OGM alimentaires : le Kenya franchit enfin le pas

Le 3 octobre 2022, le Kenya a levé l’interdiction des OGM en vigueur depuis 2012, depuis une fameuse étude sur des rats dont une photo a fait le tour du monde. C’est une décision d’importance nationale, mais aussi régionale.

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People at the Center by World Humanitarian Summit (creative commons CC BY-ND 2.0) https://www.flickr.com/photos/worldhumanitariansummit/27148037451/in/photolist-HmYMHe-ouBS1S-2nLBFHW-2nLBj2o-2nLvcES-2nLA4zY-2nLBj4Y-2nLBj5Q-2nLCfJ1-2nLruDg-2nLr6Am-2nLs42D-2nLk25d-2nLruFR-2nLs442-GuVawq-2nLs42o-2nLiJiq-2nLhsch-2nLiGXQ-2nLr3QY-2nLr498-2nLr4rN-2nLppX8-2nLpq7M-2nLjzX4-2nLrB6W-2nLrBbL-2nLppJc-2nLqDM2-2nLcCCJ-2nLpq95-2nLr467-2nLjzpq-2nLrAKf-2nLrBo4-2nLppQ9-2nLhtqV-2nLr4ce-2nLhtbS-2nLr4xz-2nLpqmj-2nLppNL-2nLjzHb-2nLiGPd-2nLqDEZ-2nLqDPS-2nLrBuw-2nLrARh-2nLjDwr

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OGM alimentaires : le Kenya franchit enfin le pas

Publié le 14 octobre 2022
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La voie est libre pour des maïs génétiquement modifiés

Le président nouvellement élu William Ruto (et ancien ministre de l’Agriculture) a convoqué son cabinet le 3 octobre 2022 pour examiner principalement les progrès réalisés dans la réponse à la sécheresse en cours. Celle-ci affecte 23 comtés du Kenya sur 47 et a touché au moins 3,1 millions de Kenyans (sur quelque 54 millions) ; c’est la pire sécheresse depuis 40 ans dans la Corne de l’Afrique.

Lors de cette réunion, il a été décidé de lever l’interdiction de la culture et des importations d’OGM décidée le 8 novembre 2012, à l’initiative de la ministre de la Santé de l’époque, paniquée par l’ignoble photo de trois rats affectés par d’énormes tumeurs, incluse dans une étude « scientifique » devenue à la fois mondialement célèbre et totalement discréditée.

Cette décision a notamment pour effet d’ouvrir la voie, lorsque les autres conditions auront été réunies, à la commercialisation de variétés de maïs TELA qui combinent une tolérance à une sécheresse modérée et une résistance à des insectes foreurs, notamment la très dévastatrice légionnaire d’automne (Spodoptera frugiperda). Ce maïs a été commercialisé en Afrique du Sud en 2016 et a reçu une autorisation de dissémination environnementale en vue d’essais de grande ampleur au Nigeria. (Source)

 

Comme le note le communiqué sur les résultats de la réunion du cabinet, elle permet aussi, avec effet immédiat, d’importer du maïs blanc, une des bases de l’alimentation des Kényans, GM.

Cette levée d’interdiction fait suite à l’autorisation de commercialiser des cotonniers Bt, résistants au ver de la capsule africain (Helicoverpa armigera), décidée le 19 décembre 2019. L’objectif était alors de relancer la production des industries textiles, de l’habillement, de l’alimentation animale et de l’huile, autrefois florissantes, dans le cadre du programme d’industrialisation du pays.

Selon le rapport de la réunion, « la décision d’aujourd’hui amplifie [la décision du 19 décembre 2019] et étend ses avantages à d’autres secteurs agricoles et industriels ».

L’acceptation – et même la promotion – des OGM à usage alimentaire par le biais de cette décision fait sauter un important verrou qui faisait obstacle au déploiement des technologies génétiques modernes. Mais faisons preuve de prudence ; on n’est pas à l’abri de nouveaux contretemps ou de volte-face.

 

L’industrie de la contestation prise par surprise

La décision de promouvoir les progrès de l’agriculture et de l’alimentation en adoptant la Révolution Génétique est une surprise, même si elle était prévisible au vu de toutes les activités menées pour la rendre à terme inéluctable. Le rapport de la réunion du cabinet a du reste bien pris soin d’énumérer les institutions nationales et internationales qui ont donné un blanc-seing aux OGM.

Ce qui manquait, c’était un peu de courage politique. Elle était en gestation sous la présidence précédente, laquelle a fait produire des directives pour les nouvelles techniques génétiques, se plaçant chronologiquement deuxième derrière le Nigeria.

La décision a été plutôt bien accueillie par les médias, à l’image de Business Daily qui, le 4 octobre 2022, a choisi de ne citer que des personnalités approbatrices dans « Ruto unlocks GMO billions as Kenya okays biotech foods » (Ruto débloque les milliards alors que le Kenya approuve les aliments biotech).

Le 6 octobre 2022, il publie une tribune au titre explicite : « Kenya now has an opportunity to leapfrog into a thriving bioeconomy » (le Kenya a maintenant la possibilité de faire un grand bond dans une bioéconomie florissante).

 

En sens inverse, une dizaine d’organisations des mouvances anti-OGM – dont Greenpeace Africa – se sont manifestées le 6 octobre 2022 par un communiqué commun dont nous n’avons pas trouvé le texte, ou peut-être par une simple conférence de presse.

Selon une dépêche de l’AFP reprise par VOA et le Monde – qui n’a pas manqué de signaler que M. William Ruto était à la tête d’une des plus grandes fortunes du Kenya – elles ont fait valoir que « La décision précipitée de lever l’interdiction d’importation d’OGM dans le pays a été prise sans débat public ».

En butinant dans les médias ont trouve – surprise, surprise – les mêmes vieux arguments fondés notamment sur la peur. Bientôt trente ans d’OGM agricoles et « La sécurité alimentaire ne concerne pas uniquement la quantité mais aussi la qualité de la nourriture »…

Ou encore, de Mme Ann Maina, coordinatrice de the Biodiversity and Biosafety Association of Kenya :

« Il y a tellement de controverses liées à cela. Il est important qu’en tant que Kényans, nous n’ouvrions pas la porte à une situation où nous pourrions voir davantage de défis en matière de santé, d’environnement et de préoccupations socio-économiques affecter la population kényane. »

Parmi les arguments qui ont émergé le 6 octobre 2022, après une conférence de presse des opposants, il y a dans The Star, « L’UE craint que les OGM ne nuisent à la santé humaine et animale et aux écosystèmes, et qu’ils ne réduisent considérablement la diversité végétale. » C’est là une nouvelle illustration du pouvoir de nuisance de l’Union européenne.

Il y a bien sûr aussi le « droit de choisir ce que l’on mange » porté en étendard dans l’Union européenne, particulièrement choquant quand il est revendiqué par une personne bien nourrie dans un pays où de nombreux concitoyens sont préoccupés par la simple question de l’accès à de quoi manger.

Mais prêcher l’apocalypse n’a pas la même puissance de persuasion selon qu’il s’agit d’empêcher une décision ou de la faire retoquer. Gageons que cela finira au tribunal.

 

Une décision d’importance régionale

Il y a, paraît-il, un vieux dicton : « Quand le Kenya attrape un rhume, l’Afrique de l’Est éternue. »

On peut penser que le Kenya va insuffler une nouvelle dynamique dans la Révolution Génétique. Le projet de maïs TELA – un partenariat public-privé coordonné par la Fondation Africaine pour la Technologie Agricole (AATF) – a été déployé en Afrique du Sud (où le maïs est commercialisé), Éthiopie, Kenya, Mozambique, Nigeria (où il est en bonne voie), Ouganda et Tanzanie.

Le premier signal serait amusant s’il n’était pas foncièrement déplorable.

Dans un jeu de bascule qui n’a que trop duré, la Tanzanie se retrouve avec un gouvernement hostile aux OGM.

Le 12 janvier 2021, le gouvernement tanzanien avait décidé d’interdire les OGM sur la base d’arguments qui fleurent bon le militantisme anti-OGM primaire.

Le ministre de l’Agriculture de l’époque avait alors déclaré :

« La Tanzanie n’autorise pas les OGM, car nous avons suffisamment de meilleures semences. Nous protégerons nos semences naturelles, et le gouvernement collaborera avec nos centres de recherche pour s’assurer que nous obtenons de meilleures semences. »

Le 5 octobre 2022, deux jours après la décision kényane, The Citizen a annoncé que le gouvernement, par l’intermédiaire du ministre de l’Agriculture, a promis de renforcer la vigilance contre toute éventuelle entrée illégale d’OGM en provenance de pays voisins.

Comment mieux admettre la supériorité des maïs TELA, et des OGM en général (qui ne le sont pas intrinsèquement, mais par conception pour répondre à un besoin particulier et pour se faire une place sur le marché) ? On n’a jamais vu de contrebande pour des biens qui ne sont pas recherchés…

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