« Bouclier tarifaire » et autres largesses du gouvernement : qui va payer ?

Le « bouclier tarifaire » créé par le gouvernement ajoute annuellement 480 millions d’euros à la dette publique déjà énorme. Par ailleurs, si celle-ci était effacée, les ressources de l’État se trouveraient paradoxalement amputées de presque 30 %.

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« Bouclier tarifaire » et autres largesses du gouvernement : qui va payer ?

Publié le 27 septembre 2022
- A +

Le gouvernement doit chaque année résoudre un problème récurrent : le budget.

Il consiste à faire correspondre une liste de dépenses prévues, ordinairement classées dans l’ordre des ministères qui les présentent à l’approbation des parlementaires, avec une liste d’impôts et de taxes. Les gouvernements n’ont en effet aucun autre moyen que ces deux instruments pour se procurer de l’argent.

Depuis plus de 40 ans néanmoins, devant la difficulté d’équilibrer ses comptes, le gouvernement a fait appel au crédit. Comme chacun le sait, celui-ci est un moyen de régler les urgences en empruntant provisoirement sur le marché financier pour rembourser dès que possible. Le problème c’est que le provisoire est progressivement devenu définitif, et que la partie des dépenses non couverte par les recettes est finalement devenue monstrueuse.

 

Bouclier tarifaire : France-Trésor, le machin magique

Actuellement, une agence spécialisée appelée France-Trésor emprunte à 10 ans pour rembourser les emprunts antérieurs qui arrivent à échéance.

L’opération, qui est par ailleurs un classique de l’escroquerie financière, s’appelle la cavalerie bancaire. Elle est punie par la loi si elle est pratiquée par des personnes physiques ou morales. Elle est cependant largement pratiquée par certains gouvernements qui n’arrivent pas à ne pas dépenser plus que ce que les impôts et taxes leur rapportent.

France-Trésor se livre donc à un exercice qu’on appelle « faire rouler la dette », c’est-à-dire que ses agents remboursent le principal de la dette arrivant à échéance avec de l’argent provenant d’une nouvelle dette. L’opération est plutôt rentable si les taux d’intérêt sont négatifs ou nuls. Elle ne l’est pas si ceux-ci (re)deviennent positifs.

Le « bouclier tarifaire » ne protège personne.

Devant l’augmentation vertigineuse du prix de l’énergie, le gouvernement français a décidé de payer une partie du prix à la place du consommateur français pour sa consommation d’électricité, de gaz et de carburant. Il appelle cette opération le « bouclier tarifaire », voulant donner par le choix de ce mot l’impression que les Français sont protégés par ce dispositif. Il a annoncé que le coût de l’opération avait déjà été de 24 milliards pour environ une année.

24 milliards, ce n’est pas rien. Cela représente 360 euros par Français, pas loin de 1000 euros par famille. Comme le gouvernement n’a pas un kopek pour payer ça, il doit emprunter, actuellement donc à  environ 2 % sur 10 ans. En conséquence, il doit payer 24 x 2 % = 480 millions par an, soit 4,8 milliards sur 10 ans et rembourser le principal (24 milliards) à l’échéance. Le « bouclier » s’ajoute donc simplement à la dette publique dont le service est payé par le contribuable. Cela revient simplement pour le contribuable à décaler de quelques années le paiement de l’électricité ou du gaz qu’il consomme, en payant en plus les intérêts. Enfin, pas tout à fait : il paye aussi au passage une partie du prix de l’énergie consommée par d’autres. Et le gouvernement reçoit les remerciements des consommateurs pour sa générosité…

 

La dette publique : le danger est réel

Ce petit geste de monsieur Macron aidé de madame Borne, destiné à éviter la colère de certains consommateurs qui pourraient imiter les Gilets jaunes qui leur font si peur, est donc créateur d’un alourdissement de la dette publique de 480 millions d’euros par an. La particularité de cet alourdissement est d’être éternel, c’est-à-dire qu’il ne s’arrêtera jamais dans les conditions financières actuelles. Pour y mettre fin, il faudrait que le gouvernement dispose de 24 milliards d’euros qu’il ne possède pas, et qu’il les rembourse à son créancier.

Mais il est important de noter que cette charge s’ajoute à une multitude d’autres charges éternelles elles aussi, conséquences de dépenses nouvelles engendrées pendant la période dite du « quoi qu’il en coûte », et des dépenses de toutes sortes crées et acceptées par les députés depuis que l’on a décidé de dépenser systématiquement plus que ce que les impôts et taxes rapportaient, c’est-à-dire depuis l’année 1978. Le cumul de ces excès de dépenses sur les recettes représente la bagatelle de 2902 milliards d’euros à fin mars 2022 soit environ 43 000 euros par Français. Avec un taux d’intérêt de 2%, ce montant représente une dépense de 58 milliards par an uniquement pour le paiement des intérêts. Mais à cela, s’ajoute ce que, bizarrement, négligent ou ignorent de nombreux commentateurs : le remboursement du principal qui, s’il s’effectue sur 20 ans par exemple, sera d’environ 145 milliards par an.

L’énormité de ces chiffres conduit certains à penser que cette dette ne sera jamais remboursée. La question qui se pose est cependant : quelles seront les conséquences de cette défection ?

 

Bouclier tarifaire : le risque sciemment ignoré

L’extinction de la dette publique, même décrétée et actée soudainement et sans crise, supposition qui demande un optimisme à mon avis démesuré, conduit à un nouveau problème de taille qui est le suivant.

En cas d’effacement soudain de la dette, (« Monsieur le créancier, je déclare ne plus rien vous devoir à partir d’aujourd’hui ») on peut être sûr que les créanciers floués n’accepteront évidemment pas de recommencer immédiatement à prêter. Si plus personne ne veut prêter, les ressources du gouvernement se trouveront brutalement amputées du montant du trou habituel du budget appelé innocemment déficit à financer qui est d’environ 154 milliards pour l’année 2022.

Sachant que le total des dépenses prévues de la France était pour 2022 de 523 milliards, le problème à résoudre sera : où rogner sur des dépenses de 523 milliards, sachant que les ressources auraient baissé de 154 milliards, soit presque 30 % du total ? Le problème apparait tellement dépourvu de solution qu’on peut être certain que le gouvernement ne se mettra jamais volontairement dans une telle situation.

Cependant, on peut aussi redouter que la crise finisse bien par éclater un jour ou l’autre, probablement parce qu’une agence de notation rétrogradera sérieusement la note de la France. Ce jour-là, les taux d’emprunt remonteront brusquement et le gouvernement risque de n’être plus en mesure de faire fonctionner son administration parce qu’il ne pourra plus assurer le salaire de ses fonctionnaires. Et ceux-ci se trouveront évidemment dans la rue. On regrettera alors que leur nombre soit si élevé…

L’humain est ainsi fait qu’il s’habitue aux risques qui grandissent sans bruit, et il les ignore. Au lieu de nous bassiner en permanence avec des risques hypothétiques climatiques ou maritimes, les médias seraient mieux avisés de nous mettre en garde contre les risques réels et immédiats comme celui décrit plus haut…

 

Un article publié initialement le 22 septembre 2022.

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  • Article criblé d’erreurs

    -8
    • Corrigez les en nous apportant vos lumières

      • Pour commencer, en introduction « Le « bouclier tarifaire » créé par le gouvernement ajoute annuellement 480 millions d’euros à la dette publique déjà énorme.  » alors que le cout du bouclier tarifaire à lui seul se chiffre en réalité à des dizaines de milliards par an et que le futur surcout lié à cette dette est imprévisible puisqu’il dépend de l’évolution des taux d’intérêt.

  • Lorsque l’énergie augmente, les taxes proportionnelles comme la TVA ramènent plus d’argent. Baisser alors une partie de ces taxes proportionnelles ramène l’argent touché par l’État à un montant identique à celui qu’il aurait touché si l’énergie n’avait pas augmenté. Cela baisse le prix de l’énergie facialement pour le consommateur. De même, l’inflation remplit les caisses de l’État grâce à la TVA. Donc le bilan des 480 millions n’est pas tout à fait exact.
    Par contre et effectivement, les dépenses du quoi qu’il en coûte, des gilets jaunes et de l’armée de fonctionnaires payée à boire leur café tombent 100% dans la dette de l’État.
    Mais n’oublions pas une chose très importante : avec plus de 25% de la population active fonctionnaire, toutes les familles ont statistiquement un de leur membre qui est fonctionnaire. Donc les Français adorent l’État.

    • Je suis d’accord avec l’auteur. Les histoires de taxes et de baisse faciale sont sans importance, le bouclier tarifaire correspond à une répartition différente du prix à payer sans changement de la taxation. Au plan global, son seul effet est de reporter une partie du paiement dans le futur, et donc son coût « marginal » est limité aux intérêts sur le montant reporté, soit 480 millions (enfin, en supposant que cette dette-là ne soit pas roulée elle-aussi). Les effets secondaires sont eux-aussi considérables, mais ne peuvent être chiffrés car ils interviennent en cascade et vont dans tous les sens. Par exemple, il y a augmentation artificielle de 1% de la masse monétaire, donc inflation. L’inflation conduit la BCE à augmenter ses taux, donc récession.

      • A noter aussi que si j’ai bien entendu, les 24 Mds. correspondent à quelque chose comme une dépense de 42 Mds. moins 18 Mds. de recettes supplémentaires par les taxes.

      • Ne quittez pas la salle avant la fin du film.
        Inflation… Hausse des taux… Récession… Baisse de l’inflation… Baisse des taux…
        Comme dit l’autre, il faut que les taux montent pour qu’ils puissent baisser.

  • Juste une remarque sur la cavalerie bancaire. Dans le lien donné, les pratiques frauduleuses consistent à des manœuvres financières ayant pour but de masquer l’insolvabilité. Ce n’est pas le cas du roulement de la dette, sur laquelle Agence France Trésor est transparent.
    Rassurez vous, cavalerie bancaire il y a aussi, mais par d’autres. Société écran pour masquer une partie de la dette de la SNCF, comptes insincères qui reportent des couts sur l’année suivante, non prise en compte des dépréciations. La France s’est déjà fait remonter les bretelles sur ces pratiques, elles ne sont pas si acceptés.
    Enfin, il y a aussi la dette grise (retraites en particulier), qui est là une non prise en compte de charges futures dans le bilan pour se rendre plus solvable. Mais là il y a une autre explication, c’est simplement que l’état n’est pas engagé à payer ces sommes contractuellement… « Le patron à ses employés: rassurez vous, la boite ne va pas couler, car je n’ai pas prévu de vous payer ».
    Pour conclure, le point le plus inquiétant reste que le bilan primaire reste négatif: Même à 0% d’intérêt, on serait quand même en déficit, et donc que l’on fait rouler la dette et les intérêts de la dette!

  • NOUS (Réponse à la question du titre)…

  • 43000 € de dette par Français. Soit. Le patrimoine moyen du même étant de l’ordre de 150000 €, où est le problème ?

    -3
    • Patrimoine Français 17.5 T€. Valeur résiduelle de ce patrimoine en cas de tentative de confiscation des 15% nécessaires à rembourser la dette ? Zéro, très exactement. L’Etat ne remboursera pas la dette avec les bagnoles et les appartements des citoyens…

      • Pas besoin d’aller poursuivre les Francais jusque dans leurs garages.
        Rien que les actifs financiers nets des Français – très majoritairement dépôts et assurance-vie – c’est plus de deux fois la dette.
        Beaucoup d’entreprises rêveraient d’un tel bilan.
        Voilà. Donc inutile de se la jouer Greta version finances publiques.

        -4
        • Les avoirs des uns ne peuvent pas garantir les folies des autres. Ca n’est pas une question de morale, mais une impossibilité pratique. Le jour où l’Etat se sert dans les dépôts ou les assurances-vie pour rembourser sa dette, il est considéré comme en défaut de paiement et plus personne au monde n’accepte la moindre commande française, n’en déplaise aux mélanchonistes.

          • Il ne le fera jamais puisqu’il n’a pas besoin de le faire.
            Mais bon, j’ai passé l’âge de calmer les Greta et leurs angoisses.

            -5
            • Vous ne manquez pas d’impudence.
              Vous dites que les Français ont de l’argent, donc il n’y a pas de problème pour l’état.
              MichelO vous réfute deux fois, et puis et bien non l’état ne le fera pas.
              Belle pirouette !

  • « Au lieu de nous bassiner en permanence avec des risques hypothétiques climatiques ou maritimes, les médias seraient mieux avisés de nous mettre en garde contre les risques réels et immédiats comme celui décrit plus haut… »
    Merci, c’est exactement ça !

    • Oui, mais seule compte la religion écolo :
      Washington (AFP, aujourd’hui) — Banque mondiale: appels au départ du président, accusé d’être climatosceptique.

  • Les 1800 MW fermés de Fessenheim représentent, en supposant une disponibilité de 80% et au cout de revient de 50€ du MWH, plus de 600 millions par an. Et au cout marginal de l’électricité d’aujourd’hui 10 fois plus. Cherchez l’erreur.

    • Les gens qui nous gouvernent croient que l’électricité ça sort du mur, les centrales électriques sont d’horribles choses qu’il faut fermer pour polluer moins, mais le mur continuera toujours à délivrer du courant…

      Enfin, peut être plus pour très longtemps…

  • Ce constat est tellement accablant qu’on se demande si on est bien dirigés par des personnes sensées.
    Comment faire croire qu’il existerait des partis politiques appartenant au cercle de la raison avec un tel bilan comptable ?
    Il est probable que l’état soit obligé de vendre nos bijoux de famille tels que forêts domaniales, ports, aéroports…
    Cette gabegie n’a rien à voir avec la crise sanitaire ou la guerre en Ukraine mais beaucoup plus avec l’incompétence des uns et la corruption des autres, les uns et les autres étant parfois les mêmes.

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