Attendre 15 minutes à l’urgence, c’est possible

Publié Par Michel Kelly-Gagnon, le dans Santé, Suisse

En Suisse, les établissements privés de santé contribuent grandement à l’efficacité et à l’accessibilité aux soins dans le cadre d’un système de santé universel.

Par Michel Kelly-Gagnon, depuis Montréal, Québec.

La clinique de La Source à Lausanne.

Depuis sa création, l’Institut économique de Montréal (IEDM) a publié de nombreuses études portant sur les rouages du système de santé canadien et proposé des pistes de réformes possibles en s’inspirant de l’expérience d’autres pays.

Après la Suède, la France et l’Allemagne, l’IEDM s’est penché récemment sur le cas de la Suisse et est allé voir comment sont livrés les soins de santé dans les hôpitaux de ce pays de quelque 8 millions d’habitants.

En Suisse, l’organisation du système de santé a évolué dans le sens opposé à celui du Canada, où la tendance a plutôt été celle d’une réglementation et d’un financement public de plus en plus centralisés.

Depuis 1994, les Suisses peuvent choisir librement leur fournisseur d’assurance maladie – en plus de leurs établissements de soins de santé et de leurs médecins. Cela favorise un haut niveau de concurrence entre les 90 assureurs privés – tous à but non lucratif – sur le plan des prix et de la qualité des services.

Il n’existe pas de ministère fédéral de la Santé. Chaque canton s’occupe de l’organisation des soins sur son territoire de façon indépendante et s’assure que tous ses habitants disposent d’une couverture médicale de base. En 2010,environ le tiers des citoyens du pays ont reçu une assistance financière du gouvernement pour réduire leur prime d’assurance.

Le secteur privé occupe une place importante dans le paysage hospitalier en Suisse, où 40% des hôpitaux sont privés. Les citoyens disposent d’une grande liberté dans le choix de leur prestataire de soins et y demeurent fortement attachés. Seuls 8% d’entre eux seraient prêts à renoncer au libre choix si cela pouvait faire baisser les coûts du système de santé.

La rapidité avec laquelle les patients sont pris en charge est spectaculaire. L’attente est à toute fin pratique inexistante, comme en font foi les plus récentes données de l’enquête internationale du Commonwealth Fund. Au cours de la dernière année, seulement 4% des Suisses ont dû attendre 6 jours ou plus avant de pouvoir rencontrer un médecin lorsqu’ils en ont eu besoin, alors que 40% des Québécois ont été forcé de patienter aussi longtemps. Avant de pouvoir obtenir un rendez-vous avec un médecin spécialiste, il fallait en moyenne 11 jours à un patient suisse et 78 jours à un patient québécois, en 2011.

Une critique souvent émise à l’endroit du système de santé suisse veut qu’il s’agisse d’un système coûteux. Or, la part de la richesse collective de la Suisse consacrée à la santé est inférieure à celle du Québec. En 2009, les dépenses totales de santé représentaient 11,4% du PIB de la Suisse et 12,6% du Québec. Ces chiffres sont cependant trompeurs dans la mesure où le pourcentage de la population âgée de 65 ans et plus est nettement plus élevée en Suisse (17,8%) qu’au Québec (15,4%).

Et force est de constater que les Suisses en reçoivent plus pour leur argent. Par exemple, comparativement au Québec, la Suisse possède deux fois plus d’appareils d’imagerie médicale et près de 60% plus de lits d’hôpitaux par millier d’habitants, sans compter un nombre beaucoup plus élevé de médecins et de personnel infirmier.

Les réformes s’inspirant de mécanismes de marché ont apporté des améliorations bien concrètes au système de santé et très peu de gens en sont insatisfaits. Selon un sondage récent, 71 % des citoyens souhaitent que le système de santé s’oriente encore davantage vers des solutions de marché, contre à peine 22 % qui souhaitent un plus grand contrôle de l’État.

Somme toute, l’expérience de la Suisse montre encore une fois que le secteur privé peut contribuer, de façon constructive et efficace, à l’offre de services dans un système de santé public, sans menacer les objectifs d’équité et d’universalité dans l’accès aux soins.

Visionner le reportage sur le système de santé suisse de l’IEDM.

Bande-annonce :

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Sur le web.

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  1. Il y’a une petite erreur dans l’article. Avant 1994, date d’entrée en vigueur de la LAMal (Loi sur l’assurance maladie), le système d’assurance était déjà entièrement privatisé.

    Depuis 1994, les gens ont l’obligation de s’assurer pour un ensemble de prestations santés définis par la loi et peuvent après prendre une assurance complémentaires pour des prestations non-couvertes.

    A noter que la LAMal introduit aussi le système TARMED … qui est une tarification UNIQUE et CENTRALISEE de toutes les prestations médicales en Suisse. La « concurrence » n’est donc qu’au niveau des assureurs, pas des prestataires de soins qui se retrouvent pratiquement des fonctionnaires … paradoxe quand on pense que médecin est catégorisé dans les professions libérales.

    Les assureurs bénéficiant d’une rente de situation (obligation de s’assurer) fait monter les primes d’assurances d’années en années et certaines familles joignent de plus en plus difficilement les deux bouts, d’où le 33% de Suisse qui ont du recevoir une aide du gouvernement pour payer leur primes …

    Nous sommes malheureusement très loin du nirvana perçu par l’IEDM …

    Lien complémentaire sur le système de santé Suisse: http://www.libinst.ch/?i=l-etat-dans-le-systeme-de-sante-suisse–fr

    1. Intéressant. Vous diriez qu’avec ce contrôle des prix bureaucratique, l’évolution depuis 1994 du système de santé suisse est plutôt vers plus d’intervention de l’état ?

      1. Elle est clairement vers une main mise absolue de l’état sur le système de santé.

        Enfait, il ne faut pas oublier que la loi a bien évidemment dû passer devant le peuple ^^ Donc les socialistes, à l’origine de cette dernière, ont dû faire des compromis typiquement helvétique pour espérer gagner des voix au centre-droite.

        Ils ont intégré un pseudo-système de concurrence entre les caisses d’assurance maladie et la loi est passée.

        Pour info, quand vous changez de caisse maladie:

        - la couverture santé est la même (pas de concurrence sur le produit)
        - vos cotisations dans l’ancienne assurance ne vous suivent pas, même partiellement , créant un vrai casse-tête pour la gestion des réserves côté assureur.

        Pourquoi vous voudriez changer de caisse ?

        La cotisation est revue à la hausse ou à la baisse chaque année (jamais vu une baisse depuis l’introduction du système :)) … si vous trouvez une hausse trop importante, vous pouvez changer de caisse. Vous ne pouvez pas annuler purement et simplement le contrat puisque … l’assurance est obligatoire …

        Bref, les prix augmentent ainsi chaque année depuis 1994 et aujourd’hui, les socialistes arrivent la bouche en coeur « Vous voyez, la concurrence ça marche pas … on va vous proposer une caisse fédérale unique et vous verrez que tout ira mieux, nous maîtriserons ainsi les coûts de la santé ».

        Et comme tout le peuple en a marre du système actuel, au point que j’entends même certains des mes collègues Libéraux-Radicaux dire « A force, j’en viens à être pour la caisse unique » … ben on se dirige vers un contrôle complet du système de santé par l’état.

        Si vous osez parler d’abolir l’obligation de s’assurer, vous êtes soit catégorisé UDC (droite nationaliste), soit on vous refait le film de Michael Moore sur tous les pauvres qui mourraient aux USA avant que Obama vienne les sauver …

        Voilà en très grossier résumé … il y’aurait de quoi écrire un livre sur le système de santé Suisse.

  2. c’est beau oui ! si seulement c’était aussi facile partout…
    mais donc comment cette collaboration fonctionne-t-elle si bien ? ça n’est pas vraiment expliqué… que gagne le privé à collaborer ?

    ici aux USA une collaboration serait hors de question ! on me fera attendre 24h aux urgences, même si l’hôpital d’à côté qui appartient à un autre circuit est vide… la concurrence est reine !