Les risques cachés de l’assurance vie française

La crise bancaire mondiale secoue même les investisseurs français. Les assurances-vie sont-elles prêtes à faire face aux défis économiques à venir ?

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Les risques cachés de l’assurance vie française

Publié le 12 mai 2023
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La crise bancaire a fait encore une nouvelle victime. PacWest annonce réfléchir à une vente. SVB, Signature, First Republic… Le schéma est bien connu. Les dépôts s’envolent vers des cieux plus rémunérateurs et obligent la banque à vendre des actifs obligataires à perte.

En tant qu’investisseur français, tout cela vous paraît sans doute bien lointain. Il y a peu de probabilités que vous soyez exposé au secteur des banques régionales américaines. Bien sûr, Crédit Suisse a disparu. Mais là encore, à moins d’en avoir été actionnaire ou porteur obligataire, vous avez à peine senti le vent du boulet. Même si vous aviez des banques européennes en portefeuille, le secteur a certes fait preuve d’un regain de volatilité, mais il affiche tout de même une hausse de près de 7 % depuis le début de l’année.

Mais attention, les risques auxquels votre épargne est exposée ne sont pas que des risques de marché. Il faut garder à l’esprit qu’avec l’assurance vie « à la française », vous avez un risque de contrepartie, car votre investissement constitue une créance vis-à-vis de la compagnie d’assurance. Si, dans un cas improbable, elle périclite, vous n’êtes protégé que pour un montant de 70 000 euros.

 

Eurovita : le canari dans la mine de charbon ?

Mais improbable ne signifie pas impossible. Car si vous parlez à un épargnant italien, il vous dira sans doute que les clients d’Eurovita, compagnie d’assurance vie italienne, voient leur fonds bloqués depuis le 6 février du fait de sa quasi-faillite. On parle tout de même de 15 milliards d’euros.

Comme Fitch Rating l’indique, le cas Eurovita « souligne les risques qu’une hausse rapide des taux d’intérêt peut faire ». Les compagnies en France sont plus solides qu’Eurovita dans leur ensemble. De plus, il existe une viscosité aux flux sortants. La dégradation de l’attrait fiscal au cours des années a rendu les nouveaux contrats moins attractifs que les plus anciens. Néanmoins, ce phénomène a une fin.

Dans la durée, si les contrats d’assurance vie voient leur attrait actuel se maintenir, alors il sera plus facile d’en changer. Si leur attrait se réduit encore, alors l’option du compte-titres prendra plus de sens. Dans les deux cas, cette viscosité risque bien de se réduire dans les années à venir, permettant aux capitaux de voguer là où la rentabilité est la plus attractive.

 

Justement, parlons rentabilité

Selon l’ACPR, la rentabilité moyenne des fonds euros a été de 2 % en 2022. Elle est estimée à 2,5 % en 2023. Sur la base des taux au 31 décembre 2022, un panier d’obligations d’États de la zone euro délivre un taux moyen 3,0 % (3,20 % au 5 mai 2023).

Pour la première fois depuis neuf ans, la rentabilité attendue de ce panier est passée au-dessus de la rentabilité du fonds en euro. Il est important de noter que le panier sélectionné ne comporte pas de risque d’entreprises privées ou de devises. Ainsi, à moins d’une chute rapide des taux d’intérêt, la rentabilité du panier obligataire sera durablement supérieure à la rentabilité d’un fonds euro lambda, qui, lui, porte le risque de la compagnie d’assurance et du bon vouloir du Haut conseil de stabilité financière de geler vos avoirs grâce à la loi Sapin 2. Et dans cette éventualité de baisse des taux, vous verriez votre panier obligataire se valoriser bien plus rapidement que votre fonds euro. Seuls les nouveaux entrants après la baisse auraient à se reposer la question de l’arbitrage entre le fonds en euros et le panier obligataire.

 

 

Par ailleurs, on peut légitimement s’interroger sur la capacité des compagnies d’assurance à améliorer le rendement du fonds en euros si, comme en 2022, les actions et les obligations chutent de concert. La hausse de la rémunération apparaît en réalité comme une nécessité face à la remontée des rendements des livrets réglementés, et pas le reflet d’une réalité de marché.

Jusqu’à quand ce phénomène peut-il durer ?

 

Une différence notable néanmoins

Le fonds euro bénéficie d’un atout unique. Son fameux « effet cliquet » magique qui fait que la performance d’une année est acquise.

Le panier obligataire est, lui, soumis aux prix du marché. Cet avantage est à juger à l’aune des besoins de chacun. Mais à mes yeux, c’est un bien maigre avantage pour celui qui investit à long terme. C’est de plus un avantage chèrement payé en termes de hausse du risque.

 

En conclusion

Nommer « enveloppe fiscale » l’assurance vie française est finalement impropre car le souscripteur est induit en erreur. Il devrait autant se concentrer sur le terme « enveloppe » que sur l’attrait fiscal. Dans l’inconscient de chacun, une enveloppe est indépendante de son contenu.

Vous pouvez adresser une lettre d’amour ou d’insultes, l’enveloppe ne sera pas impactée. Pour l’assurance vie, c’est finalement bien différent. Envisager d’investir dans une assurance vie française, c’est parier que les taux d’intérêt ne poursuivront pas leur tendance haussière et que l’assureur restera en bonne santé. C’est une perspective raisonnable pour le cycle actuel. Mais la considérer comme acquise à long terme est un vrai choix. Il est osé car c’est prendre un risque non rémunéré.

 

Pour en savoir davantage : 

Revivez le webinaire « Alerte sur l’assurance vie à la française ?» : cliquez ici 

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  • Mouais.
    Si un assureur va mal, les AV qu’il gère peuvent être reprises par un autre.
    S’ils vont tous mal, alors on aura d’autres chats à fouetter. Car si le secteur le plus sécurisé de l’économie financière est à la peine, c’est qu’on a affaire à une crise totale, du 2008 puissance 100 !

  • Mouais.
    Si un assureur va mal, les AV qu’il gère peuvent être reprises par un autre.
    S’ils vont tous mal, alors on aura d’autres chats à fouetter. Car si le secteur le plus sécurisé de l’économie financière est à la peine, c’est qu’on a affaire à une crise totale, du 2008 puissance 100 !

    • Les assureurs ne sont pas plus sécurisés qu’ailleurs. En cas de bank run, la partie est terminée.

      Actuellement, tout le monde a confiance et la fiscalité spoliatrice freine les envies de retraits. Mais pour peu que les charges des francais augmentent de trop à cause de l’inflation, de la pression fiscale, reglementaire ( chgt de voiture, renovation de la maison) , deces des papy boomers,…tout le monde commencera à retirer ses billes et ce sera game over.

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