Loi de programmation militaire : pas encore votée et déjà dépassée

Augmenter les budgets de l’armée est une chose, dépenser l’argent public avec efficacité en est une autre…

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Loi de programmation militaire : pas encore votée et déjà dépassée

Publié le 24 janvier 2023
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Face à la menace internationale, il est urgent de réinvestir dans nos armées afin de protéger la France et l’Europe et défendre nos valeurs de liberté que les générations précédentes ont acquis au prix de leurs vies. Aussi le président Macron a-t-il dévoilé vendredi les grandes orientations de la future Loi de programmation militaire 2024-2030, augmentant les budgets d’un tiers. Mais augmenter les budgets est une chose, dépenser l’argent public avec efficacité en est une autre…

Si, selon Clémenceau, la guerre est une affaire trop sérieuse pour la confier à des militaires, il semble qu’il en soit de même de la dépense publique lorsqu’elle est confiée à un ancien banquier.

 

Le 13 juillet dernier, à l’Hôtel de Brienne, Emmanuel Macron avait dit aux militaires :

« Tout confirme notre analyse stratégique de la menace […]. La défense est la première raison d’être de l’État, s’il faut aller plus loin, nous le ferons. »

Séance tenante, les spécialistes mettaient en chantier une nouvelle copie de la Loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025 qui passe l’augmentation du budget annuel des armées de 36 à 50 milliards d’euros.

Le général Pierre de Villiers, ancien chef d’état-major des armées, déclare à l’antenne de BFM TV début novembre :

« Il faut se dépêcher en adaptant les procédures : c’est maintenant et pas dans six mois qu’il faut adopter la nouvelle LPM. […] Il est urgent de passer à la vitesse supérieure pour rétablir la cohérence entre les menaces, que l’on connaît, les moyens et les missions confiées aux armées. Trois milliards de plus par an, c’est insuffisant. À nouvelle situation, nouveaux moyens. »

À la mi-décembre, l’Élysée n’avait toujours pas validé le nouveau périmètre financier de la future LPM. Or, sans ce cadrage, il est impossible de fixer des ambitions opérationnelles, d’arrêter des volumes de forces et de matériels, de planifier des calendriers de commandes et de livraisons.

 

« La loi de programmation militaire traduit les efforts du pays en faveur de ses armées » et « ces efforts seront à proportion des dangers, c’est-à-dire considérables », a annoncé le président de la République lors de ses voeux aux armées sur la base aérienne de Mont-de-Marsan (Landes), en assurant que les armées disposeraient au total de 413 milliards d’euros entre 2024 et 2030, en tenant compte de recettes extrabudgétaires. « Nous devons avoir une guerre d’avance » pour « être prêts à des guerres plus brutales, plus nombreuses et plus ambiguës à la fois », a commenté le chef des Armées devant un aréopage de hauts gradés. « Après avoir réparé les armées, nous allons les transformer », a fait valoir le chef de l’État, faisant référence à la LPM 2019-2025 de 295 milliards d’euros qui avait mis fin à des années de coupes budgétaires dans les armées :

 

  • Les efforts de modernisation de la dissuasion nucléaire française, auxquels 5,6 milliards d’euros de crédits de paiement sont consacrés en 2023, seront poursuivis.
  • Les capacités cyber seront « très sensiblement renforcées » pour disposer d’une capacité « de premier rang ».
  • Le budget alloué au renseignement militaire augmentera de près de 60 % sur la période 2024-2030.
  • L’Outre-mer fera lui l’objet d’investissements supplémentaires en terme d’équipements et d’effectifs.
  • La France doit « disposer de forces de souveraineté renforcées pour pouvoir donner un coup de griffe à celui qui voudrait s’en prendre à nos intérêts », notamment dans l’Asie-Pacifique, où les visées expansionnistes de la Chine inquiètent, fait valoir l’Élysée.

 

La future Loi de programmation militaire cherchera également à s’adapter aux risques de conflit inter-étatique majeur (« haute intensité »), dans un contexte géostratégique de plus en plus tendu :

 

  • La France doit aussi être capable, « si les circonstances l’imposaient », de « construire et de commander une coalition de premier rang » avec ses partenaires, a relevé le chef de l’État. Cela implique de pouvoir déployer une capacité interarmées de 20 000 hommes.
  • Il s’agira en outre de combler les lacunes dans le domaine des drones et des munitions rôdeuses, ou encore investir dans le quantique et l’intelligence artificielle. La France compte également renforcer de 50 % ses capacités de défense aérienne, a indiqué M. Macron.

 

Conformément à sa volonté de développer une « économie de guerre », il a aussi demandé aux industriels de « raccourcir drastiquement les cycles de production », « ne pas céder à la sur-sophistication » et « adapter plus vite nos équipements ». Les coûts et la maintenance doivent être réduits par « un effort combiné État-industrie », a-t-il insisté. Mais cela ne se décide pas en un claquement de doigts, rétorquent en coulisse les industriels. Ils attendront des commandes fermes supplémentaires avant d’investir dans de nouvelles lignes de production.

Soucieux de renforcer la « force morale » de la nation, le chef de l’État a enfin pour objectif de doubler le nombre de réservistes, au nombre de 40 000 actuellement.

 

Le budget n’est pas à la hauteur des missions qui attendent nos soldats

L’Armée de terre compte ses munitions, la Marine appareille des navires low-cost et l’Armée de l’air ne peut qu’acter les retards de livraison.

En 2022, le général Stéphane Mille, chef de l’Armée de l’air et de l’espace, a dû accepter de voir son parc de Rafale ponctionné. De plus, des appareils neufs attendus ne seront pas livrés en temps voulu afin de servir les nouveaux clients de Dassault, la Grèce et la Croatie. Conséquence : en 2023, l’entraînement de ses pilotes de chasse sera limité à 150 heures par personne, a-t-il prévenu. Pour retrouver de « l’épaisseur », il souhaite que la cible des 185 Rafales arrêtée pour 2030 passe à 225.

Lors de son audition au Parlement fin juillet, l’amiral Pierre Vandier, le chef d’état-major de la Marine, explique :

« Malgré tout ce qui a été fait – et dont je suis profondément reconnaissant –, la Marine va continuer de voir sa taille diminuer pendant les deux prochaines années. Depuis 1945, la flotte n’a jamais été aussi petite qu’aujourd’hui. »

Mais celui-ci a sauvé son format de 15 Frégates de premier rang en échangeant les cinq dernières Fremm (le top de la technologie navale) programmées contre cinq FDI, une version low cost destinée à l’export. Résultat de la politique des « dividendes de la paix », la liste des bâtiments à remplacer simultanément est longue, même si elle a été calculée au plus juste.

Du côté de l’Armée de terre, la LPM en cours d’exécution prévoyait de livrer un seul char Leclerc rénové en 2022, 80 en 2025 et 200 – soit la totalité du parc  existant – en 2030…

Celle-ci réfléchit sérieusement à baisser le volume cible de leurs nouveaux blindés de la génération Scorpion (Griffon, Jaguar, Serval) pour être livrés, en contrepartie, des quantités correspondantes de pièces de rechange et de munitions. En outre, pour le général Pierre Schill il devient urgent de reconstituer l’artillerie. Elle ne dispose que d’un nombre ridicule de canons Caesar (76 moins les 18 ponctionnés pour l’Ukraine) et de systèmes Mamba de défense sol-air. Il faut en outre enrichir cette panoplie de systèmes de tir dans la grande profondeur du champ de bataille, de radars de contre-batterie et de drones.

Et à ces priorités s’ajoutent les investissements qui permettront aux armées de se battre dans les « nouveaux champs de la conflictualité » : espace, cyberespace, grands fonds marins.

En intégrant le coût de l’inflation, la part de l’investissement sanctuarisé pour la modernisation de la dissuasion (environ 12 % du budget annuel), les programmes majeurs lancés auquel il serait compliqué de toucher sans créer des déséquilibres structurels et la liste des « trous capacitaires » dont le comblement est devenu très urgent depuis l’éclatement de la guerre en Ukraine, les financiers militaires n’auront en réalité qu’environ 30 % de ce montant global d’augmentation à répartir entre les armées.

Pendant ce temps-là, l’Allemagne a débloqué 100 milliards pour reconstituer « l’armée la mieux équipée d’Europe » et la Pologne s’emploie à doubler ses effectifs et à tripler ses crédits pour lui disputer le leadership militaire.

 

Sources :

Le projet de Loi de programmation militaire 2019-2025 présente plusieurs points de vigilance – Zone Militaire (opex360.com)

LOI n° 2018-607 du 13 juillet 2018 relative à la programmation militaire pour les années 2019 à 2025 et portant diverses dispositions intéressant la défense – Dossiers législatifs – Légifrance (legifrance.gouv.fr)

Microsoft Word – r765-t1.doc (assemblee-nationale.fr)

r20-6971.pdf (senat.fr)

Armées françaises : où sont les réserves stratégiques ?… – Par Jean-Dominique Merchet et Léo Péria-Peigné (IFRI) (mechantreac.blogspot.com)

«Armée française, les leçons de l’Ukraine». Par Alain Bauer (mechantreac.blogspot.com)

Luc de Barochez – Pourquoi la France doit se réarmer (mechantreac.blogspot.com)

Défense française: ajuster nos efforts – Par Nicolas Baverez et Bernard Cazeneuve (note de l’Institut Montaigne) (mechantreac.blogspot.com)

La France, puissance déclassée ? – Par Julien Peyron (mechantreac.blogspot.com)

Protéger, défendre, dissuader : les défis de nos armées 2022-2030 – Par l’IFRAP et Agnès Verdier-Molinié (mechantreac.blogspot.com)

«Il est urgent de réinvestir dans notre Défense face à l’ampleur de la menace» – Par Jean-Louis Thiérot (mechantreac.blogspot.com)

 

 

Article original sur Méchant Réac !.

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  • 1) on n’a de toute façon pas les moyens de ces ambitions (l’Etat est toujours incapable d’équilibrer ses comptes et de tailler dans les dépenses inutiles).
    2) on n’a pas forcément l’industrie pour fournir ces matériels.
    3) le recrutement et la fidélisation du personnel resteront difficiles (ce sont des tendances qui ne s’inversent pas d’un claquement de doigts).
    4) l’Allemagne n’a pas le personnel à la hauteur des moyens affichés.
    Je crains que tout cela ne soit que de l’affichage.
    Rien de nouveau en fait.

  • En attendant, le budget « déclarations » est en augmentation …

  • Une armée, pour quoi faire, on ne décide de rien, otan oblige, et nous n’avons pas d’ennemis.. Et l’Afrique nous a viré…

    -1
  • « disposer de forces de souveraineté renforcées pour pouvoir donner un coup de griffe à celui qui voudrait s’en prendre à nos intérêts », notamment dans l’Asie-Pacifique, où les visées expansionnistes de la Chine inquiètent
    Il n’y a qu’un domaine où nous puissions nous mesurer à la Chine : la dissuasion nucléaire. Et ça n’est pas avec nos petits bras qu’on va empêcher les éventuelles visées chinoises. Donc l’argument est un machin de circonstances pour masquer le manque de raisons objectives de dépenser plus d’argent pour seulement compenser les dons faits à l’Ukraine plutôt qu’à des choses productives.

  • En réalité, la gestion financière calamiteuse des Présidents successifs, en augmentant la dette de manière incontrôlée et en ayant aucun équilibre d’exploitation depuis des lustres, obère toute possibilité de rendre à La Défense (mais aussi aux autres secteurs en perdition : santé, éducation nationale…) les moyens nécessaires à des conflits modernes.
    Certes il y a augmentation du budget… mais sur 5 ans. Il s’agit de passer de 40,9 milliards à 43,9, soit 7,3% d’augmentation annuelle avec une inflation dans certains domaines à 2 chiffres…
    Cette augmentation part d’un budget, malgré le fait qu’il soit supérieur à celui de la justice, qui était quasiment désormais incompressible tant il était devenu faible.
    Les conflits modernes « consomment » des munitions très couteuses (bombe guidée laser : plus de 600.000 euros l’une) donc les finances sont soumises à rude épreuve.

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