Euro/Franc suisse : quand la bulle éclatera…

Publié Par Pierre Chappaz, le dans Monnaie et finance, Suisse

La Banque Nationale Suisse a choisi de limiter les variations du Franc suisse par rapport à l’Euro. Un choix qui aura des répercussions importantes lorsque la bulle éclatera.

Par Pierre Chappaz.

Les conséquences de la décision de la Banque Nationale Suisse (BNS) d’attacher le Franc suisse à l’Euro sont rarement discutées. Il s’agit pourtant d’une action dont les conséquences vont bien au-delà de la Suisse.

Face aux anciennes monnaies européennes, puis face à l’Euro, le Franc suisse a historiquement toujours été dans le sens de la hausse. Un pays plutôt bien géré, un centre financier puissant, tels sont les deux principaux facteurs qui ont de tout temps fait de la monnaie helvétique une monnaie-refuge.

Avec la crise de l’Euro à partir de 2010, la hausse du Franc suisse a connu une accélération foudroyante, suscitant les inquiétudes des exportateurs de la confédération, largement relayées par la presse.

La BNS a donc décidé en Septembre 2011 de mettre un terme à cette hausse, en fixant un cours maximum de 1 Euro = 1,20 Chf. Depuis elle soutient l’Euro en procédant à des achats « illimités ».

On ne saura jamais ce qui se serait passé si la BNS n’avait pas décidé d’arrimer le Franc à l’Euro. Les industries exportatrices suisses auraient sans doute souffert pour un temps, mais on peut penser que leur positionnement haut-de-gamme et leur habitude ancienne d’une monnaie forte leur auraient finalement permis de s’adapter sans trop de casse. De plus, d’autres armes étaient à la disposition de la banque centrale suisse pour ramener le Franc a un niveau plus aisément supportable : des taux d’intérêt négatifs par exemple.

On ne le saura jamais, mais ce qu’on sait maintenant, c’est que cette décision a des conséquences très difficilement réversibles.

(près de 200 milliards d’euros au bilan de la BNS !)

Pour défendre le Franc et donc l’empêcher de monter au-delà du cours fixé, la BNS achète des Euros et d’autres devises. Déjà près de 200 milliards d’Euros, qui sont placés en obligations d’État allemandes et françaises.

Après avoir failli s’effondrer en 2012, la monnaie européenne remonte un peu de ce moment, grâce aux achats de la Banque Nationale Suisse, mais plus encore aux effets du 3e quantitative easing aux US et de la nouvelle politique d’expansion monétaire à outrance au Japon. Il y a une véritable course à la dévaluation entre les grandes devises : Dollar, Euro et Yen, chacun espérant gagner des parts de marché à l’export.

L’Euro va un peu mieux, mais ce n’est qu’un sursis car les problèmes économiques de la zone ne sont pas réglés, en particulier la divergence de compétitivité entre les économies du Nord et du Sud de l’Europe.

En l’absence de dévaluation possible de leurs défuntes monnaies nationales, les PIGS (Italie, Espagne, Grèce, Portugal) sont condamnés à baisser les salaires pour essayer de rattraper leur gap de compétitivité avec l’Allemagne. Mais la baisse de salaires est socialement beaucoup plus difficile à faire accepter à leur population qu’une dévaluation car elle réduit bien plus directement le pouvoir d’achat. En Grèce les salaires des fonctionnaires ont déjà été réduits de 30%. Et toute hausse de l’Euro ne peut qu’aggraver la situation de ces pays.

La France, de son côté, ne fait rien de sérieux pour regagner sa compétitivité perdue. Elle est dans le déni, pour reprendre le terme employé en couverture de The Economist. Ce qui est paradoxal, c’est que la BNS favorise ce déni en achetant massivement les obligations d’État françaises, ce qui maintient les taux très bas. En voulant empêcher le Franc suisse de monter, la BNS alimente la bulle de la dette en France !

La crise de l’Euro va continuer de se diffuser dans l’économie réelle. Après les avoir droguées au crédit pas cher, l’Euro ruine les économies du Sud de l’Europe.

Les taux de chômage vont donc monter en 2013 en Espagne, Italie, France. La dette de ces États aussi. La fuite en avant monétaire (la Banque Centrale Européenne qui prête aux banques pour qu’elles achètent la dette des États etc.) permet d’éviter l’explosion immédiate du système financier, mais elle fait encore gonfler la bulle d’endettement, qui fera d’autant plus de dégâts quand elle éclatera.

À la prochaine alerte sur l’Euro, sommes-nous certains que la BNS va pouvoir en acheter assez pour défendre le cours de 1,20 ? Et si les digues devaient céder, à quelles pertes devrait-elle faire face ? Avec quelles conséquences pour la Suisse, l’Euro et le système monétaire international ?

En vérité les banques centrales, qui sont les grandes responsables de la crise d’endettement , se tiennent toutes par la barbichette. Si l’une défaille, elles tombent toutes.

En 2013 elles vont donc continuer à faire tourner leurs planches à billets, et ça peut durer encore un bon moment, à en juger par le Japon qui creuse sa dette allègrement au-delà des 200% du PIB. Un bon moment, mais pas éternellement.

On a jamais vu de bulle qui gonfle, qui gonfle… et qui ne finisse pas par éclater.

 

 

 

 

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  1. Solution: Acheter de l’or. Au pire si l’or baisse c’est que la croissance est repartie et il y aura des opportunites de gagner du pognon ailleurs, de trouver des emplois bien remuneres etc…

  2. « d’autres armes étaient à la disposition de la banque centrale suisse pour ramener le Franc a un niveau plus aisément supportable »

    Ce n’est pas ramener le franc suisse à un niveau plus supportable qu’il faut, c’est ramener les prix suisses à un niveau plus supportable pour les pèquenots Européens. Le schmilblik made in Switzerland qu’on vous vendait hier cent francs on vous le solde aujourd’hui à 90 francs. Par contre le marché du bitoniot se portant comme un charme le bitoniot coûte toujours 76,35F, comme hier et antan.

  3. Article fortement intéressant…
    Par contre, que se passe-t-il sur ce marché de devise CHFEUR depuis Septembre 2012 ? Le cours de change était plat puis soudainement des variations ont commencés à voir le jour…
    Depuis le cours CHFEUR baisse…bizarre…

  4. Dites moi si je me trompe, mais :

    Il me semble que la BNS (et par extension la suisse tout entière) est dans la position du faux-monnayeur qui a une demande illimitée pour ses bouts de papiers tout frais sortis des rotatives… il est difficile d’imaginer plus enviable, non ?
    Parce que les gens qui achètent du Franc, il ne le font pas pour acheter des trucs en Suisse, il le font pour les garder chez eux au cas où l’euro se casserait la gueule. Donc pas d’impact inflationniste. Pas de mauvais effet sur les suisses.

    Alors il est où le problème ? la BNS n’a pas besoin de garder des euros dans ses coffres ; elle peut les utiliser pour acheter, non pas obligations françaises, mais des actifs qui se monnaye en euro. Des actions d’entreprises internationalisées, de l’or, etc. N’importe quoi, peu importe. Bien sûr, cela remet les euros précédemment acquis par la BNS dans le circuit de l’Euroland, donc l’action sur le taux de change est moindre, mais l’un dans l’autre ça revient a acheter des vrais trucs (dont une partie rapporte pour de bon) avec du papier
    … Le rêve.
    Et le jour où la panique cessera, et bien la BNS n’aura plus qu’à revendre les actifs pour re-absorber l’excès de francs émis, et faire le total (Kolossal) des bénéfices de l’opération globale. Le seul risque, c’est de prendre la mauvaise habitude de ces bénéfices, et de compter dessus demain, quand la crise sera passer. J’ai du mal à croire que les suisses cèdent à ces sirènes.

    ou bien ?

    1. La BNS a une demande illimité pour ses bouts de papiers uniquement parce qu’ils sont rare. En fait, ce n’est pas le FCH qui est rare, c’est que l’EUR et l’USD sont imprimé à une vitesse telle qu’il est de plus en plus difficile de trouver une véritable monnaie, c’est à dire un moyen de stocker de la valeur dans le temps.
      Si la BNS imprime de la valeur, le FCH perd son intérêt ….

  5. Stephane LallementStéphane Lallement

    La Banque Nationale Suisse est en train de ruiner la Suisse.
    Il y a des fous très dangereux au pouvoir.

    La création de monnaie à partir de rien par une Banque Centrale n’est ni plus ni moins qu’une fabrication de fausse monnaie. Cette fausse monnaie a ni plus ni moins les effets d’un impôt déguisé qui frappe les utilisateurs de cette fausse monnaie, c’est-à-dire les ressortissants du pays auquel appartient ladite Banque Centrale.

    Les Banques Centrales se livrent à des activités criminelles et elles inventent toutes sortes de justifications fantaisistes, avec la complicité des médias et des charlatants qui se font passer pour des économistes.
    C’est ainsi que certains charlatants prétendent qu’une monnaie faible favoriserait les exportations ou la compétitivité, comme si un impôt pouvait favoriser les exportations ou la compétitivité.

    Les Banques Centrales des pays occidentaux se sont mises à faire la course pour savoir laquelle parviendrait la première à ruiner son pays. Bref, les pays occidentaux sont en train de se suicider collectivement.

    Ce n’est pas sans rappeler la première guerre mondiale, qui a été avec raison qualifiée de suicide collectif de l’Europe.

    Nous sommes en train de traverser une mauvaise période : une période de suicide de masse des civilisations.

    1. C’est quand même un poil plus compliqué. Parce que
      1) même si ça ne fait pas plaisir, les impôts existent et il en faut bien. Et de tous les impôts, l’impression de monnaie est certainement le plus juste, le plus libéral : il est strictement proportionnel, non intrusif (pas de déclaration, pas besoin de contrôleur), son cout de collecte est quasi-nul, et il frappe autant (et même plus) les bandits que les honnêtes gens. Trouvez mieux, comme impôt… Comme défaut, on peut lui reprocher d’être invisible (pas très grave), et, en pratique actuellement, d’être fixé de façon non démocratique (ça, c’est scandaleux, mais en Suisse ça peut se régler par un referendum)
      2) « Les utilisateurs de cette fausse monnaie », ne sont pas seulement « les ressortissants du pays auquel appartient ladite Banque Centrale ». Plus il y a d’étranger qui achètent du franc, plus c’est avantageux pour les suisses.
      Le risque (car il n’y a pas de repas gratuit) c’est dans le retour de bâton, le jour où les étrangers retrouvant confiance dans leur monnaie national cesserait de thésauriser du franc. C’est un risque à prendre en compte et à gérer, bien sûr, mais franchement je ne vois pas ce jour arriver de sitôt.

  6. Il y a des milliers de suisses de oar le Monde qui, à un titre ou à u autre, perçoivent des revenus en CHF.
    Attardons-nous un instant à ceux dont les revenus en CHF sont convertis en EUR; et parmi eux, à ceux qui ne peuvent pas choisir, dès lors que certaines officines fédérales n’ayant tout simplement pas le droit « d’exporter » des CHF, ces revenus sont transformés en EUR à al source.
    Ces suisses-là étaient relativement « tranquilles » depuis septembre 2012, mais (re)commencent à s’inquiéter puisque le « barrage » au seuil de 1,20 a sauté.
    Que peuvent-ils faire pour « stabiliser » quelque peu leur revenu ?

  7. Ce ne sont pas les banques centrales qui ont créé ces dettes béantes et désormais impossible à rembourser! Ce sont plutôt les emprunts à intérêts aux banques privées, depuis la loi de 1973 (traité de Lisbonne), en interdisant aux Etats de recourir aux banques nationales pour leur financement!