 ce qui est regrettable après la hausse de +0,4 % au troisième trimestre.

Cette croissance de +1,1 % est aussi une amélioration après la croissance anémique de 2014 qui s’était finalement établie à +0,2 % pour l’ensemble de l’année. Autant dire nulle. On se souvient d’ailleurs de la saillie particulièrement gauche de Michel Sapin, ministre des Finances, qui avait déclaré à propos de cette dernière que « la croissance nulle, ce n’est pas grave » avant d’ajouter dans le même élan enflammé que « cela conforte toute la politique que nous menons aujourd’hui ».

Cependant, il faut noter que cette croissance de +1,1 % est très en deçà des prévisions initiales de +1,7 % pour 2015, tout comme en 2014, où François Rebsamen, ministre du Travail, déclarait encore à la mi-mai que « l’engagement qui est pris, +1,0 % sur l’année [2014], sera tenu ». Force est de constater que les rêves de Bercy ont souvent du mal à se réaliser.

Si ce chiffre de croissance est donc une nette amélioration par rapport à l’année précédente, fait-il de 2015, « l’année de la reprise qui doit s’amplifier » ?

Probablement pas.

Il faut tout d’abord constater que la consommation des administrations publiques continue de croître à un rythme supérieur à la croissance de l’ensemble de l’économie. Or, par des pratiques normalisées, mais discutables, de la comptabilité publique, ces dépenses sont comptées aux prix de marché, comme si les bénéficiaires des produits de l’administration les achetaient à prix coûtant. Une partie de l’embellie est donc la cause d’une croissance géométrique des dépenses publiques qui ont cru de +3,0 % pendant que l’économie ne croissait que de seulement +1,3 % au cours des deux dernières années.

Comme ces dépenses croissent plus vite que le PIB, à moyen terme, ceci implique une hausse des impôts ou une hausse du déficit (et, donc, de la dette publique). Or, les impôts aussi bien qu’une dette publique très élevée freinent la croissance de l’économie. Les derniers chiffres portent donc en eux les germes de difficultés à venir.

Ceci est d’autant plus préoccupant que lorsque la dette publique s’établit à 100% du PIB, il faut par définition croître à un taux supérieur ou égal au taux d’intérêt de celle-là pour la garder constante en termes de PIB. Avec des taux d’intérêt d’environ 2%, et en l’absence d’excédent budgétaire primaire, il conviendrait de doubler la croissance économique pour garder la dette constante en pourcentage du PIB.

Par ailleurs, la formation brute de capital fixe est quasi nulle. La France n’accumule plus de biens capitaux. Ceci est grave car l’accumulation de capital d’aujourd’hui fait la croissance de demain : c’est une conséquence de la fonction de production, une des bases que l’on enseigne aux étudiants de première année. En général, pour faire simple, on explique que la production est une fonction f(K, L) où K est le capital et L est le travail. La seule façon d’obtenir une hausse de la production est d’augmenter le travail (sa durée) ou le capital (les outils). Naturellement, si, disons, un menuisier ne travaille pas ou s’il travaille très dur mais n’a pas de capital, il ne produit rien. Et il ne suffit pas que nous doublions tous ses outils (i.e. K) pour que sa production double. Il existe une adéquation entre le capital et le travail, une structure de production idéale. Il ne suffirait pas de supprimer les 35 heures, i.e. d’augmenter L, pour que, soudainement, la croissance s’accélère durablement : sans accumulation de capital, un tel changement serait transitoire.

De ce fait, la France est dans une configuration économique où le capital est rare et où les investissements ne sont pas suffisants. Les graines de la future croissance économique, i.e. la formation brute de capital fixe, ne sont pas plantées. Il est donc illusoire de penser que la croissance va s’accélérer. Un taux de croissance de +1,1 % est probablement assez haut au regard des fondamentaux de l’économie française. Ce chiffre est, hélas, très en deçà de ce qu’il faudrait obtenir pour résorber le chômage de masse.

Il convient également de noter que la croissance décroît en tendance longue. Ceci est particulièrement vrai si nous nous intéressons à la croissance de la production per capita. Comme nous pouvons le voir sur le graphique ci-dessous, la croissance annuelle moyenne réelle per capita est passée de +4,6 % dans les années 60 à +3,1 % dans les années 70, à +1,8 % dans les années 80, à +1,5 % dans les années 90, à +0,5 % dans les années 2000, pour finir à un très médiocre +0,2 % par an pour cette décennie. En effet, la population française croît à peu près au même rythme que l’économie. Somme toute, même avec une croissance de +1,1 %, la part de chacun dans l’économie est, bon an, mal an, toujours à peu près la même en moyenne. Si un Français améliore son sort, nécessairement, un autre Français voit le sien se détériorer : ceci crée des tensions sociales constantes et il devient impossible de réformer une fois que l’ensemble de la population a vécu pendant 30 années sous un tel régime.

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Enfin, si la croissance de +1,1 % est meilleure que la moyenne de ces dernières années, elle est très faible au regard de celle du reste du monde. La France fait définitivement partie des mauvais élèves de l’OCDE. Comme nous pouvons le constater dans le graphique ci-dessous, peu de pays ont une croissance aussi faible et ceux-ci souffrent en général d’une dette publique considérable (Grèce, Italie, Japon) ou d’un secteur public hypertrophié. L’écart de niveau de vie se creuse avec certains pays comme les États-Unis, la Suisse, le Luxembourg ou le Canada.

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Dans une conjoncture mondiale que nous pourrions qualifier de cataclysmique, il sera donc très difficile de faire beaucoup mieux car un certain nombre de circonstances jouent contre une reprise française :

  • Tout d’abord, la lutte antiterroriste a un coût élevé tant pour l’État que pour les acteurs privés (qui ne peuvent plus vaquer librement à leurs activités productrices) : Time titrait récemment sur les coûts désastreux des attentats de novembre 2015 à Paris. Les dépenses policières et militaires, la perte de confiance des ménages, et les pertes touristiques risquent de plomber la croissance de l’économie (comme aux États-Unis après les attentats du 11 septembre) au moment même où le gouvernement aurait besoin d’une économie forte. En effet, « lutter contre la menace domestique nécessite en partie une économie dynamique capable de créer de vrais emplois », titrait récemment le Wall Street Journal à propos de la politique sécuritaire en France.
  • Ensuite, il y a indéniablement un ralentissement de l’économie en Chine et aux États-Unis. Tour à tour, l’OCDE, le Fond Monétaire International et le Conference Board ont récemment révisé leurs prévisions à la baisse. L’économie chinoise a crû à son plus faible rythme depuis 1990 : la deuxième économie mondiale va ainsi freiner le reste du monde en 2016. Pareillement, aux États-Unis, la faible activité du dernier trimestre a surpris de nombreux analystes : il n’est donc pas inconcevable que la croissance de l’économie s’établisse en dessous de 2% en Amérique du Nord au cours des deux prochaines années.

Dans un tel contexte, la crise économique française a probablement de beaux jours devant elle.

Lire sur Contrepoints notre dossier spécial économie

  1.  Cf. « Informations Rapides », INSEE, 29 janvier 2016, n°29, Principaux indicateurs, Comptes nationaux trimestriels – Première estimation du 4ème trimestre 2015, http://www.insee.fr/fr/indicateurs/ind123/20160129/PE154.pdf
  1. pour consommer il faut de l’argent ; c’est justement ce qu’il nous manque une fois que l’on a payé tout ce que l’on doit ;

    1. Paradigme socialiste: vous le paierez.

      De votre force de travail que vous marchandez
      contre monnaie trébuchante, celle que vous recevez
      de votre loisir qui ne convient pas à l’intelligensia,
      dans les hautes sphères, ils en font des dramas

      De vos bas de laine que vous stockez
      dans les banques, au fin fond de vos intérêts
      de votre patrimoine que vous croyez disposer,
      de vos dépenses, encore faut-il que vous les émettiez,

      du fruit de vos investissements
      payer, un éternel recommencement
      si vous pouvez encore vous le permettre,

      Et si au bout du compte il vous en reste,
      c’est que vous n’avez pas assez payé, dur de l’admettre.
      L’ère soviétique est revenue comme la peste

      Egaux parmi les égaux,
      quand tout va à l’égout
      plus rien ne se passe
      sans la main du socialo
      copain, copine,
      il y en a pour tous les goûts
      même si plus rien de lasse
      Recevront-ils alors le fruit de leurs rapines.

  2. Pierre Kirool (futur émigré)

    Pour sur, si la France a des performances économiques lamentables et en deçà des autres pays occidentaux c’est à cause du terrorisme et de la Chine. L’honneur est sauf.

    1. L’auteur parle de facteurs aggravant .

      1. Pierre Kirool (futur émigré)

        Certes, mais il ne faut pas se focaliser là-dessus. Le gouvernement, Hidalgo et les médias socialos en ont déjà trouvé une bonne excuse pour expliquer le fait d’une croissance de 1,1% et non pas supérieure à 1,5% comme annoncé.

  3. « C’est pas grave notre modèle social va nous sauver »
    Heureusement qu’il y a les charges et impots pour subvenir à nos besoins.

  4. Votre description reste flatteuse pour le pays. Si l’on intègre le hors-bilan, c’est la débandade immédiate 🙁
    Le hors-bilan a un coût non nul comme le reste de la dette. Avec le hors-bilan, la part non étatique fond comme neige au soleil 🙁

    1. Vous faites bien de rappeler les tripatouillages comptables de Bercy en citant les hors-bilan, une invention de Juppé que les Français aimeraient bien revoir à L’Elysée … J’ai écrit un billet sur mon blog qui en dit long sur la fausse croissance de l’économie française :
      https://jacqueshenry.wordpress.com/2016/01/29/le-pib-francais-11-en-2015-du-gros-enfumage/
      Toute vérité n’est pas bonne à dire mais il faudrait que les citoyens se réveillent au lieu de gober les mensonges des dirigeants politiques …

      1. Pierre Kirool (futur émigré)

        O_o c’est ahurissant. Et aucune sortie sans douleur possible…Y a t-il des pays occidentaux qui ne soit pas tombés dans la spirale de la dette?

  5. Le capital est rare en France, non pas par absence de capital, mais par une mauvaise allocation du capital (encore et toujours) par l’orientation de l’épargne
    vers la dette… Mais aussi par une fiscalité, une réglementation, un code du travail etc, qui dissuadent les investisseurs nationaux et étrangers .

  6. Toutes ses données macroéconomique sont assez flatteuse pour la France, mais beaucoup moins pour les français puisque le RNB par habitant lui décroit de manière assez sévère.

    Il est passé de 44 220 (USD courant) en 2011 à 42 960 en 2014.

    http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/NY.GNP.PCAP.CD/countries/FR–XS?display=graph

    1. Ce qui est logique puisque l’USD s’est apprécié par rapport à l’EUR entre 2011 et 2014.

    2. Vu la chute de l’euro, il faut regarder en $ PPA.

  7. On va vers un méga krach..

    Soldez les dettes si possible. Sortez tout le fric que vous pouvez.

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