L’Allemagne peut dire merci à Schröder pour ses réformes

Les choix politiques lourds en Allemagne pris à l’époque sont le fait de deux hommes : le chancelier Schröder et Peter Hartz

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Gerhard Schröder (2013) Rede by Tim Reckmann (creative commons CC BY 2.0)

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L’Allemagne peut dire merci à Schröder pour ses réformes

Publié le 22 juin 2022
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Le gouvernement se félicite à juste titre du rebond de l’économie française après la crise liée au covid et juste avant la guerre en Ukraine. Le chômage continue de baisser, ce qui est bien ; il n’en reste pas moins que la comparaison avec nos voisins allemands et hollandais est beaucoup moins flatteuse puisqu’ils ont des niveaux de chômage moitié moindre du nôtre sans parler de la Suisse où il est négatif.

Cet écart date depuis longtemps et si on cherche le moment où la France avait moins de chômage que l’Allemagne il faut revenir au début des années 2000, il y a près de 25 ans.

 

La genèse de la réussite économique de l’Allemagne au XXIe siècle

C’était l’époque où Jacques Chirac était Président et où Schröder succédait à Kohl.

À cette époque l’Allemagne était le parent pauvre de l’Europe, le chômage y était très élevé, son endettement explosait et sa croissance tombait. C’était la conséquence du rapprochement avec l’Est qui avait conduit l’Allemagne de l’Ouest à envoyer 1500 milliards d’euros à l’Est. Pour financer cette somme, les impôts avaient été augmentés, une TVA spéciale avait été instaurée au titre de la solidarité, la dette avait augmenté et installé la sphère publique à 57 % du PIB comme aujourd’hui en France.

Du coup, l’économie allemande était carrément à l’arrêt. Même des groupes aussi puissants que Volkswagen envisageaient de licencier des dizaines de milliers d’employés.

Les lourds choix politiques pris à l’époque sont le fait de deux hommes : le chancelier Schröder et Peter Hartz, le directeur des ressources humaines de Volkswagen. Ils s’étaient rencontrés car en tant que Président de la région de Basse Saxe Schröder était administrateur de Volkswagen.

Harz avait beaucoup de créativité, un grand sens du concret et avait commencé à expérimenter des modes d’organisation très intéressants à l’intérieur du groupe Volkswagen. Les deux hommes décidèrent de lancer une commission présidée par Harz et rebaptisée agenda 2010 qui comptait une douzaine de personnes : des syndicalistes, des penseurs, et des entrepreneurs. C’est là que se sont concoctées les idées qui ont remis le pays sur pied.

Schröder réussit à expliquer aux Allemands qu’il n’y aurait bientôt plus d’argent dans les caisses et que l’endettement avait atteint ses limites : 70 % du PIB ! Continuer à faire monter la dépense publique reviendrait à mettre le pays entre les mains des financiers, la première victime allant être le système social auquel les Allemands étaient très attachés. La deuxième idée forte c’est que même en atténuant ses méfaits par des indemnités, le chômage détruisait la société en privant les chômeurs de toute vie sociale. La troisième idée forte c’est que la société doit aider mais que le bénéficiaire des aides doit faire lui-même des efforts. La solidarité est l’un des piliers mais en période difficile, elle peut devenir exigeant .

Ce fut le fameux « fördern und fordern » : aider et exiger.

 

Les réformes Hartz du marché du travail

Le programme de réformes a porté sur trois axes :

Le CDI à temps variable a permis de conserver un emploi à durée indéterminée mais la durée de travail hebdomadaire changeant fortement (en simplifiant, de 4 fois 7 à 5 fois 9) en fonction de la conjoncture. En échange de ce changement du contrat de travail on donne un intéressement massif qui a représenté chez Volkswagen jusqu’à 12 000 euros par ouvrier les bonnes années.

Le dispositif d’autoentrepreneur qui n’a pas très bien marché.

Les mini jobs, soit 400 euros sans charges pour 15 heures par semaine. Le succès a été beaucoup plus fort qu’attendu. En effet, il s’est créé environ 9 millions de jobs. Sachant qu’au moins 3 millions de personnes en ont eu deux, très rapidement le revenu a dépassé 400 euros.

La combinaison des trois politiques a permis la baisse du chômage.

Parallèlement, l’organisation des agences d’emploi a été modifiée, les processus ont été simplifiés, les salaires des agents dépendaient des placements aboutis ; les règles d’indemnisations ont été durcies, les chômeurs devaient justifier le refus des jobs proposés avec le principe qu’il vaut mieux un travail pas tout à fait satisfaisant que l’horreur du chômage même bien payé.

Schröder a expliqué que l’État ne pouvait plus combler le trou des caisses sociales.

Syndicats et patronat ont décidé spontanément de repousser immédiatement l’âge de départ à la retraite à 65 ans. Les petites dépenses de santé n’ont plus été remboursées, ce qui a mis les caisses de santé à l’équilibre.

Le plus important est que l’Allemagne a quitté le paritarisme, ce ménage à trois difficilement gérable, qui est peut-être une des explications de nos problèmes. Les syndicats ont joué le jeu car ils avaient compris que la situation était grave et que l’argent ne tombait pas du ciel.

Il faut dire qu’auparavant ils avaient pris des distances avec le communisme au congrès de Bad Godesberg. C’était le fruit du travail initié dix ans auparavant par Helmut Schmidt avec sa célèbre phrase : « Les profits d’aujourd’hui , c’est l’investissement demain et l’emploi d’après-demain ».

Le patron en Allemagne se définit comme étant arbeit geber,  celui qui donne du travail. Les syndicats allemands avaient bien compris que le capital est bien l’ami de l’emploi.

Schröder n’a pas été réélu parce que l’économie a pris un peu de temps à re démarrer. Il a été battu de très peu par Angela Merkel qui a eu la sagesse de poursuivre sa politique. La part des dépenses publiques dans l’économie est passée de 57 % à 44 %, le chômage a continué de baisser et la dette est retombée à 60 % du PIB. La prospérité actuelle en Allemagne tient bien évidemment à ces décisions prises il y a 20 ans.

À cette époque, la France restait sur une politique de chômage bien payé, la part des dépenses publiques qui en 2000 était en dessous de 50 % a régulièrement monté pour atteindre 57 % avant la crise covid.

Une des forces de l’Europe c’est d’être un laboratoire politique avec des pays finalement assez proches. Dans ces conditions il n’est pas honteux de s’inspirer des bonnes pratiques de ses voisins.

La France a sûrement mieux fait que l’Allemagne en matière énergétique pour peu que ses centrales nucléaires se remettent à fonctionner. Il est par contre évident que l’Allemagne a mieux réussi sur le plan du chômage et que nous avons tous intérêt à nous inspirer de ce qu’elle a fait !

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  • Copier les meilleurs , c’est de l’intelligence , mais pas tout seulement ce qui est bien .

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    jacques lemiere
    22 juin 2022 at 7 h 42 min

    l’allemagne semble être un pays antinucléaire.. autrement dit qui accepte le surcout… et qui sait que c’est dogmatique.. je n’ai pas de problème avec cela.. parce que en plus les allemand sont aussi parfois pragmatiques..

    arrêtez de dire que l’electronucleaire français est « un succès »..
    n’importe quel système qui fournit de l’electricté est « un succès » .

    le type qui a deux panneaux solaires et trois batteries dans une yourte… un « succès » aussi.. et plus respectable car respectueux des libertés..
    et france et allemagne spolient…DES usagers.. qui n’ont pas les moyens de choisir..

    • @jacques essayez donc de vous débrancher de l’élec et du gaz, mettez donc les panneaux de la yourte sur votre toit , vous nous raconterez le succès l’hiver prochain .

      • Je fais du voilier et on peut être autonome par rapport aux réseaux. Mais c’est plus compliqué et faire chauffer son café le matin au solaire n’est pas la méthode la plus rapide 🙂

  • Oui, mais les allemands n’ont pas eu et n’ont toujours pas la chance d »avoir Mélenchon et Martinez pour faire comprendre aux français que le capital (grand!) et les patrons sont des ennemis, Macron et Hollande pour faire comprendre qu l’Etat peut tout!
    Non heureux français même très diplômés à défaut d’être bien formés qui se vautrent dans le collectivisme en attendant l’apocalypse qui nous rendra tous égaux!

  • Les Allemands ont l’avantage de ne pas avoir les fameuses ordonnances de 45 qui sponsorisent les syndicats avec l’argent de l’assurance-maladie et de l’assurance-vieillesse des Français. Sans cet argent Mélenchon, Martinez et consorts n’existeraient pas. Les salariés français auraient le libre choix de leur syndicat et ils deviendraient réellement représentatifs.
    En ce qui concerne l’électronucléaire on peut espérer que le deuxième groupe de l’assemblée s’est retrouvé dans cette position grâce à ses convictions pour le nucléaire. Sa position anti immigration n’avais jusque-là pas réussi à lui fournir autant de sièges à l’Assemblée nationale.
    J’espère que pour une fois Marine va réussir à la jouer assez fine pour faire abroger la loi de programmation énergétique qui est en train d’assassiner la France et les Français. On peut même se demander si cette loi n’a pas été dictée par les Allemands.

  • Martine

  • Il s agit seulement de s inspirer de ce qui depuis longtemps marche fort bien chez nos voisins, mais cette qualité se fracasse régulièrement sur l autel de l ego de nos franchouillards qui préfèrent échouer avec panache que de réussir tranquillement……🤩🤩🤩

  • Puisqu’il est question de politique énergétique, j’ai entendu hier soir à la télé allemande que les grands patrons de l’industrie allemande réunis en congrès, auraient demandé officiellement la prolongation des 3 centrales nucléaires encore existantes au-delà du 31/12/2022

    • D ailleurs les belges ont déjà prolonger leurs centrales nucléaires.

    • Avatar
      LasciatemiCantare
      22 juin 2022 at 18 h 24 min

      Tout en prévoyant de remettre en fonction des centrales à charbon bien polluantes. Vous faites bien de préciser « centrales nucléaires encore existantes », vu que les Allemands en ont fermé la plupart pour privilégier une énergie au mieux dépassée (charbon), au pire insuffisante (éoliennes et solaire).

  • Pour ce qui est du rebond économique nous n avons même pas renflouer le déficit de l année COVID .
    Pour le chômage les chiffres sont différents selon les modes de calcul
    Ce qui est sur en France beaucoup de jeunes ne sont plus comptabilisés car l état a créé de multiples services (contrat aidé, service civique ect)
    De plus de nombreuses personnes ont complètement disparues des statistiques .

  • La reunification avait couté très cher à L’Allemagne, c’était la volonté d’Helmut Kohl, il y a eu également une forte participation des menbres l’UE, l’URSS avait besoin d’argent frais, en quittant leurs casernes les soviétiques ont tout pris, Gerhard Schröder a du diminuer le cout du travail dans les secteurs peu rentable en utilisant la main d’oeuvre des pays de l’est

    -1
    • La réunification était une volonté ultra-majoritaire en Allemagne. Si la RDA était pauvre, c’était à cause des règles de fonctionnement socialistes que nous Français copions aujourd’hui avec des résultats comparables. La différence vient de ce que la RDA avait sous les yeux, avec les membres de la famille en RFA, l’exemple de ce que des méthodes moins insensées pouvaient apporter. Et il n’y avait rien à prendre et emporter pour les soviétiques.

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