Votre crayon ? Vous ne l’avez pas fabriqué !

Publié Par A. Barton Hinkle, le dans Non classé

Obama avait en partie raison de s’écrier « You didn’t build that ! » Personne ne peut fabriquer seul un crayon, comme l’expliquait Leonard Read. Pour autant, il n’est pas nécessaire de créer des « Ministères de Crayons ».

Par A. Barton Hinkle, depuis les États-Unis.

La plupart des gens n’accuseraient jamais le Président Obama de lire en cachette du Milton Friedman le soir sous sa couverture. Et pourtant, le Saint-patron du laissez-faire n’aurait sans doute pas été aussi outré que l’ont été beaucoup de Républicains face à la remarque d’Obama le mois dernier à Roanoke selon laquelle « Si vous avez une entreprise, vous ne l’avez pas bâtie. Quelqu’un d’autre l’a fait arriver. » [If you’ve got a business – you didn’t build that. Somebody else made that happen.]

Les Républicains ont donné à Obama une raclée rhétorique pour cette gaffe, et leurs attaques ne montrent pas de signe de relâchement. Parce que cette remarque arrange énormément leurs affaires ; mais aussi parce qu’elle rouvre une ligne de rupture idéologique qui remonte à des décennies de cela.

Ladite gaffe va exactement dans le sens du narratif que les Républicains font d’Obama : qu’il ne comprend pas les affaires et la libre entreprise, qu’il pense que tout ce qui est bon vient du gouvernement, qu’il est au plus profond de lui collectiviste en économie. Il aura fallu au camp de Romney environ deux picosecondes pour aligner une phalange d’entrepreneurs pour témoigner qu’ils ont construit leurs affaires avec leur propre sueur et leur propre sang, merci.

Les Démocrates ont contre-attaqué, mais pas très habilement. Leurs arguments se réduisent à (a) Obama n’a pas dit ça, et (b) il avait raison en le disant !

Tout ceci n’est qu’un vernis neuf posé sur un vieux débat. En 1934, Roosevelt a attaqué ce qu’il appelait la notion de « l’homme autosuffisant » [NdT : en anglais, self-supporting man]. « Sans l’aide de milliers d’autres gens, n’importe lequel d’entre nous mourrait, nu et affamé. Prenez le pain sur notre table, les vêtements sur nos épaules, les produits de luxe qui rendent la vie agréable ; combien d’hommes ont travaillé dans des champs écrasés par le soleil, dans des mines obscures, dans la chaleur torride du métal en fusion et parmi les machines et les rouages d’innombrables usines, pour créer tout cela afin que nous en profitions ».

Et ce que le journaliste Elmer Davis a dit un jour de Roosevelt peut être dit d’Obama à son tour : « On ne pourrait pas être en désaccord avec la moindre de ses généralités ». Personne ne nie que l’homme est un être social qui compte sur les autres depuis le moment de sa naissance. En effet, quand Obama disait à Roanoke que « quelqu’un a aidé à créer ce système américain incroyable que nous avons et qui vous a permis de prospérer », il aurait pu citer Milton Friedman ou n’importe lequel d’une douzaine d’autres économistes libéraux à son appui.

Un exemple : dans le fameux essai de Leonard Read « Moi, le crayon », popularisé plus tard par Friedman, Read démontre le miracle de la main invisible d’un marché libre. Personne, explique-t-il, ne peut fabriquer de crayon à lui tout seul. Le bois du crayon vient de cèdres de Californie ; savez-vous faire une scie, ou abattre un arbre ? Il est acheminé par train ; savez-vous faire marcher une ligne de chemin de fer ? Il est passé par un échoir ; savez-vous en construire un ? Le graphite provient de mines au Sri Lanka ; vous savez peut-être miner du graphite ? Chaque crayon est enduit de laque ; savez-vous en fabriquer ? La virole est en laiton… Bon, vous avez compris où je veux en venir.

Read et Friedman se servent d’un crayon pour montrer la folie de la planification centralisée : personne ne peut connaître tout ce qui est nécessaire à produire des crayons. Et en effet, l’histoire a prouvé que, quand les États créent des Ministères des Crayons (c’est là une métaphore), ils ratent leur coup. Inévitablement, et à très grande échelle.

Obama, au contraire, semble tirer la leçon opposée : que parce que « il y a des choses que l’on fait mieux ensemble » (dixit ses paroles à Roanoke), ces choses devraient être faites par – ou au moins gérées par – un gouvernement centralisé, et de préférence avec lui à la barre. « C’est pourquoi je me présente à l’élection présidentielle », a-t-il dit. Comme le fait Elizabeth Warren, une autre coqueluche des progressistes, Obama conclut par la même occasion que les entrepreneurs méritent moins de reconnaissance que ce qu’ils en reçoivent, et moins d’argent que ce qu’ils gagnent. Et c’est là qu’il s’égare.

Ce dont nous avons besoin à présent est de distinguer entre une condition nécessaire et une condition suffisante. Une société complexe est nécessaire pour créer des entreprises, mais elle n’est pas suffisante. D’innombrables personnes ont rendu possibles l’informatique moderne et Internet. Mais c’est Elon Musk, et personne d’autre, qui a permis à PayPal de voir le jour.

Et même s’il n’en était pas ainsi, même si la contribution de Musk à la création de PayPal n’était pas plus grande que cette de Phil, le type avec un bouc qui travaille comme serveur chez Starbucks et qui a un autocollant Occupy Everything sur sa voiture, l’approche d’Obama laisse une question cruciale sans réponse : pourquoi serait-ce Phil, plutôt qu’Elon, qui bénéficierait des fruits du succès de PayPal ?

Supposons que vous me vendiez un crayon. Vous ne l’avez pas fabriqué. Et pourtant, je vous en donne volontiers un dollar. Quel droit avez-vous sur ce dollar ? C’est difficile à dire ; ce qui est certain, par contre, c’est que vous avez bien plus le droit de le garder qu’un tiers de vous le prendre.

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Paru sur Reason.com  le 08.08.2012 sous le titre Got a Pencil ? You Didn’t Build That.
Traduction : Benjamin Guyot pour Contrepoints.

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  1. La citation d’Obama dans cet article est incomplète : « If you were successful, somebody along the line gave you some help. (…) Somebody invested in roads and bridges. If you’ve got a business — you didn’t build that. Somebody else made that happen. » Le « somebody » en question, c’est l’Etat. Dès lors, la critique est justifiée car d’où l’Etat tient-il les moyens de construire des ponts, des routes et des écoles ?? Du contribuable. Pourquoi devrions-nous donc remercier l’Etat des choses que nous avons payées ?

    A lire sur le sujet : http://www.institutcoppet.org/2012/07/30/les-petits-entrepreneurs-a-obama-vous-nous-etes-redevable-traduction/

    1. ça ne change rien au propos de l’article.

      Ce que cet article montre de façon très intéressante c’est que, si les propos liminaires dans la citation d’Obama et dans celle de Milton Friedman (il faut regarder la vidéo) sont étrangement similaires, ils débouchent toutefois sur des conclusions radicalement opposées.

      Bien sûr qu’un entrepreneur ne se fait pas « tout seul » et qu’il a besoin pour réussir des fruits du travail d’autrui. Mais ça ne veut pas dire qu’il faut organiser de façon centralisée le travail d’autrui. La libre coopération réalise beaucoup mieux ce que prétend faire la coordination centralisée.

  2. En énonçant cette « citation historique », Barrak Hussein Obama avait probablement en mémoire l’image de ces fonctionnaires en lustrine ayant charge de comptabiliser les impôts grâce auxquels « ils » font entretiennent la chaîne de leurs dépenses publiques et celles vers des électeurs improductifs et/ou des bénéficiaires d’allocations, aucun d’eux ne contribuant à la vie véritable d’une Nation, US ou autre.
    Aux quelques objecteurs de traduction qui se signalent ici, doit-on noter que nombre de « réalisations » aux USA sont le fait d’initiatives privées (et de mécénats) dépassant le rôle ordinaires des pouvoirs en Europe ? Donc tous ceux-là n’attendirent pas la venue du messie Obama pour mener à bien leurs projets !

    Barrak H. O. a conquis des émules parmi nos dirigeants des gôches. Sous le règne de Flamby, nos dogmatiques de l’illusion sont mis en charge de re-dynamiser l’économie socialiste de la France. Demain, nous y retiendrons ici un B. (comme Baratte) A. (comme Âne) Montebourg !