Mort des politiques et naissance de l’e-démocratie

Publié Par Daniel Hannan, le dans Politique

Le web et les nouvelles technologies de l’information vont transformer l’industrie politicienne, faire dépérir l’État et redonner toute sa puissance à la société civile.

Par Daniel Hannan, depuis Oxford, Royaume Uni.

« Ça ne peut plus continuer ainsi ! » s’exclament les conservateurs. Ils ont raison. Les États de l’Europe de l’Ouest ont dépassé leurs capacité. Leurs caisses sont vides, leurs électeurs en colère. Dans l’impossibilité de ponctionner plus de revenus de leurs citoyens, ils en sont venus à taxer le groupe de personnes qui n’est pas en mesure de protester : les générations futures. Mais on arrive au stade où même les crédits de ceux que Shakespeare appelait « vos enfants qui ne sont ni nés ni conçus » sont à court. Ça ne peut plus continuer ainsi.

Quelle est donc la prochaine étape ? C’est la question vis-à-vis de laquelle beaucoup de conservateurs restent vagues. Sauf Douglas Carswell. Son point de vue est tellement évident. Seules les prédispositions pessimistes de certains droitistes les empêchent de le percevoir.

Si ça ne peut plus continuer ainsi, ça ne le pourra pas. Si l’État ne peut plus s’étendre, il ne le fera pas. Si l’État ne peut plus assumer de nouvelles responsabilités, il n’y arrivera pas. Si la machine est en panne, elle grésillera jusqu’à son arrêt.

Au moment même où les actions de ce gouvernement atteignent leurs limites, déclare Douglas, les changements technologiques le rendent inutile. Internet a mis entre les mains de citoyens privés des informations que, 15 ans plus tôt, un département bureaucratique entier aurait eu des difficultés à compiler. La révolution des différents moyens de communication rend inutile les intermédiaires.

Douglas s’appuie sur son expérience en tant que Membre du Parlement de l’Essex (une « tête ronde » incorruptible, il est l’authentique voix de ce comté aux positions radicales). Il décrit comment les restrictions étatiques sur la construction immobilières, imposées par un organisme semi-public en rapport avec les inondations, ont créé l’un des endroits les plus misérables d’Angleterre. Il remarque que certains problèmes sociétaux – militer pour la création d’une école, par exemple – disparaissaient lorsque les militants communiquent directement entre eux via les réseaux. Il explique, en termes pratiques plus qu’en théorie, pourquoi l’action de l’État tend à être le problème, et l’initiative privée la solution.

Douglas sait de première main qu’une majeure partie du travail des politiciens n’est désormais plus utile. Combien de temps faudra-t-il avant que la logique s’impose aux ministères ?

Internet a cruellement creusé le fossé entre nos relations avec l’État et nos relations avec tout le reste. Quand on veut lire un livre ou réserver une chambre d’hôtel, on sait qu’on peut le faire en quelques clics de souris. Comparez cela aux efforts pour obtenir un permis d’extension de son garage ou pour placer son enfant dans l’école de son choix.

Ce n’est pas seulement le rôle de nos politiciens qui changent. Toutes sortes de professions vont être exposées. Combien de temps encore aurons-nous besoin de notaires quand nous achetons une maison ? Les formulaires nécessaires seront facilement téléchargeables. Les symptômes que votre médecin généraliste vérifie en ligne peuvent maintenant être vérifiés par vous-même. Pourquoi payer une redevance télévisuelle quand on peut, en pratique, créer son propre programme ?

Mais ce sont les organismes publics qui seront les plus réticents au changement car, contrairement aux autres professions, l’État pourra légiférer pour préserver leurs monopoles.

Là aussi, les appareils pourraient bien ne plus avoir le choix. La mobilité des individus et des entreprises les exposera à la concurrence fiscale, qui fera pression à la baisse sur les taux. Alors que les taxes s’aplaniront, et ne pourront plus être supportées par une minorité ciblée, les recettes cesseront d’augmenter. À ce stade, l’État aussi cessera de croître et libérera certains de ses fonctionnaires pour qu’ils puissent travailler dans un secteur producteur – et non plus consommateur – de richesses.

Lisez ce livre et gardez courage ! Ça ne peut plus continuer ainsi.

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Sur le web.

Traduction : Virginie Ngo pour Contrepoints.

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  1. Le pouvoir électronique c’est aussi une façon sans détour et sans compromis de dénoncer ce qui dans d’autres temps aurait été étouffé par un pot de vin.

    Génération sans compromis, mais aussi sans autocritique !

    On est dans la merdre comme dirait un comédien !

  2. [[ Les États de l’Europe de l’Ouest ont dépassé leurs capacité. Leurs caisses sont vides, leurs électeurs en colère.]] dites-vous , Mr Hannan ?

    Certes oui. Prisonniers de leurs élans clientélistes, les élus politiciens – volontiers corporatistes – agissent pour la plupart comme si rien n’était. Ah oui, nous les entendons clamer leurs inquiétudes devant micros et TV. Mais au-delà, pour autant que leurs fourchettes de dépenses restent proches de bonnes habitudes, rien ne les trouble. La manne de leurs dépenses publiques est tellement large que tout usage abusif se dilue dans la masse.
    Alors oui, merci au web de capter toutes ces mouches !

    Resterons-nous ensuite étonnés de lire que l’anar-clownesque Cohn-Bendit se rebelle à la pensée d’une G-B de Cameron (peu conformiste aux voeux du parlement), souhaiterait un referendum ?
    Une Europe proche du citoyen, c’est pourtant aussi celle du web, ne leur en déplaise !