COP 21 : le GIEC soutient le… nucléaire !

Publié Par Michel Gay, le dans Environnement

Par Michel Gay

Pixabay earth-Licence CCO Public domain

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Le résumé technique du rapport1 du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC2) confirme que l’énergie nucléaire fait partie de la solution pour réussir la transition énergétique.

Certes, c’est écrit avec quelques circonvolutions, et les antinucléaires se sont empressés d’amoindrir cette « horreur » en extrayant de ce long texte abscons (107 pages en anglais), uniquement les phrases soulignant les limites du nucléaire3.

Pourtant, le GIEC y mentionne bien que l’énergie nucléaire est une source mature pour la fourniture d’électricité à faibles émissions de gaz à effet de serre et qu’elle pourrait contribuer de manière croissante à la fourniture d’énergie à bas carbone. Afin qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, tout ce que le GIEC indique à propos du nucléaire dans ce rapport, y compris ses limites et son potentiel d’évolution, est inclus dans l’annexe à cet article (extraits traduits en français)4.

Voici quelques extraits :

« Les scénarios atteignant des concentrations atmosphériques d’environ 450 à 500 particules par million d’équivalent dioxyde de carbone (ppm CO2 éq), d’ici à 2100, sont caractérisés par un triplement, voire un quadruplement de la part globale de l’approvisionnement provenant de sources à zéro et faible teneur en carbone, telles que les énergies renouvelables, l’énergie nucléaire, les énergies fossiles avec captage et stockage du CO2 (CSC), et de la bioénergie avec CSC (BECCS), d’ici à 2050, par rapport à 2010 »,

« les seules réductions de la demande ne seraient pas suffisantes pour atteindre des niveaux d’environ 650 ppm de CO2eq, ou moins, d’ici 2100 »,

« La fourniture d’énergie à zéro et à faible intensité carbonique inclut les énergies renouvelables, l’énergie nucléaire, les énergies fossiles avec CSC, et de la bioénergie avec CSC (BECCS) ».

« Le secteur de l’approvisionnement en énergie offre une multitude d’options pour réduire les émissions de gaz à effet de serre( GES). Ces options comprennent :
(…) les technologies d’approvisionnement en énergie à faible émissions de GES, comme les énergies renouvelables, l’énergie nucléaire, et les énergies fossiles avec CSC. »

Le graphique de la page 105 du rapport montre que l’investissement prévu est de plusieurs dizaines de milliards de dollars par an dans le nucléaire dans le monde.

Ainsi, pour éviter les risques d’un réchauffement global de la planète, il serait donc bienvenu de tirer parti, aussi, des possibilités offertes par le nucléaire. La Ministre de l’écologie et de l’énergie, madame Royal, déclare même que l’énergie nucléaire est une énergie «nécessaire pour réaliser la transition énergétique»5.

Or, notre loi de transition énergétique votée en août 2015 est incohérente : elle reconnaît que le nucléaire fait partie de l’avenir, mais elle n’ouvre aucune perspective sur le parc existant, ou sur les nouvelles constructions. Au contraire, elle souhaite limiter la capacité de production nucléaire d’électricité à 50% en 2025.

Fixer des limites arbitraires et rigides, dans un contexte d’incertitudes énergétiques, peut se révéler contre-productif en affectant la compétitivité du pays, ainsi que le pouvoir d’achat des Français.

L’énergie nucléaire permet de garantir à moindre coût la sécurité d’approvisionnement en électricité de la France. Elle doit être préparée pour des scénarios plus optimistes de redressement industriel, de croissance démographique, et d’électrification de nouveaux moyens (transport, chauffage par pompe à chaleur…).

Cette loi de transition énergétique semble vouloir satisfaire des intérêts mercantiles et politiques à court terme, au détriment de l’avenir énergétique de notre pays. Prendre des décisions sur une base idéologique pour soutenir inconsidérément les énergies renouvelables, tout en limitant la production d’électricité nucléaire, revient à casser un outil industriel éprouvé, économiquement performant et à augmenter les émissions de gaz à effet de serre.

Cette pathétique gabegie se déroule sous les yeux amusés de nos concurrents et partenaires (?) (Chine, Russie, Inde, États-Unis) qui investissent dans le nucléaire. Le GIEC inclut aussi le nucléaire parmi les solutions d’avenir en écrivant : « le nucléaire pourrait contribuer de manière croissante à la fourniture d’énergie à bas carbone ».

  1. Rapport du Groupe 3 du GIEC présenté le présenté le 27 septembre 2014. http://www.ipcc.ch/pdf/assessment-report/ar5/wg3/ipcc_wg3_ar5_technical-summary.pdf
  2. IPCC en anglais (International Panel on Climate Change). Remarque : le terme « expert » ne figure pas dans la version originale et a été rajouté dans la traduction française.
  3. Exemple : http://journaldelenergie.com/climat/le-giec-est-il-favorable-au-nucleaire/
  4. ANNEXE

    Extraits de tous les passages du rapport du groupe 3 du GIEC mentionnant le nucléaire :
    Page 53 : « Les scénarios atteignant des concentrations atmosphériques d’environ 450 à 500 particules par million d’équivalent dioxyde de carbone (ppm CO2 éq), d’ici à 2100, sont caractérisés par un triplement, voire un quadruplement de la part globale de l’approvisionnement provenant de sources à zéro et faible teneur en carbone, telles que les énergies renouvelables, l’énergie nucléaire, les énergies fossiles avec captage et stockage du CO2 (CSC), et de la bioénergie avec CSC (BECCS), d’ici à 2050, par rapport à 2010 ».

    Des études indiquent un grand potentiel de réduction de la demande d’énergie, mais indiquent également que les seules réductions de la demande ne seraient pas suffisantes pour atteindre des niveaux d’environ 650 ppm de CO2eq, ou moins, d’ici 2100 .

    Page 56 : « La fourniture d’énergie à zéro et à faible intensité carbonique inclut les énergies renouvelables, l’énergie nucléaire, les énergies fossiles avec CSC, et de la bioénergie avec CSC (BECCS) ».

    Page 69 : « Le secteur de l’approvisionnement en énergie offre une multitude d’options pour réduire les émissions de gaz à effet de serre( GES). Ces options comprennent :
    – l’amélioration de l’efficacité énergétique,
    – la réduction des émissions dans l’extraction des combustibles, ainsi que dans la conversion d’énergie et dans les systèmes de distribution,
    – le remplacement des combustibles fossiles,
    – et les technologies d’approvisionnement en énergie à faible émissions de GES, comme les énergies renouvelables, l’énergie nucléaire, et les énergies fossiles avec CSC.

    La décarbonisation (c’est à dire, la réduction de l’intensité carbone) de la production d’électricité est un élément clé des stratégies d’atténuation efficaces pour atteindre de faibles niveaux de stabilisation (430 à 530 ppm CO2eq). Dans les scénarios de modélisation les plus intégrés, la décarbonisation se réalise plus rapidement dans la production d’électricité que dans les bâtiments, les transports, et les secteurs de l’industrie. Dans la majorité des scénarios d’atténuation atteignant environ 450 ppm de CO2eq d’ici 2100, la part de l’approvisionnement en électricité à faible émission de carbone (comprenant les énergies renouvelable, l’énergie nucléaire, les combustibles fossiles avec CSC, et BECCS) augmente. Elle passe d’environ 30% actuellement à plus de 80 % d’ici 2050.

    L’énergie nucléaire est une source mature de production de base, et à faible émission de GES, mais sa part dans la production mondiale d’électricité a diminué (depuis 1993). L’énergie nucléaire pourrait apporter une contribution croissante de l’approvisionnement en énergie à faible émission de carbone, mais il existe des obstacles et des risques ».

    Page 70 : « L’énergie bas carbone comprend le nucléaire, les énergies renouvelables, les combustibles fossiles avec CSC et la BECCS.
    L’électricité nucléaire représentait 11% de la production d’électricité dans le monde en 2012 alors qu’il atteignait 17% en 1993. Donner un prix aux externalités, telles que les émissions de GES (tarification du carbone), pourrait améliorer la compétitivité des centrales nucléaires.

    « Les obstacles et les risques liés à une utilisation accrue de l’énergie nucléaire comprennent :
    – les risques opérationnels et les problèmes de sécurité associés,
    – les risques des mines d’uranium,
    – les risques financiers et réglementaires,
    – les questions de gestion des déchets non résolus,
    – les problèmes de prolifération de l’arme nucléaire,
    – et l’opinion publique défavorable.

    De nouveaux cycles de combustible et technologies de réacteurs concernant certaines de ces questions sont en cours de développement. Des progrès ont été réalisés concernant l’élimination des déchets et la sécurité. Des recherches sur les scénarios d’atténuation ne dépassant pas 580 ppm d’équivalent CO2 ont montré que l’exclusion de l’énergie nucléaire des technologies disponibles se traduirait par une légère augmentation des coûts d’atténuation par rapport à la gamme complète de la technologie. Si d’autres technologies, telle que la CSC, devaient être réduites sous les contraintes, alors le rôle de l’énergie nucléaire deviendra plus important.

    Page 104 : L’investissement dans les technologies de production à faibles émissions (renouvelables, nucléaire, et les centrales avec CSC) devrait augmenter de 147 milliards de dollars par an au cours de la période 2010 à 2029, en combinaison avec une augmentation de 336 milliards de dollars en investissements dans l’efficacité énergétique dans les secteurs du bâtiment, des transports et de l’industrie ».

  5.  Déclaration de Ségolène Royal, Ministre de l’écologie et de l’énergie, lors de la présentation du projet de loi (juin 2015)
  1. le ‘problème’ posé par le climat n’est pas un choix entre plusieurs types d’énergie mais comment faire dépenser plus en investissements :
    vous mentionnez qu’il faudra quelques dizaines de milliards dans le nucléaire…la COP21 prévoit des centaines de milliards dans le renouvelable sous la contrainte….a votre avis , qui va gagner l’estime des banquiers ?
    la rentabilité a de l’importance pour celui qui sort l’argent mais lorsque l’argent ne coute rien d’autre que l’appauvrissement des populations au profit d’un petit cercle d’amis ………….où est le problème ?

    1. au profit d’un petit cercle d’amis avec des retours juteux en perspective… La quasi-mafia …

    2. Par rapport aux 1000 milliards dépensés en Europe pour des renouvelables qui produisent toujours quasiment rien?
      On se demande qui coûte le plus à qui…

  2. Ah ! Un nouvel article. Les conards parlent aux conards.

    Rappel à propos de NKM :

    http://fr.irefeurope.org/La-ministre-et-les-tsunamis,a0573

    « Les effets ravageurs des excès de CO2 dans l’atmosphère sont déjà là : pas moins de 250 millions de femmes, d’hommes et d’enfants sont frappés chaque année par des tsunamis, des cyclones ou d’autres formes moins soudaines de catastrophes climatiques, notamment la montée des eaux ou la désertification de certaines régions. »

    (Extrait des oeuvres de NKM parue dans « les Echos » du 18 Décembre 2009.)

    C’est qui les conards, ceux qui gobent n’importe quoi, ou ceux qui ont des doutes. Les politiciens manipulateurs ou les français qui ont d’autres problèmes et sont déjà écrasés par les impôts ?

  3. Un article intéressant sur le thème.
    http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/lettre-ouverte-des-connards-de-climatosceptiques-a-madame-kosciusko-morizet-514237.html
    Notez ce « détail » intéressant quand au mandat du GIEC :
    « Il y a urgence aujourd’hui à développer une recherche climatologique qui puisse tenir compte de toutes les hypothèses, liées à l’activité humaine et naturelles, de façon à pouvoir les pondérer, et donc réaliser des projections plus fiables. Cette recherche, qui échappe par construction au scope du GIEC (lequel doit par mandat s’en tenir à l’hypothèse de la responsabilité humaine) trouve évidemment du mal à se financer (…) »

  4. Nous sommes en 2015, et Michel Gay découvre l’existence des rapports du GIEC !
    Le nucléaire y est préconisé comme partie du mix énergétique depuis 1990.

    1. Sauf que là, les renouvelables ne peuvent plus y arriver seules car seul 8 des 1200 scénarios du GIEC pour rester en dessous des +2°C peuvent le réussir sans nucléaire.

      1192 scénarios, où le nucléaire est nécessaire pour rester sous les +2°C, non relayés dans la presse où seul le 100% ENR est « conseillé », on se demande pourquoi.

  5. La campagne de communication pour ce grand raout est lancée. Par exemple, Le Point ne nous a jamais abreuvé en une journée d’autant d’articles sur le Réchauffement Climatique, bien sûr, tous très pessimistes.
    J’ai peur pour mon porte-monnaie….

  6. La dernière bien bonne : l’OCDE revoit à la baisse les perspectives pour la France de réduction des déficits et de diminution du chômage. Elle préconise donc de réduire les dépenses publiques, diminuer les charges des entreprises et … d’augmenter les taxes écologiques !

    En matière de foutage de gueule, Hollande n’est qu’un amateur.

    1. L’OCDE, c’est y pas l’Organisation Communiste de Distribution Étatique ❓

  7. Le giec soutient le nuke ? Les écolos vont alors dénoncer le giec.
    Tant mieux.

    1. Il serait temps que les écologistes comprennent que leur pire ennemi sont les écologistes.

  8. Bah, s’ils étaient sérieux sur la lutte contre le réchauffement climatique et qu’ils croyaient vraiment ce qu’ils racontent, ils interdiraient les déficit budgétaires (bah oui, la dette privée c’est assez délicat à contrôler, pas la dette publique, et la dette c’est plus de consommation, plus d’énergie donc plus de CO2), interdiraient progressivement les carburants fossiles et donc le choix serait uniquement entre moulins à vent (pas efficaces), panneaux solaires (pas du tout efficaces), hydroélectrique (pas mal mais contraint par l’environnement) et nucléaire (cher au départ, mais top après, mature, sûr, toussa).

    Mais l’important c’est pas la lutte contre le « réchauffement » ou « changement » climatique, n’est-ce pas… mais bien de mettre en place un gouvernement mondial de gauche et de lutter contre le capitalisme de marché, seul rempart contre l’omni-puissance des politiciens de tous bords. En empochant au passage des centaines de milliards en taxes diverses, que les gogos avalent d’autant mieux qu’il faut « sauver la planète ».

  9. Ni, scientifiques, ni climatologues, ni médecins… EELV le plus gros parti climatosceptique de France.
    Si ça prouve pas qu’ils sont avant tout anti-scientifique et obscurantiste.

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