Seigneuriage : Pourquoi la Banque Centrale ne prête pas à l’État
Publié le 5/06/2012
Pourquoi le mode de financement du déficit public interdit par la fameuse loi de 1973 est-il machiavélique ? Parce que, économiquement inefficace, socialement problématique et profondément antidémocratique, il ne présente que l’intérêt de taxer le peuple sans qu’il ne le réalise.
Par Acrithène.
Plusieurs de mes amis m’ont déjà interrogé sur l’interdiction que s’est imposée en 1973 l’État de se financer gratuitement auprès de sa Banque Centrale. Une interdiction réaffirmée en 1992 par le Traité de Maastricht. La toile regorge en effet de vidéos très convaincantes expliquant toute la crise de la dette publique par cette interdiction, tandis que l’apparente absurdité de cette loi est rappelée par certains politiciens populistes.
Face à cette aberration soi-disant évidente, deux choses devraient pourtant nous mettre la puce à l’oreille. La démagogie notoire des politiciens promettant l’abrogation de cette loi, et l’implication que tant de grandes démocraties du monde seraient profondément masochistes.
Dans cet article, j’essaierai de vous montrer en quoi ce mode de financement du déficit public est machiavélique. Économiquement inefficace, socialement problématique et profondément antidémocratique, il ne présente que l’intérêt de taxer le peuple sans qu’il ne le réalise.
Deux règles de base
Ce billet repose sur les relations qu’entretiennent le PIB, la quantité de monnaie en circulation, et les prix. Plutôt que de me lancer dans de fastidieuses démonstrations mathématiques, je vous demande d’admettre les deux résultats simplifiés suivants. Je les juge assez convaincants pour me passer d’assommantes équations.
1. La personne qui dispose de 20% de la monnaie disponible détient 20% du pouvoir d’achat de la nation.
2. On ne crée pas de nouveaux biens par le simple fait de créer de la monnaie.
L’effet de l’impôt
Admettons maintenant que l’État saisisse par l’impôt 30% de la monnaie de ses citoyens. Leur pouvoir d’achat s’en trouvera amputé d’une égale proportion.
L’effet du prêt de la Banque Centrale
Imaginons ensuite que le gouvernement emprunte à la Banque Centrale une quantité de monnaie égale à 10% de celle déjà en circulation. Pour faire ce prêt, la Banque Centrale émet de la nouvelle monnaie. Si l’ancienne quantité de monnaie était égale à 100€, la nouvelle est alors de 110€. Donc les parts de chaque protagoniste dans la masse monétaire totale ont changé.
- Les citoyens en possèdent désormais 70*(100/110)=64%
- Et donc l’État détient le reste, soit 36%. Décomposable ainsi :
- Impôts : 30*(100/110)=27%
- Nouvelle monnaie : 10/110=9%
D’où une nouvelle décomposition du pouvoir d’achat de chacun.
Comment les citoyens ont-ils concédé des richesses à l’État sans avoir payé de nouvelles taxes ? En fait, l’émission monétaire à richesse réelle constante a provoqué une hausse proportionnelle des prix. Bien que ma démonstration par proportions se passe des prix, c’est pourtant leur hausse qui accroît la pression fiscale sur les citoyens.
Les économistes, mais aussi les faussaires, connaissent ce mode de taxation depuis des siècles. On l’appelle « Seigneuriage ». Le seigneuriage est le privilège par lequel l’émetteur de la monnaie peut capter une partie des richesses de manière invisible, et illégale quand c’est un faussaire. Il constituait un privilège féodal que les grands vassaux ont cherché à préserver de l’autorité royale à travers le Moyen-âge. La place du dollar dans le système monétaire international de Bretton Woods à la sortie de la Seconde Guerre mondiale constitue un exemple historique plus récent des abus du seigneuriage. Dans ce système, les transactions internationales devant être payées en dollars, et les États-Unis disposant du droit exclusif d’en imprimer, ils bénéficiaient, selon la formule de Jacques Rueff, du "merveilleux secret du déficit sans pleurs qui permet de donner en dollars sans les prendre dans les caisses, de prêter sans emprunter et d’acquérir sans payer."
Pour le gouvernement, le seigneuriage présente une qualité fiscale précieuse : il est fourbe et invisible. Pour l’économiste, il constitue en revanche une absurdité. En effet, dans notre exemple, un impôt traditionnel de 36% aurait le même effet en termes de prélèvement de richesse aux citoyens, mais éviterait les effets néfastes de l’inflation.
Une dette sans existence "réelle"
Dans mon raisonnement, je n’ai jamais pris en compte l’apparition d’une dette et j’ai au contraire mis en évidence un impôt invisible immédiat. Où est donc passé l’apparition de la dette dans ma démonstration ?
En vérité, ce mode de financement de l’État n’a de dette que le nom. Cette dette est totalement virtuelle, elle n’existe pas. C’est d’ailleurs pour cela que les défenseurs de ce mécanisme peuvent affirmer sans risque que, sans sa disparition, la France n’aurait pas de problème de dette publique. Le seigneuriage transforme le déficit public en impôt immédiat via l’inflation. En fait, il évite de manière sournoise l’existence même d’un déficit public "réel".
Je vous propose trois preuves que ce mécanisme empêche la création d’une dette "réelle". Une perspective juridique, un point de vue financier, et une preuve de bon sens.
- Juridiquement, une dette est une obligation de payer quelque chose avant une certaine date. Ici cette obligation de rembourser n’existe pas vu que c’est tout au contraire le prêteur qui a l’obligation légale de reprêter.
- Pour le financier, c’est un peu la même chose. Je reçois un prêt sans intérêt que je peux rembourser quand je veux. Conserver ma dette ad aeternam n’a aucun coût. Une telle dette n’a donc aucune valeur économique. On peut l’ignorer.
- Enfin, une dette est toujours vis-à-vis de quelqu’un d’autre. Ici, la Banque Centrale serait une dépendance de l’État. Or l’État ne peut avoir de dette vis-à-vis de lui-même. Cela va à l’encontre du bon sens.
Finalement, si la dette a une existence administrative sans existence concrète, c’est bien qu’un impôt la compense de la plus concrète des manières, fusse-t-elle inconnue de l’administration fiscale.
Pourquoi le seigneuriage est tout sauf un impôt "social" ?
Comment cet impôt touche-t-il les citoyens ? La richesse prélevée est strictement proportionnelle au pouvoir d’achat. Aussi sa cousine la plus proche s’appelle-t-elle la TVA, qui à défaut d’être aussi invisible que le seigneuriage est souvent qualifiée "d’indolore". Or la TVA est généralement l’impôt considéré comme le plus injuste par la gauche redistributionniste. On comprend alors mal pourquoi M. Mélenchon est favorable à un tel mécanisme. À moins qu’il ne soit un peu démagogique ?
Pourquoi est-ce impossible de rétablir ce mécanisme dans l’Union Monétaire ?
Par souci de simplification, rêvons un instant d’un monde sans les impôts traditionnels. Le tableau suivant décrit avec des chiffres fictifs cette situation à l’échelle de la zone euro.
Maintenant, comme le gouvernement français (GF) a des dépenses électorales en vue mais refuse de lever des impôts impopulaires, il demande leur financement à la Banque Centrale. Cette dernière "imprime" donc à cet effet 10% de monnaie supplémentaire. Les nouvelles parts de la masse monétaire des différents groupes sont les suivantes :
- Français : 20*(100/110)=18%
- Autres Européens : 80*(100/110)=73%
- Gouvernement français : 10/110=9%
Ce dernier tableau montre que les traités européens interdisent le financement des États par l’emprunt à leur Banque Centrale pour une très bonne raison. Dès lors qu’une monnaie commune est adoptée, un État pratiquant le financement par le seigneuriage lèverait un impôt invisible sur les citoyens des autres nations… Inutile de vous expliciter les problèmes induits…
La disparition du Seigneuriage
Finalement, l’interdiction du financement des déficits publics par les banques centrales a de nombreux avantages.
D’un point de vue démocratique, elle contraint le gouvernement à se financer par des impôts explicites et transparents discutés par le Parlement. Le seigneuriage, parce qu’il constitue un impôt invisible sans existence légale, est profondément anti-démocratique.
Au plan économique, le seigneuriage ne présente aucun avantage vis-à-vis de l’imposition traditionnelle. En revanche, il présente les inconvénients de générer de l’inflation et d’être un impôt sans progressivité possible. Enfin, dans le cadre d’une Union Monétaire, l’existence du seigneuriage serait incompatible avec le juste principe de la territorialité de l’impôt.
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Sur le web.
Lien raccourci: http://www.contrepoints.org/?p=85805



La dette publique, si elle semble à juste titre préoccupante pour beaucoup, n’est en fait que la face immergée de l’iceberg de la dette....
Les États qui monétisent sans vergogne leurs émissions de dette publique ne sont pas immunisés contre « les marchés »...
Point sur le niveau et la structure de l'endettement public français...
À un moment donné, on a commencé à échanger des richesses non contre d’autres richesses, mais contre du… vent !...
La crise a-t-elle fait prendre conscience d’un indispensable retour à la responsabilisation ...
Il existe quatre approches pour corriger un problème de surplus de dettes. Mais chacune d’elles comporte des pièges...
Il faut maintenant laïciser l’économie en la séparant de la politique...
Régulièrement de faux naïfs s’étonnent qu’on fasse tant de bruit autour de la dette publique belge...
Seigneuriage : Pourquoi la Banque Centrale ne prête pas à l’État http://t.co/0ZGhktp6
Voila qui est fort clair, je ne vois rien que l'on puisse opposer de bonne foi a ce qui est dit ici. Merci
A part la notion de progressivité de l’impôt et son corolaire de "justice sociale" !!
L'article prend un point de vue non partisan sur cette question. Je dis bien que l'analyse de la progressivité est dans une démarche redistributionniste, et nulle part que la redistribution est a priori légitime car ce n'est tout simplement pas le sujet.
Très bon article.
Et je pense que ce problème de dévaluation abusive de la monnaie ne se poserait pas si il y avait une liberté de création, de gestion et d'usage de devises, et donc, si il n'y avait pas de monopole public sur ce type de produits (la monnaie étant un produit comme peut l'être un bien ou un service)
Mon seul souci c'est que les banques privées qui prêtent de l'argent aux états créent aussi de la monnaie (et augmentent la masse monétaire et l'inflation)... quelle différence en terme d'inflation et de masse monétaire avec de l'argent emprunté auprès de sa banque centrale?
En outre, l'argent emprunté sur les marchés coûte plus cher que le même argent emprunté auprès d'une banque centrale (je dis le 'même argent' car il est créé ex-nihilo, qu'ils soit prêté par une banque centrale ou une banque privée).
Le seul intérêt là-dedans est pour les banques privées qui se surent au passage... la loi de janvier 1973 fut adoptée précisément durant la présidence Pompidou (qui avait été, avant de devenir président de la république, un dirigeant de la banque Rothschild en France).
Il est évident que les états sont trop dispendieux, mais que l'argent soit emprunté auprès d'une banque centrale ou privée ne change pas grand chose, sauf pour le contribuable qui paie plus cher l'argent emprunté sur les marchés. Ce qu'il faudrait faire, c'est interdire aux états d'emprunter tout court pour leurs dépenses courantes. Il pourrait y avoir des emprunts pour de gros investissements (mais pourquoi est-ce toujours à l'état d'allonger l'oseille - du contribuable - dès lors qu'il faut construire une autoroute ou un aéroport?).
Il faut en revenir à un état régalien qui se concentre sur ses réelles missions (sécurité, défense, justice etc, ce n'est pas sous Hollande que la France va suivre ce chemin). Pour assurer ces missions régaliennes un impôt raisonnable suffit, nul besoin d'emprunter, ni auprès d'une banque centrale, ni auprès des marchés. Et tout le reste doit être confié au privé. Si la construction d'un aéroport en Picardie ou une autoroute dans les Pyrénées se justifient, si la demande existe réellement, les privées pourraient s'en charger...
Je suis d'accords sur le fait qu'un état régalien devrait pouvoir se contenter d'une flat tax de 10 à 15% et que se serait bien mieux ainsi.
Néanmoins les banques privées ne fonctionnent pas exactement comme la banque centrale. Bien évidement il y a aussi création de monnaie ex-nihilio, seulement cette création est est proportionnelle à la monnaie mise en circulation, contraint et forcé par la réglementation.
Il n'y a donc inflation et "création de monnaie" qu'au moment de la mise en place de cette réglementation, ensuite, si le stock de monnaie "réelle" n'est pas manipulée (banque centrale), le stock de monnaie "virtuelle" cad les emprunts, ne bouge pas, c'est la fin de l'inflation.
Les banques ont des frais, tout comme l'argent des impôts fait fonctionner la banque centrale, une partie des emprunts ne sera pas remboursée en totalité, ce risque doit être couvert et enfin les déposant, les véritables propriétaires de la monnaie rendant possible le prêt reçoivent une rémunération.
Donc dire purement et simplement "les banques se sucrent" est un peu léger.
Dans un emprunt privé, le taux d'emprunt représente l'équilibre entre l'offre et la demande d'argent, ainsi il va là où il est le plus utile (cad crée le plus de richesses), de plus il y a une limite aux montants empruntés. Ce n'est pas le cas avec une banque centrale, c'est en ça que la loi de 73 "protège" d'une gestion catastrophique.
Nathanael, si la fin de votre message est pertinente, la première hypothèse posée est fausse : les banques privées qui prêtent aux Etats ne créent aucune monnaie.
Il est fondamental de comprendre que, lorsqu'une banque privée prête à un Etat, elle le fait avec de la monnaie qui a été créée avant, au cours d'un autre processus. Si les prêts des banques privées aux Etats contribuaient à créer de la monnaie, M3 pèserait pratiquement le double de ce qu'il est actuellement en zone euro. Dit autrement, si votre affirmation était vraie, les Etats détiendraient environ 50% de M3. Ce n'est pas le cas. Affirmer que les banques privées créent de la monnaie en prêtant aux Etats ne permet pas de décrire la réalité. Il est en revanche exact de considérer qu'en prêtant aux Etats, les banques privées déplacent la monnaie existante et que ce transfert est néfaste, tant économiquement que socialement.
Les prêts directs de la BC aux Etats sont créateurs de fausse monnaie, c'est-à-dire une monnaie sans contrepartie de création de richesse. Heureusement, d'abord la loi de 73 puis le Traité de Maastricht nous protègent de l'appétence des politiciens, historiquement sans limite, pour la spoliation inflationniste. Une fois écarté le risque inflationniste du fait de ces textes, il est également important de comprendre qu'un Etat ne doit pas s'endetter, non plus à cause du risque de création monétaire, mais parce qu'il est, par nature, par construction, par destination, absolument incapable de produire la moindre richesse nette.
Les dettes publiques ont un effet similaire à celui provoqué par les impôts, même si cet effet est partiellement décalé dans le temps : elles réduisent le potentiel créatif du secteur privé. Les dettes publiques, comme les impôts, affaiblissent la croissance, jusqu'à parvenir à inverser le processus créatif et provoquer la récession. L'affaiblissement de l'économie, inversement proportionnel à la croissance des dépenses publiques, nous le vivons en France depuis plusieurs décennies, phénomène mis en lumière par le ralentissement constant du taux de croissance moyen du PIB. Pour ceux qui aiment les maths, on peut dire que la dérivée seconde du PIB français est négative en tendance. Si nous n'inversons pas ce phénomène sans attendre, l'économie française deviendra inéluctablement récessive en tendance au cours des prochaines années (la dérivée première deviendra négative).
"lorsqu’une banque privée prête à un Etat, elle le fait avec de la monnaie qui a été créée avant"
Sauf que la solvabilité de la banque n'est en réalité pas déterminée par les dépôts qu'elle a reçus mais pas les créances qu'elle détient, notamment sur les Etats puisque le collatéral des liquidités qu'elle obtient de la BC est constitué d'obligations publiques.
Comme les Etats s'endettent pour rembourser et même pour payer les intérêts, il y a bien création monétaire.
Non. Le rollover sur les dettes publiques ne provoque aucune création monétaire. Quant aux collatéraux, ils ne changent rien à l'affaire. Vous devez encore travailler avec application votre cours sur la création et la destruction monétaire. Courage !
Cher Bubulle, votre tentative d'utiliser l'argument d'autorité (les mathématique) montre la pauvreté de votre argumentaire.
Actuellement la croissance est positive mais, vous avez raison, la tendance depuis quelques années est que cette croissance est de plus en plus faible. Cela se montre par le fait que la dérivée première de la fonction PIB=f(t) est négative.
Vous n'expliquez absolument rien ici. Vous utilisez un vocabulaire de maths pour impressionner.
Vos derniers mots sont absurdes ("la dérivée première deviendra négative") puisqu'elle l'est déja. Je pense que vous confondez dérivée et intégration.
Quand à la dérivée seconde (c'est à dire l'intégration, l'aire sous la pente), pour qu'elle devienne négative il faudrait que le PIB soit négatif.
Je me demande si vous croyez vous même à ce que vous racontez ;o)
Bien Cordialement,
Etienne
"Seigneuriage : Pourquoi la Banque Centrale ne prête pas à l’État" http://t.co/jy4S6hSr via @Contrepoints
Excellent article
Pourquoi avoir interdit a la BCE de prêter aux États? http://t.co/9y35O885
@Galuel ... un commentaire là-dessus ? http://t.co/FbN3yjif
Pourquoi la Banque Centrale ne doit pas prêter à l’État. http://t.co/7oSOvZjc via @Contrepoints
Très bon papier Acrtithène, mais il y a un contresens dans le chapeau, me semble-t-il...
"Pourquoi le mode de financement du déficit public promis par la fameuse loi de 1973 est-il machiavélique ?"
Quand je lis cette phrase, je comprends que vous condamnez que vous considérez la loi de 1973 comme machiavélique...
Oui, c'est contradictoire, mais ce n'est pas moi qui ai rédigé le chapeau.
Bon article. D'accord avec les arguments.
Cependant, je voudrais ajouter que le principe de dette publique est aussi aberrant, puisque si l'état a besoin d'argent pour financer ses dépenses, il n'a qu'à augmenter les impôts, sans oublier qu'une dette aujourd'hui, c'est un impôt demain.
S'ils ne veulent pas augmenter les impôts, ils doivent alors baisser les dépenses.
Cependant, cela a un coût politique et économique indésirable pour les politocards responsables mais non-coupables, qui voulant le beurre et l'argent du beurre, font alors ce qu'ils font de mieux : ne pas assumer et reporter à plus tard.
Et c'est comme ça que viennent la dette et l'inflation.
D'accord avec l'article, mais il y a un petit quelque chose qui me semble erroné quand il est écrit que le seigneuriage touche à égalité toutes les catégories sociales ("Pourquoi le seigneuriage est tout sauf un impôt « social » ?"), car s'il est vrai qu'il a par certains aspects le même effet que la TVA dans le sens où tous les prix s'en trouvent augmentés du fait de l'inflation, il n'empêche qu'il y a également une perte pour tous ceux qui ont épargné. En effet, si vous aviez une certaine somme placée à la banque avant l'inflation, vous avez toujours la même somme ensuite mais comme les prix ont augmenté, vous pouvez acheter moins de choses avec. Donc plus vous avez épargné, plus cette mesure vous est défavorable. Et comme ce sont en général les riches qui ont beaucoup d'argent mis en épargne, cette mesure leur est davantage défavorable. Voilà pourquoi elle est défendue par les populistes comme Mélenchon !
Bonjour Félix,
Il est dit dans l'article que le seigneuriage touche proportionnellement au pouvoir d'achat. L'épargne constitue une thésaurisation de pouvoir d'achat, donc il n'y a pas de problème conceptuel dans l'article à ce propos. De même la TVA touche proportionnellement à la consommation à une période t, consommation qui dérive du revenu en t et de la variation de la dette nette (donc de la reprise sur épargne). Une autre façon de le dire est que l'épargne n'est qu'une consommation reportée, un pouvoir d'achat transféré.
Donc oui ce que vous décrivez est vrai, mais est capté par l'article qui ne parle pas du revenu mais du pouvoir d'achat qui inclut le stock d'épargne (je parle aussi de monnaie détenue dans l'article...).
Ensuite, si on s'intéresse à l'effet par "classe", je ne suis pas certain que les pauvres soient aidés par l'inflation. En effet les banques refusant de leur prêter, on ne peut pas s'attendre à ce qu'ils empruntent. En revanche, le riche qui a l'entière confiance de sa banque a pu bénéficié d'un fort endettement bancaire pour investir dans un actif réel. Le rendement de son investissement s'envolera grâce l'inflation qui détruira la dette sans vraiment affecter le retour de l'actif réel dont les prix s'ajusteront.
De manière générale, je ne pense pas qu'il existe une forte corrélation inversée entre le niveau social (une fois la dimension de l'âge enlevée) et la détention de dette monétaire. Les riches/classes moyennes ont plus facilement accès à l'investissement non monétaire qui n'est pas directement dévalorisé par l'inflation et disposent d'une capacité d'endettement monétaire beaucoup plus forte. J'avoue que je ne connais pas les chiffres de ce que j'avance... il faudra que je me renseigne là dessus.
Très bon article merci d'essayer de faire clair pour les profanes..
Un des arguments des démagogues en questions seraient les taux "exorbitants" auxquels les banques prêtent aux états...ou plutôt la différence "abusive" des taux banques centrales/banques privées (si j'ais bien suivi).
Pouvez-vous m'éclairer à ce sujet également ?
Merci par avance
Bonjour JS,
Vous pouvez lire le commentaire de Bubulle à ce sujet plus haut. Je peux ajouter un autre argument à ce qu'il a présenté.
Imaginons que la France veuille placer 100€ sur le marché de la dette. L'argument que vous présentez consiste à dire que la BNP emprunte à 1% à la BCE et reprête à 3%, prenant donc une marge nette gratuite de 2%.
Dans le jargon du financier, cela s'appelle un "free lunch", et une règle de base de la finance est que les "free lunchs" n'existent hélas pas. Généralement, l'existence d'un "free lunch" sur un marché financier est détecté si rapidement par les algorithmes qu'il disparaît en quelques secondes sous la pression des requins qui se jettent dessus.
Illustrons avec notre exemple. Il y a des centaines d'établissements bancaires qui peuvent emprunter à la BCE à 1%. Voyant que la BNP prête à la République avec une marge nette de 2%, Deutsche Bank devrait immédiatement offrir à l'Etat 2,99%, emporter toute la transaction promise à la BNP tout en réalisant une marge de 1,99%. Tant que la marge nette est positive, il existerait pour des centaines d'établissements bancaires des opportunités de free lunch en abaissant leur taux de epsilon % et d'ainsi emporter la transaction en réalisant une marge. D'epsilon en epsilon la marge devrait totalement disparaître.
Conclusion, la différence de taux n'est probablement pas une marge de profit net, mais doit être associé à un coût. Ce coût est décomposable par le fait que l'argent prêté à l'Etat vient des épargnants qui exigent de la banque un rendement, et du fait que le prêt à l'Etat est risqué (d'ailleurs un tel investissement peut perdre de sa valeur sans aller jusqu'au défaut de l'Etat).
Non,
si les salaires sont indexés sur l' inflation (comme les retraites et si les tx d' assurance vie suivent par ex) la monnaie de singe ne banane que ceux qui ont des 0 sur des ordinateurs
Les retraites et les assurances vie suivent l'inflation avec un peu de retard, vous perdez quand même...
Comme la nouvelle monnaie crée est injectée de façon localisée il y a aura un très forte inflation dans un petit secteur au moment de l'injection et avec le temps l'inflation va se répartir dans tout les secteurs, ainsi il n'y a pas de mesure parfaite de l'inflation et ne peut donc jamais être exactement compensée.
Soit dit en passant, les 0 sur les ordinateurs (ou les billets sous le matelas), aussi appelé épargne est une composante très importante de notre économie.
Contrairement à l'hypothèse que yeti expose, ni les assurances-vie et encore moins les salaires dans le privé ne sont indexés sur l'inflation.
Les grands perdants de l'inflation ne sont pas seulement les épargnants, les entrepreneurs ou les investisseurs mais également et surtout les salariés du privé (la hausse du smic, marginale, ne compense pas le chômage et la compression de l'échelle des salaires du privé). Les seuls qui maintiennent leur niveau de vie en cas d'inflation sont les fonctionnaires, les bénéficiaires d'aides sociales et les retraités (plus pour longtemps pour cette dernière catégorie, qui sera bientôt sacrifiée pour préserver les acquis des deux premières).
L'opposition artificielle entre "capitalistes" et salariés, au coeur de la propagande socialiste néo-marxiste, n'est pas opérationnelle : pour bien percevoir les rapports de force en jeu, la division à retenir oppose ceux qui se gavent des rentes publiques et tous les autres, qui doivent les payer.
Loin des yeux (du pouvoir), loin du coeur...
la création monétaire centralisée est une spoliation du citoyen alors que le dividende universel est juste par nature http://t.co/j5yo14dD
Le dividende universel est une spoliation, ni plus ni moins que les impôts ou les dettes publiques. Le dividende universel est de la fausse monnaie, créée sans contrepartie de création de richesse.
Le seigneuriage, ou l'impôt de la planche à billet. Super (et inscructif) post de @acrithene http://t.co/AICfi30E cc @Contrepoints
Pour ceux que ça intéresse, j'ai fait une simulation sur Excel montrant les effets d'une dette publique sur la richesse des contribuables et des prêteurs d'argent. Le premier onglet montre un système où une partie de la dette est indirectement financée par une banque centrale (ce qui est le cas aujourd'hui), et le second onglet montre le même système tel qu'il fonctionnerait sans banque centrale. C'est très révélateur.
Cette simulation est basée sur le système américain (et le fichier est en anglais), mais le principe est identique en Europe.
Des aides apparaissent dans certaines cases pour expliquer les mécanismes en jeu.
Voici le fichier : http://dl.dropbox.com/u/1719477/Cost%20of%20national%20debt.xls
Et voici dans la foulée une proposition de formule pour une imposition progressive (ceux qui touchent en dessous d'un salaire plancher reçoivent des aides) : http://dl.dropbox.com/u/1719477/Progressive%20tax%20proposition.xls
N'hésitez pas à me contacter pour plus d'éclaircissements si certaines choses paraissent compliquées ou si vous avez des remarques.
D'où vous sortez que Mélenchon est favorable à la TVA ? Vous dénoncez l'interdiction de prêter directement aux Etats pour les banques centrales mais quand lui le dit, il est "populiste" ? Arrêtez avec votre anti-mélenchonisme primaire !
Olivier Bonnet, j'ai l'impression que vous avez mal compris l'article. Ou peut-être ne l'avez-vous pas lu ?
Bonjour,
Très bon article. On peut aussi invoquer un argument supplémentaire. Le fait qu'il y ait un prêteur oblige l'état à plus de rigueur puisqu'une dégradation des comptes ou une mauvaise gestion implique un taux d'intérêt plus élevé.
La démonstration est imparable. Mais il est question pour la banque centrale de PRETER à l'état. Pas de lui donner de l'argent sans contrepartie (pour financer des dépenses de fonctionnements réccurentes).
Que se passe-t-il si l’état, via sa banque centrale, s'octroie a lui même un "prêt" sous forme de création de monnaie afin de réaliser un investissement et qu'à une certaine échéance, l'état se "rembourse" en détruisant la monnaie qu'il avait crée ?
Ex : Etat emprunte X€ à sa BC qui les créent, construit un pont pour X€, engrange les recettes fiscales issues du surcroît d'activité que cette nouvelle infrastructure produit puis rembourse à sa BC les X€ initialement crées. La BC détruit les X€.
Le pont est payé par les effets de l'inflation, n'est ce pas ?
La destruction de monnaie est elle problématique à ce stade ?
P01550n: "Mais il est question pour la banque centrale de PRETER à l'état. Pas de lui donner de l'argent sans contrepartie"
L'emprunt est le fruit d'une mauvaise gestion, un arrosage d'argent "gratuit" sur le moment qui ne coute rien au joyeux élus.
Rembourser réellement n'est absolument pas dans l’intérêt de l'emprunteur (ce qui rend le "cadeau" caduque) ni dans celui des successeurs (suicide politique). Un bon gestionnaire n'a absolument pas besoin de prêts puisqu'une état est pérenne (sauf guerre etc.). D'ailleurs dans la constitution l'état doit en principe utiliser l'argent des impôts mais pas plus.
Donc si ils font des emprunts (mauvaise gestion) ils ne vont forcément pas rembourser et tailler le lois pour que le pot de confiture reste ouvert ce qui était le cas avant 1973.
Ilmryn dans votre raisonnement vous considérez que l'état n'a pas besoin d'investir au delà d'une année. Ce qui est faux bien entendu. L'état a besoin d'investir en permanence mais surtout et le plus souvent sur plusieurs années. Et c'est d'ailleurs heureux qu'il soit au moins encore l'état pour permettre des plans de financement qui dépassent le cours terme qui devient de plus en plus la norme dans le privé.
Mais en définitive, aussi cohérent et stable que le système puisse être d'ordinaire et en théorie, on voit à quel point il a des limites graves et particulièrement en situation de crise ou il faut accepter de quitter l'orthodoxie de l'idéologie pour reprendre le contrôle d'une système totalement déchaîné et bancal.
Le financement des états ne devrait pas être considéré comme celui de n'importe quelle entreprise privée car l'état n'a pas pour objectif d'avoir une activité rentable. En outre, vous considérez que la création de richesse se limite à la richesse matérielle. Or ce n'est pas le cas. La valeur ajouté sociale est considérable, qu'elle se mesure par l'éducation, ou l'acquisition de la qualification et la compétence. Ou encore qu'elle se mesure par l'acquisition d'un niveau de vie qui permet une existence dans de meilleures conditions (de santé).
C'est toute une vision du rôle de l'économie dans la société qui est en question. Et une économie purement marchande conduit la civilisation à la décadence, nous en voyons les signes chaque jour. Il est temps de revoir notre modèle.
Intéressant.
Moi aussi, je suis intéressé par le point soulevé par P01550n : vous expliquez que l'emprunt est sans intérêt et que l’État ne rembourse pas sa dette. Mais si l'État avait l'obligation de rembourser l'emprunt à la banque centrale avec intérêts, comme à une banque privée, que se passerait-il ?
Juste une toute petite erreur de grammaire — nous en faisons tous
: « fusse-t-elle » --> « fût-elle » (« fusse-t-elle » n'existe pas).
L'article explique bien le coté néfaste du fait que la BCE prête aux Etats en émettant de la monnaie. En augmentant la masse monaitaire on diminue la part des citoyens. Certes.
Mais cela ne répond pas à la question: pourquoi permettre que la BCE prête aux banques en émettant de la monnaie ? Cela ne revient-il pas AUSSI à l'augmentation de la masse monaitaire et donc à la spoliation des citoyens ?
Seul argument qui reste: les frais de gestion. Ce serait pour laisser aux banques le soins de gérer ces prêts ?!! Je ne comprends pas bien pourquoi.
La question reste entière: "Pourquoi la Banque Centrale ne prête pas à l’État?"
Bien Cordialement,
Etienne