Avoir des euros en banques c’est comme avoir des lunas chez FTX

Les derniers scandales cryptos ne font que reproduire la finance classique.

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Avoir des euros en banques c’est comme avoir des lunas chez FTX

Publié le 30 décembre 2022
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Article disponible en vidéo ici.

Après le covid et l’Ukraine, les honnêtes gens sont priés de se scandaliser pour les déboires de la crypto comme Luna ou FTX. Il faut terroriser pour mieux réguler afin bien sûr qu’ils retrouvent le sommeil.

Mais qu’est-ce qu’on reproche à ces scandales ? D’avoir créé une monnaie soi-disant stable, mais particulièrement fragile ? D’avoir joué avec les dépôts des particuliers ?

Ne serait-ce pas hypocrite de condamner la crypto alors que ses dérives proviennent de la finance classique ?

 

Affaire Luna

Terra est un des nombreux projets qui voulait créer une blockchain 2.0 mieux que Bitcoin. Pour ce faire cette nouvelle blockchain était conçue autour de son token principal le Luna et un token stabilité à 1 dollar, le TerraUSD. Ce token devait toujours valoir 1 dollar car si le prix monte ils s’en créent davantage pour baisser le prix. S’il descend, la blockchain utilise le Luna pour acheter le TerraUSD puis le détruire. Ce fonctionnement est détaillé dans un précédent article.

Ce mécanisme a bien fonctionné durant plusieurs années, ce qui a favorisé le développement de tout un écosystème sur la blockchain Terra. Puis le marché crypto a chuté et avec lui le Luna. Les personnes voulaient revendre en masse du Luna et du TerraUSD, l’algorithme ne parvient plus à stabiliser le prix du TerraUSD, la confiance des utilisateurs disparue, les liquidations massives envoyèrent tout le projet dans les abysses.

En résumé, le mécanisme de stabilité du TerraUSD n’était qu’un leurre, car il repose exclusivement sur la confiance du Luna et de tout le projet Terra.

Terra est juste le dernier échec d’une très longue série de fausse stabilité qui reposait sur une confiance des utilisateurs dans le système. Dès que les utilisateurs ont douté de la promesse, la monnaie s’est effondrée.

Le mark papier de 1914 devait toujours valoir un mark or. En 1923, il fallait mille milliards de marks papier pour un mark or. En 1945, les États-Unis ont promis à Brettenwood que 35 dollars vaudrait toujours une once d’or. En 1971, ils mirent fin à leur promesse. Aujourd’hui une once d’or coûte 1800 dollars.

En 1992, les pays européens devaient stabiliser leurs monnaies entre eux. La banque d’Angleterre s’est retrouvée en manque de liquidité pour stabiliser la livre. George Soros a profité de cette faiblesse pour mener une attaque, la livre sterling a dégringolé.

Terra a répliqué la promesse de tout gouvernement :

« Ma monnaie ne va jamais s’écrouler, vous pouvez avoir confiance ».

Or c’est toujours l’inverse, c’est la confiance des citoyens qui donne une stabilité à la monnaie. Et comme beaucoup de monnaies sont créées n’importe comment, la confiance donc la stabilité sont en équilibre précaire.

 

Affaire FTX

FTX était une plateforme d’échange crypto. Des particuliers déposaient des liquidités pour acheter ou vendre diverses cryptomonnaies. FTX a utilisé les dépôts de ses clients pour investir sur des paris douteux. La rumeur sur de tels investissements s’est propagée, tout le monde a voulu retirer son argent. Or FTX avait bien perdu de l’argent de ses clients, il s’est retrouvé insolvable.

Le fait qu’à un moment T, FTX n’avait plus la totalité des dépôts de ses clients est une situation courante dans les banques.

Prenons l’exemple des investissements « sûrs », « garantis en capital » comme le livret A ou l’assurance vie compte en euro.

Ces placements contiennent avant tout des obligations d’états notamment français. Le marché obligataire a connu une forte baisse de 20 % ces derniers mois. Les obligations se revendaient en dessous de leur prix d’achat. Les banques pouvaient-elles rembourser tous les dépôts des Français ?

Malheureusement pour ceux qui préfèrent le simple compte courant, leurs dépôts ne sont pas non plus sûrs. La séparation des banques de dépôt et des banques d’affaires est dans le flou depuis 1984 et la loi 84-46 pour « moderniser » la finance. On ne sait donc pas vraiment où est l’argent de votre compte courant.

De plus, il ne faut pas oublier que les banques de dépôt émettent des crédits avec le principe de réserve fractionnaire qui leur permet d’accorder plus de crédit que de dépôts. Habituellement ce ratio est de 8 %, ce qui signifie que si 8 % des prêts ne sont pas remboursés alors les clients de la banque perdent tous leurs dépôts.

Enfin pour ceux qui ont entendu parler d’une garantie de 100 000 euros par établissement bancaire, sachez que le fonds de garantie est doté de 6 milliards d’euros soit 90 euros par Français.

Comme toutes les banques FTX jouait avec l’argent de ses clients et espère qu’ils ne viendront pas retirer leur argent en même temps.

Je ne voudrais pas insinuer que nos vénérables banques ne sont pas solvables. Avec leurs produits dérivés obscurs, les effets de levier, les réserves fractionnaires, assurances et réassurances, je n’en sais rien et je doute qu’elles-mêmes le sachent.

En résumé, la monnaie Luna reposait sur les mêmes « garanties » que les monnaies fiat, FTX gérait l’argent aussi bien que les banques.

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  • Pour
    La supervision des banques nous avons en Europe la patronne de la BCE madame C Lagarde qui était avocate spécialisée en droit social donc aucune connaissance en économie ni monnaie centrale ou Crédit. Mais déjà en qualité de juriste elle méconnaît l’unique objet des statuts de la BCE qui est de garder l’inflation à 2%, qu’elle n’a pas vue arriver en juillet 2021. N’aurait -elle pas dû démissionner devant un tel échec ? Depuis sans réforme des statuts elle a, seule, étendue l’activité de la BCE au climat. Quel « bonheur » de vivre une époque pareille. M J Powel (FED) est aussi juriste…
    Pour ce que vous appelez par excès de langage cryptomonnaies ce ne sont que des jetons électroniques sans valeur intrinsèque que vous ne pouvez pas valoriser avec les méthodes académiques…On peut parler d’autres choses sinon de la blockchain qui n’est pas synonyme de jeton électronique, mais nous y viendrons lorsqu’il sera temps.
    Bonne fin d’année 2022 exécrable avec ce que nous avons pu observer et analyser mais jamais échanger démocratiquement puisqu’il manque l’outil institutionnel et la représentation démocratique est assurée par des non compétents mais non moins élus. Mon député était radiologue et lors d’un entretien que j’avais demandé j’ai été obligé de le décrotté économiquement avec force documentation et exposé de lois existantes dont il ne comprenait pas le sens. La réponse ministérielle que j’ai reçu a été de me prendre pour un gueux en une demi page et tout à l’avenant dans quelques domaines où j’ai une maîtrise suffisante. N’importe qui devient quelqu’un d’important sans mérite

  • toute monnaie..
    même de l’or..

    si un météorite d’or tombe sur terre..
    si une façon de le produire nouvelle ..

    la seule différence est que ça ne dépend par des banquiers ou politiques..

    un monnaie est un machin collectif… qui n’a de sens que si il est accepté collectivement…

  • L’idée sous-jacente que la création de monnaie c’est mal (les banques prêtent plus que leurs dépôts) est une erreur. Il ne faut pas oublier que le bilan des banques ne contient pas que de la monnaie mais aussi des reconnaissances de dettes de ceux qui ont emprunté, le tout s’équilibrant. Bien entendu si l’emprunteur fait faillite, sa reconnaissance de dette ne vaut plus rien. Le bon fonctionnement du système nécessite donc que la banque sélectionne soigneusement ceux à qui elle prête et garde une marge raisonnable pour absorber un petit nombre d’emprunteurs faisant défaut. Si elle fait bien son travail d’évaluation des risques, la masse monétaire suivra le développement de l’économie et tout se passera bien.
    En fait les désastres récurrents sont bien plus de la faute des emprunts des états que de la faute des banquiers. De multiples contraintes obligent les banquiers (et les assureurs aussi) à détenir de la dette des états et il s’agit hélas d’une dette sans contrepartie matérielle puisque les états investissent très peu et empruntent pour des dépenses courantes.

  • @ JCB :
    en quoi la création monétaire serait un bien ? depuis quand la dépréciation de la valeur d’échange de la monnaie peut-elle susciter une augmentation de la productivité marginale (seule source de croissance) ?
    Le fait que les banques prêtent plus que leurs dépôts (les réserves fractionnaires) et ainsi créent de la monnaie est sous tendu par l’idée (fausse) qu’une abondance de crédit créera de la croissance.

    Je renvoie aux résultats économiques catastrophiques de toute création monétaire débridée pour avoir la réponse à cette croyance.
    Les réserves fractionnaires et plus généralement le principe même de banques utilisant les dépôts de leurs clients pour prêter est source de fragilité et de bulle économique, sans compter bien sûr les budgets étatiques votés toujours en déficit.

    Pensez que la croissance de la quantité de monnaie doit suivre la croissance économique est un concept monétariste, faux par nature (l’une des rares erreurs de Friedman, je n’ai jamais compris pourquoi il soutenait cette ineptie alors qu’il n’a jamais aucun argument économique pour le faire).

    Une croissance saine dans une économie saine doit se manifester par de la déflation.

    Bien cordialement,

    • Je pense que le point est qu’en situation de déflation, la thésaurisation rapporte et donc défavorise l’investissement. Avec de l’inflation, l’investissement est favorisé. Mais bien sûr, pas que, la consommation aussi, car les prix des biens augmentent (cela en fonction du taux d’actualisation de la population).
      On peut voir ainsi l’inflation comme une manipulation du marché pour favoriser l’investissement et la consommation. C’est derrière l’idée que les gens sont idiots et qu’il faut leur guider la main, même au risque d’investissements pourris…

    • Ce n’est pas la création monétaire qui crée la croissance, c’est au contraire la croissance qui devrait (dans un monde idéal !) créer de la monnaie temporaire. Temporaire car si j’investis dans de nouveaux moyens de production en ayant convaincu mon banquier que je serai capable de rembourser prêts et intérêts, je vais utiliser cette ligne de crédit pour payer des fournisseurs qui sont au stade où leur propre investissement dégage du cash qu’ils utiliseront pour rembourser (et donc détruire de la monnaie) leurs propres emprunts. Si on était à croissance nulle, l’ensemble de ces opérations conduirait à une masse monétaire restant constante. Si on a une légère croissance (donc plus de projets qui se créent que de projets arrivant à maturité), la masse monétaire devrait augmenter au même rythme, soit quelques % par an au maximum dans nos économies anémiques.
      La solution création zéro a l’inconvénient que beaucoup de préteurs potentiels se contenteront d’attendre que la valeur de la monnaie augmente spontanément s’il y a malgré tout une légère croissance de la production. Cela aurait donc fatalement un effet dépressif sur les investissements à faible rentabilité. Peut être cela serait il un bien en réservant l’investissement à ce qui est fortement rentable mais existe t il tant d’investissements potentiellement fortement rentables dans des sociétés fatiguées, de de moins en moins imaginatives et de plus en plus corsetées et rackettées par les états ?
      Je pense que la croissance monétaire associée à de véritables investissements (ce qui permet une augmentation de la production future et donc une croissance saine) est une bonne chose. Ce qui est mauvais c’est quand la création monétaire se fait en échange d’emprunts des états car rien de concret n’est alors créé en contrepartie de la monnaie créée.

      • @ JCB :
        « la croissance devrait créer de la monnaie temporaire » ???? c’est supposer que le crédit implique de la création monétaire, ce qui ne serait pas le cas si le préteur ne prête que de l’argent que les déposants lui prêtent. dans ce cas : pas de création monétaire lié au crédit.

        Les déposants savent qu’ils se séparent pendant un temps déterminé de leurs dépôts, et dans quel but bien précis avec quels risques , et qu’en contrepartie ils ont la rémunération associée à ce risque et à cette durée d’indisponibilité.
        Ce n’est pas la rareté de la monnaie qui crée le niveau des taux d’intérêts, ceux-ci ne sont que la moyenne des préférences pour le présent de l’ensemble des acteurs économiques.
        Et c’est là qu’on se rend compte que des taux d’intérêt fixés par une banque centrale ou autre est une absurdité humaine : comment quelqu’un peut-il choisir et imposer un niveau de préférence temporelle à chacun des acteurs économiques ? Il ne peut que truquer les prix…

        Sur la déflation, vous ressortez la critique classique et fausse : comme quoi, si jamais la monnaie s’apprécie dans le temps, alors plus personne ne dépense et tout le monde attend demain pour pouvoir plus acheter (mais pourquoi demain et pas après demain, ou après après demain ?).
        C’est sous-entendre que tout le monde a la même préférence pour le futur, ce qui n’est pas le cas.
        Pour démolir cette critique, il suffit de reprendre ce même argument avec l’inflation (ie la création monétaire) : si la monnaie vaut moins cher demain, il faudrait donc que tout le monde dépense tout son argent aujourd’hui alors ?
        On voit bien actuellement, qu’avec les menaces d’inflation, c’est tout l’inverse que font les français : ils n’ont jamais autant épargné et si peu consommé.

        -1
  • Les cryptomonnaies n’ont vraiment d’intérêt que si elles sont orthogonales aux monnaies fiduciaires. A partir du moment où on les échange contre des $ ou des € ou autres fausses monnaies la porte est ouverte à toutes les escroqueries.
    La justification d’origine du bitcoin était d’en faire un système fermé pour du commerce non surveillé, pas un placement.

    • Spéculer, tant que c’est avec son propre argent, c’est BIEN. Choisir la monnaie qu’on utilise et en laquelle on met sa confiance pour ça, c’est BIEN. S’attendre à des escrocs partout, indépendamment du support de leur escroquerie, c’est BIEN. La justification du bitcoin était de répondre aux désirs de ses inventeurs, à chacun d’en faire ensuite ce qu’il souhaitait, en acceptant les risques et les profits qu’il encourait. C’est tout.

  • Les commentaires sont fermés.

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