Coup de grâce pour l’industrie française

Trois évènements récents vont probablement, sauf sursaut fort improbable, détruire complètement la part de PIB dans l’industrie manufacturière française.

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Coup de grâce pour l’industrie française

Publié le 22 décembre 2022
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Du début des années 2000 à 2019, la part de PIB dans l’industrie manufacturière française est passée de 23 % à 10 %. Elle a encore légèrement diminué en passant en dessous du seuil des 10 %.

Malheureusement trois évènements récents vont probablement, sauf sursaut fort improbable, la détruire complètement.

 

Coût de l’énergie mal maîtrisé

Lorsqu’une taxation la plus importante au monde vient se conjuguer avec un coût de l’énergie cinq fois supérieur à celui des États-Unis, il ne faut pas s’étonner que pour les entreprises de production qui le peuvent une délocalisation n’est pas que souhaitable mais impérative pour sa survie.

Si cette délocalisation prend un certain temps, l’abandon de projets sur notre territoire a été immédiat acté comme par exemple : Safran, Saint-Gobain, Solvay et peut-être Arcelor Mittal France qui annule un projet français ou européen pour le réaliser aux États-Unis.

Il est également à redouter que certaines ETI ou grosses PME suivent le même chemin si ce n’est pas déjà le cas : les stocks d’investissements directs français vers les USA atteignent déjà la somme astronomique de 311 milliards de dollars (dont 136,5 milliards pour l’industrie manufacturière) contre 91,1 milliards de dollars dans le sens inverse mais avec un plus grand pourcentage d’entreprises de service.

Il faut également reconsidérer ces chiffres en proportion du PIB de chacun des deux pays, celui des États-Unis étant huit fois plus élevé.

 

L’Inflation Réduction Act, une distorsion de concurrence

Cette situation va encore se détériorer avec une nouvelle loi votée dernièrement par le Congrès américain : l’Inflation Réduction Act va encore accroître l’attractivité des États-Unis dans le secteur industriel en offrant des subventions directes à l’installation d’usines mais également en distribuant des aides aux consommateurs qui achètent des voitures électriques fabriquée en Amérique du Nord.

Taxer en Europe et donner de l’argent aux États Unis… Cherchez l’erreur !

C’est en totale contradiction avec les règles de l’OMC. Mais sachant qu’une dizaine d’années sont nécessaires pour faire condamner un pays après dépôt de plainte, les Américains ne prennent pas beaucoup de risque.

La menace de M. Macron de prendre les mêmes mesures en Europe risquerait de se terminer par une guerre de protectionnisme. Il n’est pas sûr que ce serait à l’avantage de la France.

Nous disposons d’une arme beaucoup plus efficace qui serait d’aligner les prélèvements obligatoires au niveau de nos voisins allemands, ce qui rendrait enfin compétitif le pays et ceci d’une manière durable !

 

La taxe carbone sera le coup de grâce

Comme si ces handicaps ne suffisaient pas, l’Europe vient de décider unilatéralement une taxe carbone. Ce n’est peut-être pas une mauvaise idée mais à deux conditions qui ne sont malheureusement pas respectées :

Elle doit être appliquée à tous les pays avec un double risque de pénurie mais surtout inflationniste car ce sera le consommateur qui la paiera. Nous sommes donc partis pour de longues années d’inflation sauf à être capables de produire à bas coût en Europe. C’est possible dans certains pays de l’Est mais pas en France à cause de l’environnement fiscal et administratif démotivant.

Cette taxe doit s’appliquer à tous les produits, des matières premières aux produits manufacturés. Ce ne sera malheureusement pas le cas dans le projet européen qui se limite aux matières premières dans un premier temps : acier, ciment, engrais, aluminium et électricité.

L’exemple du couteau, entendu dans l’émission Les Experts animée par Nicolas Doze, vaut toutes les explications : un couteau entièrement en acier va subir la taxe carbone s’il est fabriqué en France avec de l’acier importé. Il ne sera pas taxé s’il est fabriqué à l’étranger.

Il ne faudra donc pas s’étonner si le Laguiole ne sera plus fabriqué qu’en Chine.

Cette décision applicable à partir de 2026 est l’aboutissement de nos têtes pensantes européennes qui ont trouvé l’arme ultime pour atteindre le zéro CO2 : c’est le suicide collectif de l’Europe !

 

Conclusion

L’industrie génère encore la moitié des exportations françaises. En 2021 elle a fait travailler 2,7 millions de salariés pour un chiffre d’affaires de 870 milliards d’euros. Il est à craindre que la part de l’industrie manufacturière dans le PIB soit de nouveau réduite d’un facteur 2 ou 3 avec les conséquences que l’on peut prévoir.

Elle est loin la « stratégie de Lisbonne » : le conseil européen réuni les 23 et 24 mars 2000 avait alors accouché d’une déclaration oubliée à ce jour : « Préparer la transition vers une économie compétitive, dynamique et fondée sur la connaissance. »

Pour répondre à l’obsession de destruction de l’appareil productif français, je préconise à nos gouvernants une décision plus radicale : une loi interdisant d’exercer toute activité industrielle sur le territoire.

Compte tenu de leur incompétence notoire c’est malheureusement peut-être ce qu’ils préparent !

Pour info, un article de Benoit Bazin directeur général de Saint-Gobain paru dans L’Express du 1er décembre 2022 tire lui aussi la sonnette d’alarme en affirmant :

« Défendre notre industrie, c’est défendre la démocratie. »

 

Voir les commentaires (7)

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  • Enfin le rêve écolo va se réaliser ! Plus d’industrie, plus d’agriculture, plus d’énergie, plus de boulot et une catégorie qui sera au dessus du lot : les fonctionnaires et leur droit à la fainéantise. Cela va naturellement augmenter la corruption.
    Vive la nouvelle France soviétique.

    13
  • Vous écrivez : «  la part de PIB dans l’industrie manufacturière française ». Dois je plutôt comprendre : « la part de l’industrie française dans le PIB » ?

  • une taxe est rarement une bonne idée !

  • L’industrie manufacturière est celle qui fabrique des produits en atelier qui sont ensuite mis sur le marché.
    elle concerne également son installation, voir sa réparation.

    elle est différente donc de l’industrie du bâtiment, agricole, de la pêche et de l’industrie cinématographique ou de loisir etc…

  • « Nous disposons d’une arme beaucoup plus efficace qui serait d’aligner les prélèvements obligatoires au niveau de nos voisins allemands, ce qui rendrait enfin compétitif le pays et ceci d’une manière durable ! »
    yaka faukon

    Comme je me tgue a le dire, le plus gors poste de depense c est les pensions de retraites. Ensuite les soins medicaux. Si on fait comme en RFA, ca veut dire que les retraités toucheront bien moins que les actifs et qu ils devront payer plus pour leurs soins medicaux.
    C est vraiment ce que l auteur veut ?

    -3
    • Et si on introduit une part importante de capitalisation défiscalisée, on peut aligner les prélèvements obligatoires sur les allemands sans pénaliser les retraites.

  • Les commentaires sont fermés.

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Un article de l'Iref-Europe.

 

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