Stéphane Gatignon, maire de Sevran, lance l’opération « 5.000.000 et un Mars »

Publié Par h16, le dans Édito

Dexia, la Banque Etatique Qui Prête De L’Argent Gratuit Aux Communes Insolvables, est en proie aux pires affres financières pour camoufler sa faillite. Évidemment, les communes (qui ont eu la bonne idée de s’acoquiner avec cette banque et de se barbouiller les babines avec ses contrats incompréhensibles) se retrouvent dans un potage épais.

Ce qui devait arriver arriva : les communes gérées par les branleurs dépensiers se retrouvent en faillite.

Et dans la France de la Grande Distribution de Roudoudous Gratuits Aux Enfants En Larmes, les dépêches d’AFP se succèdent et se ressemblent pour détailler les affreux tourments de ces maires qui doivent boucler des budgets en limitant leurs déficits supplémentaires à quelques millions d’euros (seulement, les pauvres). Et pour cette semaine, on nous propose de nous pencher sur le cas de Sevran, commune sinistre sinistrée du Nord-Est parisien que les entreprises Westinghouse et Kodak ont fui bien vite à la fin du siècle dernier (et pour Westinghouse, c’était pour se réfugier à Amiens, c’est dire l’ambiance locale), la plongeant dans la misère, la tristesse et les activités socioculturelles vitaminées d’une équipe EELV branchouille mais pragmatique à base de Vie Dans La Téci et autres programmes sportivo-éducatifs moyennant quelques saines dettes solidement contractées auprès de l’État, de la Région et de Dexia, donc.

Bien évidemment, le travail journalistique étant ce qu’il est, nulle part n’est mentionné que le maire est en poste dans cette commune depuis mars 2001 et que s’il a peut-être hérité d’une ville plongée dans les abysses par un autre (méchant) maire peu scrupuleux, il est directement responsable de sa gestion depuis suffisamment longtemps pour ne pas pouvoir refiler la patate chaude à son prédécesseur. De la même façon, on ne saura rien de vraiment concret des difficultés que traversent la commune : elle doit boucler son budget, payer les entreprises qui travaillent pour elle, et c’est très dur ma brave dame, un petit sou mon brave monsieur, Dieu vous le rendra et tout ça. Les comptes détaillés, comme à l’accoutumée dans cette France de l’OpenData, sont impossibles à avoir, mais on comprend vite qu’avec les projets du maire (évoqués vaguement ici par exemple), à 100 millions d’euros par an pendant 10 ans (!), le redressement budgétaire est en vue, en moins de 830 ans, vous verrez. Pour une commune de 50.000 habitants, ce maire est couillu. On découvrira ensuite, en fouillant, qu’en 2001, les charges de personnel de la commune s’établissaient à 26 millions d’euros, et qu’elles sont à plus de 40 millions en 2011. 65% de hausse en 10 ans, ce maire est couillu.

La suite, on la connaît puisqu’elle est bruyamment relayée par une presse gentiment acquise à cet ancien communiste reconverti en vert (comme c’est commode) : le maire, aux abois, décide de mettre sa vie en danger dans une tente Qetchua au pied des marches de l’Assemblée Nationale et de mettre un terme à tout apport de glucose à la petite excroissance graisseuse qui lui tient lieu de cerveau. Là encore, c’est un maire couillu.

Et alors que sa tisane (sans sucre !) n’a même pas eu le temps de refroidir au fond de son abri de fortune, paf, le maire est reçu par un ministre de la ville (dont le nom est sans la moindre importance) qui, bien évidemment, cède sans le moindre effort à toutes ses pleurnicheries collectivistes.

Pas de doute, tout ce battage médiatique autour de cette pénible affaire a tout de la bonne grosse Pignouferie de Presse.

Les pignouferies de la presse

On apprend tout de même (dans cet article par exemple) que, je cite :

Le maire explique qu’il refuse « toute augmentation d’impôts locaux » ou « toute baisse des actions de service public » de la commune.

Autrement dit, on n’a plus un rond, mais il est hors de question, je répète, HORS DE QUESTION, que nous nous serrions la ceinture, non mais et puis quoi encore ? On dirait l’État grec ou français, tiens. On le comprend ici, le brave Stéphane n’a absolument rien à foutre du sort des contribuables du reste du pays. Il veut continuer à vivre dans sa petite commune et y être vu comme le petit bienfaiteur local qui distribue les petits travaux municipaux alors que la situation est catastrophique. Il veut continuer à distribuer l’argent des autres avec la charité et la ferveur de celui qui dépense quelque chose qui ne lui coûte rien, à lui, personnellement…

Tout ceci est fort amusant, vu de loin. Et d’ailleurs, pignouferie pour pignouferie, les choses étant ce qu’elles sont, voici la mienne.

Le kmaire vert de Sevran, ville de Seine-Saint-Denis en déficits réguliers depuis dix ans, a entamé vendredi une opération de communication culpabilisante devant l’Assemblée nationale pour demander l’argent gratuit des autres afin de renflouer sa commune suite à ses propres erreurs de gestion répétées.

« Les pétitions et les discours, ça ne suffit pas », a déclaré Stéphane Gatignon devant le Palais-Bourbon, où une centaine de bénéficiaires de ses largesses, des élus-fonctionnaires et des habitants de Sevran, s’étaient déplacés. « Je reste là jusqu’à mardi et plus s’il le faut », a-t-il prudemment ajouté, ne visant manifestement pas un mois complet de jeûne. Élu, mais pas téméraire non plus, hein.

Stéphane Gatignon réclame des tombereaux d’argent frais enveloppés dans la langue de bois habituelle de la « réforme des finances et de la fiscalité locales », soit une grosse augmentation joufflue de la distribution de solidarité urbaine (DSU), qui doit être votée mardi à l’Assemblée, les coïncidences faisant de bons comptes dodus. Le 19 octobre, il avait déjà émis quelques chouinements pathétiques en direction des parlementaires pour réclamer une aide évidemment présentée comme exceptionnelle de cinq petits millions d’euros de rien du tout pour sa commune de 50.000 habitants, soit un endettement supplémentaire de 100 euros par personnes (dont certaines n’ont pas ce genre de moyens à s’octroyer, mais baste, ne chipotons pas avec l’argent des autres). Commune à laquelle les méchantes banques refusent de faire crédit, au contraire de la période avant 2009 où c’était open-bar. « Si nous n’avons pas ces 5 millions d’euros, nous ne pourrons pas avoir des emprunts de la Caisse des dépôts et nous ne pourrons pas payer les entreprises qui travaillent actuellement pour nous », a-t-il expliqué sans rire vendredi, assis dans une tente déployée par quelques sous-fifres devant l’Assemblée nationale, tente qui aurait été violemment démontée par la police nationale n’eut été la présence fortuite d’une douzaine d’équipes de journalistes venus inopinément filmer toute la scène.

gatignon veut du pognon

Pour rappel, le ministre de la Ville dont le nom n’intéresse personne indiquait dans un courrier adressé fin octobre à Stéphane Gatignon que la DSU, qui a atteint 1,37 milliard d’euros en 2012, doit encore augmenter d’un bon gros « 120 millions d’euros » en 2013, marquant ainsi l’habituelle austérité dont l’État fait preuve en cas de soucis. Et pour adoucir encore cette terrible augmentation, le ministre machin précisait également que « la dotation de développement urbain (DDU) », réservée aux 100 villes les plus pauvres, serait elle aussi « reconduite à hauteur de 50 millions d’euros », yahou, bingo et tout ça.

Manifestement, ça ne suffit pas encore puisque Gatignon demande une hausse supplémentaire de 180 millions d’euros de la DSU parce qu’il sent que s’il ne demande pas ça, ce serait gâché en réjouissances sans lui. Et puisque la période de Noël se rapproche, il en profite pour réclamer aussi, bien détendu du budget des autres, le doublement de la DDU « de 50 à 100 millions d’euros », parce que tout cet argent ne sort pas de son propre compte en banque. Pour enrober tout ça, il tente une petite larmichette sur le mode « nous nous battons à l’euro près » (et il aime bien mener 100 millions de combats à la fois, semble-t-il). Malgré tout, il convient que cet arrosage massif n’empêche rien : « il n’y a jamais eu autant d’inégalités entre les territoires », pleurniche-t-il dans un torchon distribué vendredi. On se demande bien pourquoi on continue à tant lui donner, d’ailleurs…

Ah, qu’elle est belle, l’austérité socialiste. Qu’il est rigolo, ce pays foutu !


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Sur le web

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  1. -« Ok j’ai pas les thunes pour construire toutes les merdes que mon électorat me demande. Ca te dirait de me donner ton argent pour ma réélection? »
    Bah non ça me dit certainement pas: Welcome to real life bitch.

  2. J’y pense. Il n’était pas question d’un arrêté anti-mandicité à une époque?
    Nan mais parce qu’à ce tarif là, il va nous faire regretter ces bons vieux roms.

    1. Pas besoin de la tôle, ça coûte trop cher au contribuable.

      Il est plus efficace de taper au porte-monnaie de nos chers élus : remboursement des indemnités et frais perçus depuis leur élection, interdiction définitive de se présenter à une élection ou d’adhérer à un parti politique, déchéance des droits civiques pour lui et les autres élus ; vente des propriétés et équipements publics inutiles, licenciement du personnel communal excédentaire, plan de redressement budgétaire sous contrôle du préfet ; et pour conclure après le redressement budgétaire dans quelques années, dissolution de la commune par fusion/subdivision avec les communes voisines.

      Quelques exemples devrait suffire à calmer l’engouement des 36000 maires pour la dette sans limite et les budgets déficitaires, à condition d’encadrer fermement les taxes d’habitation et taxes foncières : il ne servirait à rien de sanctionner les populations pour les délires de leurs élus.

        1. « La « taule », c’est beaucoup mieux :) »

          En fait je parlais d’un bon coup de tôle derrière la nuque… plus économique… -Et hop ! personne n’a rien vu de mon horrid error de le ortograf- ;)

  3. Moi je suis un salaud d’égoiste .
    Donc j’ai une proposition:
    que les belles âmes compréhensives et altruistes se donnent la main et renflouent tous ces déficits. Puisqu’ils sont gentils et « cool » , qu’ils nous montrent comment il faut faire a nous les un-compréhensifs !!

  4. Blague à part . Tout ça c’est du cirque institutionnel .
    Vas-y montre toi à la télé et puis j’arrive avec les taxes des autres et je te « renfloue ». Exactement comme on envoie la CGT manifester et ensuite une petite ralonge pour la RATP, SNCF, EDF etc…

  5. Gageons qu’il inspirera bien d’autres mères de villages résistants à l’envahisseur ultralibéral ! La bataille contre le monde de la finance apatride ne fait que commencer, le capitalisme anonyme n’a qu’à bien se tenir ( : raquer) !

    1. Je me moque mais suis tout de même bien content de l’installation du feu tricolore tout neuf dans le village voisin : les trois automobilistes qui empruntent chaque jour ce passage seront ravis de pouvoir profiter du panorama (une petite église) quelques minutes avant de reprendre leur dos-d’âne’party. Je ne peut non plus ignorer l’investissement de long terme engagé dans mon lotissement, sans sans que qui que ce soit ait eu à faire une quelconque demande : superbe trottoir empêchant enfin deux autos de circuler en même temps, le tout bâti en quatre mois (selon les prévisions…), quand un salaud d’exploiteur capitaliste aurait bâclé cela en deux semaines. Certes les jolis arbres qui ornaient la voie ont laissé place au macadam tout en diminuant le nombre de stationnement (aux grands esprits rien n’est impossible), mais qu’il est rassurant de ne plus trouver de différences esthétiques si discriminatoires dans les communes de France. Et puis le neuf c’est tout même autrement plus classe que ces vieux murs de pierre et ces mairies du début du siècle ! (notre mairie est un bâtiment à la forme étrange, toute en verre!, ce qui lui est fort utile pour gérer 3500 habitant). Étonnamment, mon entourage (majoritairement de gauche) nourrit quelques doutes quant à l’opportunité de ces investissement si républicains ; je m’en vais de ce pas les dénoncer.

  6. Lire H 16 est un bon exutoire, car lorsqu’on lit la presse française et que l’on observe ce qui nous sert de classe politique, l’envie de distribuer des baffes pourrait devenir irrépressible!

  7. De nombreuses collectivités locales sont piégées par les crédits risqués des crédits dits « structurés ».Un crédit structuré comporte une première période sécurisée de deux à cinq ans, où le taux d’intérêt est bas. Il permet à l’emprunteur d’alléger ses frais financiers. Mais ensuite, le taux devient variable et suit l’inflation, les cours de devises étrangères (franc suisse, dollar, livre, yen), voire le prix de l’électricité ou les écarts entre divers taux directeurs, de long ou court terme, à Londres ou New York.
    Chaque jour, peut être calculée une « valeur liquidative » du crédit, c’est-à-dire une pénalité de sortie. Une épée de Damoclès est bel et bien suspendue au-dessus de nombreuses collectivités… et des contribuables ! Dix-huit régions sur 22 ont souscrit de tels prêts, 62 départements sur 100, des milliers de communes, 373 établissements de santé, 107 organismes HLM et 42 sociétés d’aménagement. Scandaleux.

    1. Quand un outil financier est très (trop) compliqué, on ne le prend pas. D’ailleurs, les comptes perso de Gatignon ne sont pas du tout gérés comme ceux de la ville. On peut parier qu’il s’en sort même plutôt bien. Qu’est-ce que ceci peut bien vouloir dire, hein ? Mmh ?

    2. Les statistiques de Chris démontrent amplement que les élus et décideurs des diverses collectivités territoriales et établissements publics sont majoritairement des crétins incompétents. La vraie question est donc de comprendre pourquoi la politique attire de tels profils aussi bas de gamme. On peut spéculer sans trop de risques de se tromper que l’explication principale à ce phénomène tient à l’argent qu’on s’y faire sans beaucoup d’efforts sur le dos de la population. Providentiel pour les corrompus, l’Etat socialiste n’a jamais aussi bien porté son nom.

    3. « Une épée de Damoclès est bel et bien suspendue au-dessus de nombreuses collectivités »

      Je ne comprend pas du tout la logique de l’emprunt pour un village ou une commune qui a plusieurs siècles ?

      Pour un humain je vois bien: profiter plus jeune d’un bien qu’il remboursera forcément avant sa fin mais ça n’a aucun sens pour un village ou à chaque époque on doit dépenser pour rénover et entretenir.

      C’est de l’escroquerie: un achat (de vote) immédiat avec de l’argent qui ne leurs appartient pas voir même qui aurait du appartenir à des personnes qui ne sont même pas encore nées.

  8. EXCELLENT…. FELICITATIONS à l’auteur !

    (Et je suis un des « spécialistes » de DEXIA – sans tout savoir, bien sur -tant s’en faut,car le sujet est trop vaste… – depuis AVANT sa création !
    Nous avons beaucoup de docs sur les questions posées aux principaux Administrateurs – et reçues par eux..- depuis plus de dix ans.
    Cela PUAIT déja.
    Il faut maintenant faire monter la pression pour des SANCTIONS ? Bien que cela soit difficile – voire dangereux : car = affaire STAVISKY , en PIRE …

  9. Si vous voulez constater par vous même, les limites de la démagogie, recherchez le rapport de la cour des comptes sur google sur sevran : IFR201215.pdf Rien qu’avec le préambule et la table des matières vous allez tout comprendre . Les limites de la démagogie sont dans les faits et le « parcours professionnel » de ce monsieur parle tout seul. Y’en a marre des mythos …

  10. Qui veut participer au concours de la ville la plus mal gérée? la plus endettée,? où l’argent des contribuables sert à ériger des monuments et du mobilier urbain laids, inutiles et tape à l’œil. Des plans de circulation imbéciles, et des animations débilitantes à longueur d’année. Beaucoup de gagnants à ce concours sans doute.