Universités américaines : malaise sur la liberté d’expression

Un climat politique de campus hostile aux principes de la libre expression est un problème bien plus important qu’un environnement social inconfortable.

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Universités américaines : malaise sur la liberté d’expression

Publié le 12 septembre 2022
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Par Emma Camp.

Mercredi, la Foundation for Individual Rights and Expression (FIRE) a publié son classement annuel des universités en matière de liberté d’expression. Ce classement est issu d’une enquête menée auprès de près de 45 000 collégiens dans plus de 200 universités aux États-Unis. L’enquête est menée depuis 2020 et permet de recueillir un large éventail d’informations sur le climat politique du campus dans un éventail d’universités.

Reason Sean Stevens, chercheur principal de FIRE explique :

« Les écoles dont l’administration est très ferme sur les questions de liberté d’expression […] ont généralement obtenu de bons résultats dans les classements. Il est intéressant de noter qu’un certain nombre de ces écoles, parmi les cinq premières, ont des campus parmi les plus diversifiés sur le plan idéologique. »

L’Université de Chicago a pris la première place cette année, se classant première dans les catégories Soutien administratif (qui « mesure la perception par les étudiants du soutien de leur université à la liberté d’expression ») et Tolérance à l’égard des orateurs. La Kansas State University a pris la deuxième place, suivie de la Purdue University, de la Mississippi State University et de la Oklahoma State University. À l’exception de l’Université de Chicago, les cinq premières écoles étaient généralement très diversifiées sur le plan idéologique, ni les libéraux ni les conservateurs n’obtenant un rapport supérieur à 2-1.

Selon les résultats de l’enquête publiés par FIRE, le malaise dans l’expression et la censure pure et simple des points de vue impopulaires restent des problèmes courants sur les campus universitaires américains.

64 % des étudiants craignent qu’une mauvaise compréhension de ce qu’ils disent ou font puisse nuire à leur réputation.

48 % ont déclaré qu’ils seraient « très mal à l’aise » ou « plutôt mal à l’aise » d’exprimer leur opinion sur un sujet politique controversé à d’autres étudiants dans un espace public du campus.

38 % ont déclaré qu’ils seraient mal à l’aise de le faire pendant une discussion en classe.

Les taux de malaise sont comparables dans toutes les catégories raciales : 32 % des Noirs, 39 % des Blancs et 37 % des Hispaniques ressentent cette réticence à s’exprimer en classe. Plus de 40 % des étudiants asiatiques et amérindiens ont signalé un malaise.

En revanche, FIRE a constaté que les taux de malaise variaient largement selon les différentes identifications politiques.

27 % des étudiants s’identifiant comme « démocrates forts » ont déclaré être « plutôt » ou « très » mal à l’aise de partager leur opinion sur un sujet politique controversé lors d’une discussion en classe, alors que 44 % des « républicains forts » l’ont fait. Cependant, malgré le clivage partisan, le malaise lié à l’expression d’opinions en classe est présent dans tout le spectre politique, allant d’un peu plus d’un répondant  » démocrate fort  » sur quatre à un répondant  » indépendant, tendance républicaine  » sur deux.

De nombreux étudiants se disent prêts à empêcher activement les autres d’assister à des interventions controversées sur le campus, 32 % d’entre eux estimant qu’il est « parfois » ou « toujours » acceptable de crier après un orateur pour l’empêcher de s’exprimer sur le campus. Seul un faible pourcentage d’étudiants a déclaré que le recours à la violence pour empêcher un orateur impopulaire serait acceptable, 79 % des étudiants ayant déclaré que cela ne serait « jamais » acceptable.

En toute honnêteté, il est difficile de savoir quelle proportion d’étudiants participerait réellement à des actes de violence pour empêcher un discours impopulaire ou participerait à une expulsion d’orateur, même s’ils ont exprimé un soutien conditionnel à cet égard dans les réponses à l’enquête. Cependant, ces réponses nous donnent une idée générale de la probabilité que certains d’entre eux approuvent de telles actions, même s’ils n’ont pas l’intention d’y participer eux-mêmes.

Ces nouvelles données de FIRE fournissent une preuve supplémentaire qu’il existe un problème de liberté d’expression à deux niveaux sur les campus universitaires américains. Tout d’abord, de nombreux campus universitaires – y compris les universités publiques – ont encore des codes d’expression stricts qui limitent la liberté d’expression des étudiants. Ensuite, de nombreux établissements sont également enclins à céder aux pressions visant à censurer des événements publics ou à sanctionner les étudiants et les professeurs qui font des déclarations controversées. Ces politiques et ces actions représentent un danger évident pour les droits d’expression de milliers d’étudiants américains.

 

Cependant, un élément plus subtil de ce problème mérite également l’attention. Même dans les établissements qui se targuent de protéger fermement le droit d’expression des étudiants, on constate de plus en plus que ceux-ci sont trop mal à l’aise pour bénéficier des protections qui leur ont été accordées. Ils craignent toujours de s’exprimer sur des sujets controversés et dans des espaces communs.

Un climat politique de campus hostile aux principes de la libre expression est un problème bien plus important qu’un environnement social inconfortable. Il constitue une menace directe pour la capacité des étudiants à apprendre à penser et à se forger des opinions cohérentes. Comment pouvons-nous attendre d’un jeune qu’il comprenne pourquoi il croit quelque chose s’il ne peut pas entendre de bonne foi le point de vue de l’autre partie ? La capacité de considérer une question complexe à partir de plusieurs points de vue est une caractéristique incroyablement importante, mais avec l’environnement actuel sur de nombreux campus universitaires, trop de jeunes peuvent avoir du mal à la développer.

Traduction Contrepoints

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  • En France, c’est pire, comme le montre les derniers événements à Grenoble. Les étudiants apprennent à vivre dans une société de la censure, voire de la peur de s’exprimer. Il est vrai que ce type de société, celle de la pensée unique, est définitivement un principe de la société soviétique à laquelle rêvent nos élus et bon nombre de français. Quoi de plus confortable que d’être un béni oui oui ?

    • Pire, pas forcément… Pour avoir expérimenté les deux, la censure permanente sur les opinions et la dictature de la pensée unique est plus forte aux US qu’à Grenoble (pourtant effectivement le laboratoire avancé de la police de la pensée en milieu universitaire en France).

      Et en effet, ces politiques fonctionnent parce que les gens qui ne pensent jamais par eux même sont « bien à l’abri » et qu’hélas depuis quelques décennies ces « gens qui ne pensent jamais par eux même » sont devenus majoritaires dans le supérieur (mais aussi les médias et la classe politique).

  • En fait que les universités (en tant qu’institutions) se mêlent des opinions exprimées par les profs ou les étudiants est « le début de la fin ». Dès lors qu’il y a sanctions contre certains, applaudissements pour d’autres, quelle que soit la politique « affichée », les profs comme les étudiants sentent plus ou moins que dire quelque chose, quoi que ce soit, qui ne soit pas purement neutre (et encore) contient un élément de danger : incompréhension, critiques, sanctions sociales (ostracisme) ou sanctions réelles (licenciement pour les profs, renvoi pour les étudiants, ou notes réduites / évaluations négatives).
    Les « gauchistes » ayant lancé le trucs fantasment grandement sur des conservateurs qui voudraient les empêcher de parler et vivent dans leurs cultes de la victimisation, donc « supposent que… » « se doutent que… » voire sont certains qu’on aura du mal à comprendre leur « bi-sexualité trans-raciale chrétienne néo-marxiste »… les « droitistes » voient bien que profs et groupes militants, majoritairement, les « puniront » s’ils osent exprimer quelque chose sortant de la doxa médiatico-académique.

    Bref, on a voulu rendre les campus plus « safe » en chassant les opinions qui risquaient de mettre certains « mal à l’aise ». Le résultat comme souvent quand on s’éloigne de la liberté régulée par le seul marché, c’est que TOUT LE MONDE ou presque est désormais mal à l’aise sur le plan de l’expression des opinions et que les peaux sont devenues tellement fines que des questions comme « tu viens d’où » sont désormais « problématiques »… et que TOUT LE MONDE se sent opprimé/oppressé.

    Bravo !

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